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Gaza: quand la pénurie de cash force crédit et paiements mobiles

par Sara
Palestine (Gaza), Israël

Dans le quartier de Remal, à Gaza, Samar Abu Harbied s’arrête devant un étal de fortune pour acheter quelques provisions destinées à l’iftar. Sans billet en poche, la mère de famille de 45 ans demande au commerçant de mettre les courses « à crédit » en attendant qu’un membre de sa famille lui transfère de l’argent. Cette scène illustre la pénurie de cash à Gaza qui complique désormais les achats les plus élémentaires.

Paiements électroniques et vie quotidienne

Depuis le début de la guerre d’octobre 2023, les habitants de la bande de Gaza tentent de contourner le manque de billets de shekels par des paiements mobiles et des virements bancaires. Les applications locales et les services mobiles se sont multipliés pour permettre les transferts, mais l’accès reste inégal.

Beaucoup de ménages n’ont pas de comptes bancaires, d’autres n’ont pas de smartphones ou peinent à maintenir leurs appareils chargés en raison des pannes d’électricité. Par ailleurs, la couverture internet est intermittente, rendant les transactions instables et anxiogènes pour les utilisateurs.

Pour Najlaa Sukkar, 48 ans, l’absence de billets a un coût humain immédiat : refusée chez le pharmacien parce que son billet de 20 shekels était trop usé, elle est repartie sans ses médicaments et sans consultation. Ces incidents se multiplient et montrent la fragilité des solutions numériques quand l’infrastructure fait défaut.

De la pénurie de liquidités à une économie de survie

La crise a d’abord été une simple pénurie de liquidités, mais elle s’est rapidement transformée en une mutation structurelle du système monétaire local. La destruction massive d’agences bancaires et de distributeurs automatiques a privé la population de l’accès aux billets neufs.

Selon des économistes locaux, la rareté du numéraire a favorisé l’émergence d’un marché informel où la valeur du cash est désormais déterminée par l’offre et la demande. Quand la monnaie elle-même devient une marchandise, le système monétaire formel perd sa fonction de canal principal des échanges.

Cette transition provoque une perte de confiance. Les paiements électroniques, traçables et susceptibles d’être gelés, inquiètent certains habitants qui préfèrent encore « voir et compter » leurs billets. Parallèlement, près de 95 % des foyers dépendent aujourd’hui d’une aide extérieure, signe d’une érosion rapide du pouvoir d’achat.

Intermédiaires, crédit et marché informel

La pénurie a ouvert la voie à des intermédiaires qui opèrent en dehors des circuits officiels et prélèvent des commissions élevées pour convertir les fonds numériques en cash. Des commerçants et des particuliers rapportent des prélèvements pouvant atteindre 50 % dans certains cas, aggravant la précarité des familles.

Pour les petits commerçants comme Abdallah Sukkar, accepter les paiements sur compte ou vendre à crédit est devenu la norme. Mais cela pèse lourdement sur leurs marges : les dettes clients ont explosé depuis le début du conflit, tandis que les profits fondent.

Le crédit informel se généralise ; il permet de survivre à court terme, mais il accroît le risque de fragmentation sociale lorsque l’endettement croît plus vite que les revenus. Nombre de commerces ferment ou restreignent leur activité faute de liquidités et de capacité d’investissement.

Conséquences pour l’accès aux services essentiels

La pénurie de cash à Gaza a des répercussions directes sur l’accès aux soins et aux transports. Les patients renoncent parfois à des consultations faute de petit numéraire accepté, et les chauffeurs de taxi réclament souvent de la monnaie exacte, excluant les personnes qui ne disposent que de billets usés ou de virements bancaires.

Les habitants font preuve d’adaptations quotidiennes : achats centralisés par des membres de la famille, utilisation systématique des applications bancaires quand elles fonctionnent, et recours accru au crédit chez les épiciers de quartier. Ces mécanismes palliatifs n’effacent pas pour autant la vulnérabilité croissante des ménages.

Face à cette situation, les témoins et experts interrogés appellent à des solutions qui restaureraient la liquidité, renforceraient la confiance dans le système financier et protégeraient les plus fragiles contre les pratiques abusives du marché informel.

source:https://www.aljazeera.com/economy/2026/2/27/when-money-is-scarce-every-choice-counts-bank-cash-or-credit

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