La tournée diplomatique du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, dans le Golfe s’est déroulée cette semaine sous haute tension, marquée par des alertes à la sécurité et des frappes attribuées à l’Iran. En l’espace de trois jours, la visite a couvert Riyad, Doha et Abou Dhabi, mais c’est surtout l’atmosphère militaire qui a retenu l’attention des délégations et des médias présents.
Un trajet aérien détourné
La mission a commencé par un changement de trajectoire inédit. En raison de l’encombrement des voies aériennes par des activités militaires, l’avion transportant Hakan Fidan a évité les routes habituelles passant par le nord de Chypre et la Jordanie.
Au lieu de cela, l’appareil a survolé la Méditerranée puis l’Égypte avant d’entrer dans l’espace aérien saoudien par la côte de la mer Rouge. Ce détour illustre la contrainte imposée aux liaisons civiles par l’intensification des opérations militaires dans la région.
Des alertes et des explosions en marge de la réunion
À Riyad, où se tenait une réunion ministérielle regroupant une douzaine de pays arabes et islamiques, les participants ont été surpris par des alertes inédites sur leurs téléphones : messages d’avertissement invitant à rejoindre un abri sécurisé. Peu après, des bruits d’explosions se sont fait entendre, perturbant les travaux.
Alors que Hakan Fidan menait des entretiens bilatéraux, son équipe l’a informé d’un appel urgent de son homologue iranien, Abbas Araghchi. Selon le récit, Fidan a répondu au téléphone alors que des tirs anti-missiles retentissaient au-dessus du site. Il a déclaré, indignè : « Vous m’appelez et, en même temps, des missiles passent au-dessus de nos têtes. Est-ce ainsi que vous nous accueillez ? Au moins, ne les lancez pas pendant que nous sommes ici. »
Dans la salle, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Mohamed Ishaq Dar, a même désigné du doigt le ciel en signalant le passage d’un autre missile, soulignant le caractère presque surréaliste de la situation.
Interceptions et dommages matériels
Peu après l’incident, l’Arabie saoudite a annoncé l’interception de plusieurs projectiles. Les autorités ont fait état de six missiles balistiques et de deux drones lancés, et précisé que les éclats avaient provoqué des incendies en divers endroits, sans faire de victimes.
Ces attaques, attribuées à l’Iran par les pays touchés, sont présentées par Téhéran comme ciblant des intérêts et des bases américaines en représailles à des frappes antérieures. Toutefois, plusieurs impacts ont touché des infrastructures civiles, augmentant l’inquiétude régionale.
« Le dernier avertissement diplomatique »
En marge de la réunion, Hakan Fidan a résumé la gravité de la situation en trois mots : « le dernier avertissement diplomatique ». Il a expliqué aux journalistes, alors que l’avion quittait Riyad en direction du Qatar, que la patience des États participants commençait à s’épuiser et que des options militaires commençaient à être évoquées.
Lors de sa rencontre à Doha avec le cheikh Mohammed ben Abdulrahman Al Thani, le ministre turc a fermement condamné les attaques répétées et appelé à mettre un terme à l’escalade pour protéger les civils et les infrastructures vitales. Il a également insisté sur la nécessité d’une coopération renforcée entre les pays affectés pour préserver la stabilité régionale.
Abou Dhabi : entre précautions et rencontres à huis clos
La délégation turque a ensuite poursuivi sa tournée aux Émirats arabes unis. L’avion est resté cloué au sol près de quarante minutes avant de pouvoir décoller, un délai imputé aux mouvements militaires dans l’espace aérien plutôt qu’à un problème de trafic civil.
Hakan Fidan a été reçu en audience privée par le président émirati, cheikh Mohammed ben Zayed, ainsi que par d’autres hauts responsables. Pendant ces heures, les alertes et la présence de chasseurs ont continué de rythmer la journée.
Peu après le départ d’Abou Dhabi, la tournée diplomatique de trois jours s’est close, laissant apparaître une région fortement militarisée et en proie à des tensions croissantes.
Un appel à reconstruire les liens régionaux
Sur le vol du retour vers la Turquie, Hakan Fidan a prévenu qu’« il ne reviendra rien comme avant ». Il a estimé que la région devra reconstruire nombre de mécanismes et renforcer les relations bilatérales pour faire face aux défis sécuritaires actuels.
La visite a mis en lumière la fragilité des voies de communication, la proximité des tensions militaires avec les espaces de réunion diplomatique, et l’urgence d’une action coordonnée pour éviter une escalade. Dans ce contexte, la coopération entre Ankara et les pays du Golfe apparaît plus que jamais comme un élément déterminant pour stabiliser la région.