Une étude française remet en perspective l’usage de la chimiothérapie chez les femmes âgées de plus de 70 ans atteintes d’un cancer du sein hormonodépendant. Publiés le 1er août dans The Lancet, ces travaux interrogent l’intérêt d’ajouter systématiquement une chimiothérapie à l’hormonothérapie, une pratique pourtant courante quel que soit l’âge des patientes.
En s’appuyant sur près de 2 000 femmes, avec un âge médian de 75,1 ans, les chercheurs ont évalué si ce traitement combiné apportait réellement un bénéfice supplémentaire dans cette population plus âgée. Le constat est nuancé : chez ces patientes, l’ajout de chimiothérapie n’a pas montré le même intérêt que chez des femmes plus jeunes, tout en exposant l’organisme à des effets secondaires parfois importants.
Un traitement combiné évalué chez des patientes de plus de 70 ans
L’étude s’est intéressée à une situation très fréquente en oncologie : le cancer du sein hormonodépendant, pour lequel l’hormonothérapie est déjà un traitement central. Habituellement, la chimiothérapie est ajoutée de manière systématique afin d’augmenter les chances de contrôle de la maladie. Ici, les chercheurs ont voulu savoir si cette stratégie conservait le même rapport bénéfices-risques chez les femmes âgées.
Le travail a porté exclusivement sur des patientes de plus de 70 ans, alors que les résultats souvent jugés encourageants sur la chimiothérapie proviennent plus fréquemment de populations plus jeunes. Cette distinction est essentielle, car l’âge modifie la tolérance aux traitements et la capacité de l’organisme à encaisser leur toxicité.
Un bénéfice jugé insuffisant face aux effets secondaires
Selon les résultats rapportés, l’ajout d’une chimiothérapie adjuvante à l’hormonothérapie n’a conféré aucun avantage en termes de survie chez les femmes âgées de 70 ans et plus. Autrement dit, le gain attendu n’a pas été retrouvé dans cette tranche d’âge, contrairement à ce qui peut être observé dans des populations plus jeunes.
Les auteurs soulignent également que cette stratégie a été associée à davantage d’événements indésirables. La chimiothérapie étant toxique pour l’organisme, les patientes âgées semblent plus vulnérables à ses effets, ce qui réduit encore l’intérêt d’un traitement supplémentaire dont le bénéfice reste limité.
La balance bénéfices-risques à réévaluer chez les personnes âgées
Interrogé par France Info, le Pr Étienne Brain, cancérologue à l’Institut Curie à Paris et premier auteur de l’étude, insiste sur la nécessité de revoir les pratiques. « Ce n’est pas parce qu’on ajoute la chimiothérapie qu’on obtient un bénéfice supplémentaire en termes de survie globale, de guérison ou même de temps sans maladie dans le suivi après traitement », a-t-il expliqué.
Le spécialiste met en garde contre l’extrapolation des résultats obtenus chez les patients plus jeunes. « Ça montre les limites de l’application de résultats qu’on obtient parfois de manière très enthousiasmante chez des sujets plus jeunes. Lorsqu’on les applique à une population plus âgée, on n’a souvent pas les mêmes résultats », ajoute-t-il. Cette observation rejoint une question de fond en cancérologie : adapter davantage les traitements à l’âge réel et à l’état de santé global des patientes.
Vers une désescalade thérapeutique en oncologie gériatrique
Pour les auteurs, ces données plaident en faveur d’une réévaluation de la chimiothérapie chez les femmes âgées atteintes de cancer du sein hormonodépendant. L’objectif n’est pas de supprimer des traitements efficaces, mais de mieux identifier ceux qui apportent réellement un bénéfice dans cette population.
L’étude met ainsi en avant la nécessité d’une « désescalade » thérapeutique chez les patients âgés, c’est-à-dire d’une approche plus mesurée lorsque le surcroît de traitement n’améliore ni la survie ni le temps sans maladie. Dans un contexte de vieillissement de la population, cette réflexion pourrait peser sur les futures stratégies de prise en charge du cancer du sein.