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    Le «Blob» de Washington blanchit les crimes de guerre au Soudan

    Soudan, États-Unis, Émirats arabes unis, Égypte, Turquie, Arabie saoudite, Iran

    Ben Rhodes, ancien conseiller adjoint à la sécurité nationale sous Barack Obama, a popularisé l’expression « le Blob » pour désigner l’écosystème enraciné de think tanks, d’anciens responsables, de journalistes et de bailleurs d’influence qui façonnent la politique étrangère de Washington.
    Dans le conflit soudanais qui dure depuis deux ans et demi, ce conservatisme institutionnel et ses automatismes analytiques ne se contentent pas de ralentir l’action : ils contribuent à effacer les responsabilités et à banaliser des crimes de masse.

    La rhétorique d’équivalence qui lave les responsabilités

    Une pratique particulièrement pernicieuse du Blob est la mise en équivalence morale et rhétorique entre les Forces de soutien rapide (RSF) et l’Armée soudanaise (SAF).
    Présentée comme une posture équilibrée, cette analyse égalise une milice criminalisée, soutenue extérieurement, et une armée nationale chargée des fonctions de l’État.
    Le résultat : les atrocités commises par les RSF sont dépeintes comme de simples « aspects » de la guerre, plutôt que comme des campagnes organisées de nettoyage ethnique, de sièges urbains et de terreur systématique.

    Cette équivalence n’est pas neutre : elle dilue la responsabilité en répartissant les torts entre les parties, rendant plus difficile toute réponse juridique et politique ciblée.
    Les miliciens du RSF agissent dès lors en toute impunité, confiants que l’attribution des crimes restera floue.

    Preuves et asymétries confirmées

    Des enquêtes détaillées — de Human Rights Watch aux missions d’investigation des Nations unies — documentent des actes systématiques :

    • nettoyage ethnique au Darfour-Ouest ;
    • meurtres de civils, viols en bande et détentions arbitraires à Gezira et à Khartoum ;
    • sièges de villes, privation de nourriture et attaques contre des civils.

    Les données du monitor ACLED fin 2024 attribuaient environ 77 % des incidents violents contre des civils au RSF, illustrant une asymétrie claire.
    Pourtant, le discours de l’establishment efface souvent ce déséquilibre.

    Un cadrage motivé par l’accès et les intérêts

    Les institutions du Blob privilégient fréquemment l’accès à l’exactitude. Une posture « symétrique » protège les relations diplomatiques avec des alliés régionaux, notamment les parrains des RSF aux Émirats arabes unis, tout en affichant une neutralité apparente.
    Mais la neutralité face à une criminalité asymétrique devient complicité tacite.

    Élever une milice internationalement facilitée au rang d’égal d’une armée souveraine confère une légitimité indue au RSF et affaiblit les mécanismes de reddition de comptes.
    Assimiler les pratiques systématiques du RSF — usage du viol comme arme de guerre, bombardements de mosquées et marchés, famine délibérée — à des « actions des deux parties » déforme la réalité empirique.

    Cooptation des narratifs et stratégie d’image

    Le Blob absorbe sans recul une partie de la propagande du RSF. Ce dernier s’est repositionné comme rempart contre les « islamistes », un écran qui masque son passé criminel, ses réseaux de clientélisme, l’exploitation illicite des ressources et ses soutiens étrangers.

    Le RSF a même pris des positions publiques favorables à Israël et proposé de reloger des Palestiniens déplacés de Gaza, manœuvres destinées à séduire les priorités géopolitiques de Washington.
    Ces postures servent à présenter la milice comme un partenaire pragmatique en matière de stabilité régionale.

    Incohérences médiatiques concernant les soutiens extérieurs

    Les accusations de soutien externe à la SAF proviennent d’une coalition idéologiquement disparate — Égypte, Turquie, Arabie saoudite, Iran — dont les intérêts et les conflits régionaux rendent improbable une alliance cohésive.
    Pourtant, ces allégations trouvent écho dans des récits médiatiques qui, au lieu d’examiner les preuves de manière rigoureuse, amplifient un récit d’équivalence.

    En revanche, les liens documentés entre les Émirats et le RSF — logistiques, politiques et financières — reposent sur des éléments plus substantiels.
    La distinction fondamentale demeure : les transactions d’armement avec un gouvernement reconnu relèvent des relations d’État, tandis que le soutien non contrôlé à une milice alimente l’impunité et les crimes de masse.

    La fabrication de « civils » acceptables et le théâtre de la médiation

    Le Blob octroie une assise à des entités « pseudo-civiles » alignées sur le RSF et ses parrains, telles que Somoud, dirigée par l’ancien Premier ministre Abdalla Hamdok et liée à des organismes d’affaires émiratis.
    Ces acteurs sont fréquemment présentés comme « modérés » ou « pragmatiques », au détriment des véritables acteurs de la société civile soudanaise.

    Ce calibrage transforme la médiation en spectacle : il confère une validation internationale aux gains alignés sur le RSF et éclipse l’agence des Soudanais qui revendiquent un avenir démocratique indépendant.

    Conséquences politiques et juridiques

    La légitimation implicite du RSF par l’équivalence restreint les options politiques et juridiques : elle favorise des cessez-le-feu superficiels, des schémas de stabilité qui préservent les économies de guerre et retardent des mesures dissuasives effectives.
    Les mécanismes concrets nécessaires — interdictions ciblées, embargo sur les armes, exposition des facilitateurs — sont ainsi repoussés.

    Ces déficits nourrissent l’ambition autoritaire de la milice et de ses alliés civils, qui proclament des structures parallèles de gouvernance et menacent, au moins sur le plan rhétorique, de partitionner le pays pour asseoir leur autorité.

    Vers un changement de paradigme

    Pour remédier à ces pathologies, il faut rompre avec la fausse symétrie et reconnaître les campagnes d’atrocités pour ce qu’elles sont.
    Les recommandations incluent :

    • adopter un langage public et des mesures proportionnées lorsque la documentation établit des exactions systématiques ;
    • sanctionner et perturber les chaînes d’approvisionnement, renforcer le contrôle des embargos et interdire les vols complices ;
    • privilégier la protection des civils et les témoignages vérifiables de la société civile soudanaise plutôt que des proxies liés aux milices ;
    • refuser la reconnaissance d’acteurs « civils » sans mandat populaire vérifiable.

    La justice doit être assortie d’une mise en œuvre effective : des mesures rhétoriques sans application laissent les victimes sans recours.

    Rôles alternatifs et pression internationale

    Si l’establishment américain demeure inflexible, d’autres forces peuvent agir : coalitions citoyennes soudanaises, diasporas mobilisées, médias indépendants et réseaux de politiques éthiques.
    Ces acteurs peuvent rassembler des preuves, exercer des pressions et pousser à une relecture des approches internationales.

    La diplomatie qui prétend neutralité tout en masquant la complicité alimente les machines d’atrocité. Une approche ancrée dans l’agence soudanaise, la vérité empirique et l’obligation de rendre compte offre la seule voie réaliste vers une paix viable.

    Les Soudanais ne demandent pas la sympathie : ils exigent que l’on cesse d’égaliser agresseurs et défenseurs, de reprendre la propagande des auteurs de crimes et de substituer des façades orchestrées à des réalités civiques vivantes.

    source:https://www.aljazeera.com/opinions/2025/10/30/washingtons-blob-is-helping-whitewash-sudans-war-crimes

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