Le Washington Post traverse une période de turbulences, marquée par un plan massif de licenciements. Quelques jours après une vague de suppressions qui a touché le journal, le directeur général et directeur de la publication, Will Lewis, a annoncé son départ de l’entreprise.

Will Lewis a précisé dans un courriel adressé au personnel, relayé sur les réseaux sociaux par l’un des journalistes du quotidien, que « après deux années de transformation du Washington Post, c’est le bon moment pour se retirer ». Il est remplacé immédiatement par Jeff D’Onofrio, actuel directeur financier du journal depuis 2025, qui vient d’un parcours dans les plateformes et la publicité numériques.
Ancien journaliste, Will Lewis avait auparavant obtenu un scoop à la fin des années 2000 sur les dépenses des parlementaires au Royaume-Uni. Il avait été nommé en novembre 2023 pour redresser la barre du quotidien légendaire, prenant ses fonctions en janvier 2024. Si The Washington Post est reconnu pour ses révélations comme Watergate et pour ses prix Pulitzer, le journal vit une crise prolongée.
Le plan annoncé mercredi prévoyait la suppression d’environ 300 postes sur un effectif d’environ 800, ce qui a provoqué un choc au sein de la rédaction, dans un contexte où le propriétaire du journal, Jeff Bezos, a récemment noué des liens plus étroits avec Donald Trump, qui attaque fréquemment la presse traditionnelle.
Plusieurs services ont été touchés, allant jusqu’à être supprimés. Au cours du premier mandat de Donald Trump, le journal s’était distingué par une couverture sans concession, mais l’élection de 2024 a changé l’attrait des lecteurs et les résultats ont commencé à baisser. Le journal cumule les pertes financières depuis plusieurs années et a vu son audience diminuer après son positionnement lors de la présidentielle de 2024.
Des sources évoquent une perte d’abonnés numériques estimée à environ 250 000 et une perte d’environ 100 millions de dollars en 2024 en raison de la baisse des revenus publicitaires et des abonnements. Malgré des renegociations, certains titres nationaux américains comme The New York Times et The Wall Street Journal ont réussi à se redresser, alors que le Post, malgré le soutien d’un mécène milliardaire, n’a pas connu le même rebond.
Des entités et ce qui restent du journal ont annoncé que de gros pans des contenus internationaux et de certaines sections — comme les sports, les livres, les podcasts, des pages locales ou l’infographie — ont été largement réduits ou supprimés.
Martin Baron, ancien rédacteur en chef et figure majeure du journalisme américain, a qualifié sur Facebook ce moment « l’un des jours les plus sombres de l’histoire » du journal.
Aux États-Unis comme ailleurs, les médias historiques font face à une chute des recettes publicitaires en ligne et à une pression sur les abonnements, intensifiée par la concurrence des réseaux sociaux. Le Washington Post accumule les défis alors que l’internet a radicalement changé le paysage médiatique.