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Amnesty International alerte sur la persistance d’une logique du « déni d’abord » dans la gestion des cas de disparition forcée à travers le monde, tandis que les familles — et en particulier les femmes — endossent la tâche périlleuse de retrouver leurs proches, parfois au prix de menaces ou de meurtres. L’organisation a transmis une note aux Nations unies pour appuyer le rapport du secrétaire général António Guterres sur les « personnes disparues », qui sera présenté prochainement à l’Assemblée générale.
Gaza au cœur de la note
Amnesty souligne qu’un nombre indéterminé de Palestiniens originaires de Gaza seraient détenus par les autorités israéliennes dans des conditions pouvant relever de la disparition forcée, tandis que l’accès à des données globales reste difficile. L’ONG israélienne HaMoked rapporte que, jusqu’au 2 octobre 2025, des centaines de personnes ont disparu après un passage en détention militaire.
La note indique également que 1 249 personnes originaires de Gaza seraient détenues « sans inculpation ni procès » au titre d’un cadre légal relatif aux combattants non réguliers. Parallèlement, les autorités auraient conservé au moins 776 dépouilles palestiniennes, dont 96 décès en détention et 77 enfants, selon Amnesty.
Des familles se plaignent de ne pas être informées des lieux de sépulture, de ne pas recevoir d’actes de décès officiels et d’être empêchées d’accéder aux lieux d’inhumation même lorsque ceux-ci sont identifiés. La note évoque aussi le mystère entourant la disparition de deux journalistes palestiniens originaires de Gaza, Nidal al-Wahidi et Haitham Abd al-Wahid, portés disparus alors qu’ils couvraient les événements du 7 octobre 2023.
Amériques : les familles en première ligne
Amnesty met en garde contre les risques spécifiques encourus par les personnes qui cherchent des proches disparus dans les Amériques, où la majorité de ces chercheuses sont des femmes. La recherche comporte des dangers allant de la disparition forcée aux violences genrées ciblant celles qui mènent les démarches sur le terrain.
En Colombie, une loi adoptée en 2024 reconnaît et protège le travail des groupes de recherche de disparus, mais son application a été retardée : le décret d’exécution n’a été publié qu’au début de 2026.
Mexique : bilan alarmant
Le Mexique est décrit dans la note comme un cas particulièrement sombre. Le nombre de personnes disparues a augmenté de 10,5 % en un an, pour atteindre 133 500 cas en décembre dernier. Des familles, souvent organisées en groupes majoritairement féminins, effectuent des fouilles qui dégagent des restes humains et des fosses clandestines, dans un climat de menaces, de chantage et d’homicides.
Amnesty relève que six chercheuses et chercheurs de disparus ont été tués l’an passé. En avril 2025, le Comité des Nations unies sur les disparitions forcées a activé pour la première fois la procédure de l’article 34 concernant le Mexique, estimant qu’il existait des « indices probants » de disparitions forcées à grande échelle ou systématiques.
Cas emblématiques : Équateur, États-Unis et Amérique centrale
La note consacre un volet à l’affaire dite des « niños Las Malvinas » en Équateur : seize militaires ont été condamnés en première instance pour la disparition forcée de quatre enfants d’origine afro‑équatorienne, âgés de 11 à 15 ans, arrêtés lors d’une opération de sécurité le 8 décembre 2024 et retrouvés morts, montrant des traces de torture, le 25 décembre suivant.
Amnesty décrit aussi des pratiques aux États‑Unis, évoquant des expulsions illégales opérées sous l’administration Trump au titre d’un « law on foreign enemies », qui auraient conduit à l’envoi de 252 Vénézuéliens et 36 Salvadoriens vers un centre de détention antiterroriste au Salvador sans information pour leurs familles et avec leur retrait des systèmes de suivi, rendant leur localisation presque impossible.
Par ailleurs, une installation de détention non transparente en Floride, surnommée « Alligator Alcatraz » dans la note, fonctionnerait sans mécanismes fédéraux de registre et de suivi, aboutissant à des détentions en isolement qui peuvent relever de disparitions forcées lorsque les autorités n’indiquent pas le lieu de détention et privent les personnes de tout accès à un avocat.
Égypte, Sri Lanka et pratiques d’impunité
En Égypte, Amnesty affirme que les forces de sécurité soumettent des opposants à des disparitions forcées dans des lieux de détention officieux, pour des périodes allant de quelques jours à plusieurs années, avec des risques élevés de torture et de mauvais traitements. Les poursuites pénales enquêtent rarement sur ces allégations, selon l’organisation.
Au Sri Lanka, les condamnations pour disparition forcée restent exceptionnelles. Les affaires sont souvent qualifiées de « kidnapping » ou de « meurtre », effaçant ainsi l’élément étatique et masquant la possible responsabilité publique. Des fouilles de sépultures collectives ont donné lieu, entre 2023 et 2025, à des découvertes — notamment sur le site de Kokuthoduvai, où un an d’exhumations a révélé 52 squelettes — mais les procédures d’exhumation ont été critiquées pour leurs lacunes, le faible degré de participation des familles et la rareté des identifications formelles.
Appel d’Amnesty : une feuille de route onusienne et des mesures concrètes
Face à ces constats, Amnesty demande à l’ONU l’élaboration d’une véritable feuille de route pour les personnes disparues, visant à renforcer la protection des familles, assurer la transparence des registres de détention, obtenir la restitution des dépouilles et garantir la responsabilité des États. L’organisation insiste sur la nécessité de rendre les États comptables, de sécuriser les mécanismes d’identification et de protéger les chercheuses et chercheurs sur le terrain.
- Rendre transparent et accessible le registre des personnes détenues.
- Mettre fin à la rétention des dépouilles et garantir l’accès des familles aux lieux d’inhumation.
- Protéger et reconnaître officiellement le travail des groupes de recherche, en particulier des femmes.
- Établir des mécanismes internationaux de suivi et de reddition de comptes lorsque les États faillirent.
En insistant sur le caractère global du phénomène, la note d’Amnesty vise à pousser l’ONU et les États à rompre avec le déni et à adopter des mesures concrètes pour mettre fin aux disparitions forcées et protéger celles et ceux qui cherchent la vérité.