Sa voix est lasse, empreinte de pudeur. Luke Ganger a pris place dans une salle du Capitole le 3 février pour parler de sa sœur, Renee Good, devenue connue dans tout le pays comme victime des agents fédéraux, abattue au volant de sa voiture par un agent de l’ICE à Minneapolis le 7 janvier. L’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement), chargée de traquer les sans-papiers, est devenue l’incarnation la plus redoutée de la politique migratoire de l’administration Trump.

Devant un forum rassemblant des élus démocrates, Luke Ganger a évoqué les « scènes complètement surréales » qui ont animé les rues de Minneapolis pendant des semaines. « Ce n’est pas juste une question d’un mauvais jour ou d’une semaine difficile ou d’incidents isolés. Ces rencontres avec des agents fédéraux changent la communauté et changent de nombreuses vies, dont les nôtres, à jamais », a-t-il déclaré.
La mort de Renee Good et celle d’Alex Pretti, le 24 janvier, ont illustré l’approche pyromane adoptée par le département de la sécurité intérieure (DHS) à Minneapolis. Près de 3 000 agents ont été déployés, sans coordination avec les autorités locales. Masqués, dépourvus de signe d’identification, à bord de voitures banalisées, ils ont multiplié les violations des procédures élémentaires d’intervention. L’usage des armes à feu a été fréquent. L’abus de perquisitions administratives à domicile — ne nécessitant pas l’accord d’un juge — semble porter atteinte au quatrième amendement de la Constitution.
Le témoignage de Luke Ganger et les chiffres évoqués soulignent les critiques autour des interventions fédérales et les questions de droits civiques qu’elles suscitent, alors que Minneapolis et ses habitants attendent des garanties sur les cadres et les règles qui encadrent ce type d’opérations.