C’est la première cause de handicap des jeunes adultes qui ne soit pas liée à un accident. La sclérose en plaques est une maladie auto-immune qui attaque le système nerveux et évolue au fil des années, avec un risque important de handicap et, souvent, de perte d’autonomie à l’âge avancé. En France, plus de 120 000 personnes sont prises en charge pour cette maladie, dont plus de 70 % de femmes. Les traitements visent aujourd’hui à ralentir son évolution, avec un enjeu majeur : la détecter le plus tôt possible.
Fatigue et anxiété, des signaux observés bien avant le diagnostic
Une équipe de chercheurs canadiens a mis en évidence que les premiers problèmes de santé apparaissent très tôt, jusqu’à 15 ans avant la déclaration officielle de la sclérose en plaques. Cette étude, publiée le 1er août 2025 dans JAMA Network Open, s’inscrit dans un programme de recherche dirigé par la Dre Helen Tremlett, chercheuse canadienne à l’Université de Colombie-Britannique.
Pour cette nouvelle analyse, les neurologues ont comparé le parcours de soins de plus de 2 000 patients atteints de sclérose en plaques avec celui de plus de 10 000 personnes en bonne santé. Les dossiers médicaux ont été remontés jusqu’à 25 ans avant le diagnostic, et les premières différences sont apparues 15 ans avant la maladie.
Un parcours de soins qui change longtemps avant les premiers symptômes nets
Quinze ans avant le diagnostic, les patients consultent davantage leur médecin généraliste pour des douleurs, de la fatigue ou de l’anxiété. Environ 12 ans avant, ils se tournent plus souvent vers un professionnel de santé mentale. Ce constat rejoint des travaux antérieurs de la Dre Tremlett, selon lesquels les personnes atteintes de sclérose en plaques présentent deux fois plus de maladies mentales.
Neuf ans avant le diagnostic en moyenne, les consultations pour des troubles oculaires, comme une vision brouillée, augmentent. Entre trois et cinq ans avant, les passages aux urgences s’accélèrent, avec un pic de consultations l’année du diagnostic.
- 15 ans avant : douleurs, fatigue, anxiété
- 12 ans avant : recours accru à la santé mentale
- 9 ans avant : troubles visuels plus fréquents
- 3 à 5 ans avant : hausse des urgences
- Année du diagnostic : pic de consultations
Mieux repérer la maladie pour agir plus tôt
« En identifiant ces signaux d’alerte précoces, nous pourrons peut-être intervenir plus tôt, que ce soit par le biais d’une surveillance, d’un soutien ou de stratégies préventives », espère la Dre Tremlett, dans une interview accordée à MedicalXpress. Elle souligne aussi que cette approche ouvre de nouvelles pistes sur les biomarqueurs précoces, les facteurs liés au mode de vie et d’autres déclencheurs potentiels susceptibles d’intervenir durant cette phase de la maladie jusqu’alors négligée.
Pour les chercheurs, mieux comprendre ce long avant-diagnostic pourrait permettre d’améliorer l’orientation des patients et d’accélérer l’accès aux traitements, même si la sclérose en plaques reste, à ce jour, incurable.
Des symptômes précoces souvent peu spécifiques
Le diagnostic de la sclérose en plaques reste difficile, car ses premiers signes sont très variables et peu spécifiques. Il n’existe pas de méthode d’examen unique permettant de confirmer rapidement la maladie. Selon l’Assurance maladie, les patients peuvent ressentir une forte fatigue, des troubles de la vision, des problèmes d’équilibre, une faiblesse musculaire, des troubles sensitifs, des douleurs, des décharges, des fourmillements, mais aussi de la constipation ou des difficultés à uriner.
Dans ce contexte, prendre en compte l’ensemble du parcours de soins, notamment les épisodes de santé mentale, pourrait aider à mieux orienter les médecins vers un diagnostic plus précoce de la sclérose en plaques.