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    Les 100 premiers jours de Trump : Impact sur le Moyen-Orient

    États-Unis, Israël, Iran, Palestine, Yemen

    Les 100 premiers jours de Trump au Moyen-Orient : un bilan contrasté

    Alors que Donald Trump entamait sa seconde mandature avec assurance, certains observateurs, comme Stephen Cook dans Foreign Policy, notaient une transformation paradoxale : « Il est passé du lion à l’agneau ». Cette image illustre bien les contradictions apparentes de sa politique au Moyen-Orient, région désormais considérée comme un « théâtre secondaire » dans la stratégie américaine.

    La politique de Trump dans la région se caractérise par des orientations multiples et parfois divergentes. D’une part, il a proposé le déplacement des Palestiniens de Gaza, par la force ou volontairement, soutenant un regain d’offensive israélienne dans la bande de Gaza afin de faire pression sur le Hamas pour la libération des otages ou son élimination. D’autre part, sa politique envers l’Iran mêle négociation, menaces militaires et pression maximale.

    Par ailleurs, Trump a lancé une vaste campagne contre les Houthis au Yémen, visant à sécuriser Israël et garantir la liberté de navigation dans la mer Rouge. Il a également ordonné à son ministre des Affaires étrangères de permettre le passage gratuit des navires américains commerciaux et militaires par le canal de Suez. Simultanément, il a accordé à Israël une liberté d’action militaire au Liban, malgré les efforts diplomatiques en vue d’un cessez-le-feu avec le Hezbollah.

    Une stratégie fragmentée et contradictoire

    Contrairement à une stratégie claire et cohérente, Trump semble adopter une série de priorités disparates, avec une attention particulière à certains dossiers qui façonnent son approche régionale. Ses objectifs affichés apparaissent souvent contradictoires :

    • Favoriser l’hégémonie régionale israélienne ;
    • Mettre fin au conflit à Gaza ;
    • Parvenir à un accord avec l’Iran ;
    • Étendre les accords de normalisation entre Israël et d’autres pays.

    Cette multiplicité d’objectifs s’accompagne d’une focalisation sur les relations personnelles avec les dirigeants, ce qui peut entraîner une politique incohérente et imprévisible, dépendante des interactions individuelles.

    Le style oscillant entre isolationnisme et interventionnisme complique la lecture des intentions américaines. Refusant les interventions militaires à grande échelle et cherchant un retrait partiel, Trump engage néanmoins des frappes ciblées, notamment contre les Houthis, sans stratégie claire pour la fin de ces opérations.

    Une politique difficile à anticiper pour les acteurs régionaux

    La diversité des initiatives américaines, souvent motivées par des préférences personnelles, complique la planification des acteurs locaux. Parmi ces préférences figurent :

    • La négociation avec des « dirigeants forts » ;
    • Une quête de reconnaissance, telle que l’obtention du prix Nobel de la paix ;
    • Une impatience notable et un désir d’être perçu comme un leader décisif.

    Cependant, ce style manque de vision à long terme sur les conséquences politiques et stratégiques plus larges.

    Le cadre idéologique : « America First » au Moyen-Orient

    Les actions de Trump s’inscrivent dans un cadre réaliste centré sur le principe « America First ». Toutefois, l’application de ce principe au Moyen-Orient reste limitée, marquée par un déficit de diplomatie inclusive et une faible valorisation des alliances, pourtant fondements historiques de l’influence américaine.

    Un virage dans la politique étrangère américaine

    Le second mandat de Trump marque un tournant par rapport à l’ordre international libéral qui prédominait depuis la fin de la Guerre froide. Sa politique privilégie l’intérêt national, incarné par le slogan « America First », dans un contexte de rivalité accrue entre grandes puissances.

    Cette approche affaiblit les normes internationales et les valeurs humanitaires, notamment par des propositions controversées comme le déplacement des Palestiniens et le soutien tacite à des actes pouvant être perçus comme des génocides. Elle rompt avec la diplomatie américaine traditionnelle par :

    • La redéfinition des alliances, souvent au détriment des partenaires historiques ;
    • Une négociation axée sur les transactions à court terme et la pression plutôt que sur la coopération internationale ;
    • L’utilisation accrue des outils économiques, tels que tarifs douaniers et sanctions, comme leviers stratégiques, favorisant un découplage économique progressif notamment vis-à-vis de la Chine ;
    • La priorité donnée à la loyauté et le rejet des consensus experts et institutionnels dans l’élaboration des politiques.

    Les caractéristiques majeures de la politique extérieure de Trump

    1. Passage d’un ordre mondial libéral à une politique réaliste et compétitive

    Dans cette perspective, l’administration Trump considère que le système international est dominé par la rivalité entre grandes puissances, rejetant l’idée d’une coopération internationale fondée sur la solidarité. Cette vision s’oppose notamment à la division entre démocraties et régimes autoritaires mise en avant par l’administration Biden.

    Par exemple, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est perçu comme un allié dans une « guerre permanente », qui lui permet de consolider son pouvoir interne. Cette alliance explique la convergence de Trump et Netanyahou sur le maintien du conflit à Gaza.

    Cependant, la relation avec l’Iran met Trump face à un dilemme entre « America First » et « Israël First », la gestion du conflit avec Téhéran impliquant des coûts potentiellement élevés.

    2. Réorientation des alliances et marginalisation des partenaires traditionnels

    Trump privilégie des partenariats nouveaux au détriment des alliances historiques, critiquant souvent des institutions comme l’OTAN. Il réduit les engagements dans des régions jugées secondaires, comme l’Europe et le Moyen-Orient, pour concentrer les ressources sur l’Asie-Pacifique et contenir la Chine.

    Ce choix s’accompagne d’un certain mépris envers les alliés démocratiques et d’un affaiblissement de la « puissance douce » américaine, c’est-à-dire la capacité à mobiliser des soutiens et attirer des talents.

    3. Une négociation basée sur la pression et la coercition

    La méthode de Trump repose sur des menaces fortes et des exigences exagérées, visant à pousser l’adversaire à négocier sous pression. Ce mode d’action, qualifié d’« escalade pour apaiser », est visible dans ses interactions avec des pays d’Amérique latine sur des questions migratoires ou dans la gestion des relations avec l’Iran.

    Il cherche à conclure des accords, parfois similaires à des précédents abandonnés, qu’il revendique comme ses succès personnels, comme le nucléaire iranien, rebaptisé « accord global de Trump ».

    Selon lui, « il n’y a pas d’alliés éternels ni d’ennemis permanents, seulement des intérêts constants ». Cette maxime guide sa diplomatie transactionnelle.

    4. L’emploi stratégique du géo-économie et du découplage

    L’administration Trump accorde une grande importance à la géo-économie, considérant les échanges commerciaux, l’investissement, l’énergie et la technologie comme des instruments de compétition stratégique. Les droits de douane sont notamment utilisés comme armes économiques contre la Chine, dans une logique de séparation progressive des économies.

    Cette stratégie vise aussi la domination mondiale dans le secteur énergétique.

    5. Mépris des institutions, de l’expertise et des faits

    La politique de Trump se caractérise par la priorité donnée à la loyauté personnelle dans les nominations, parfois au détriment des qualifications. Certaines politiques s’appuient sur des hypothèses erronées, comme la présentation des droits de douane comme une réduction d’impôts.

    Ce rejet des standards institutionnels et professionnels contribue à l’instabilité politique, renforcée par des divisions internes au sein du parti républicain, notamment sur les questions de Russie, Iran et Israël.

    Les nominations tendent à privilégier une ligne plus interventionniste et pro-israélienne, en décalage avec la volonté officielle de retrait du Moyen-Orient.

    En résumé

    La vision de l’administration Trump pour le Moyen-Orient s’articule autour d’un réalisme centré sur les intérêts nationaux américains dans un contexte de rivalité entre grandes puissances. Bien que la région conserve une importance stratégique, elle est reléguée au second plan face à la priorité donnée à la Chine.

    Cette approche se traduit par :

    • Un désengagement des engagements traditionnels ;
    • Un recours sélectif à la pression et à l’influence pour conclure des accords, notamment concernant le nucléaire iranien et les relations complexes avec Israël ;
    • Une politique intérieure marquée par un faible multilatéralisme et un usage limité des ressources diplomatiques.

    Ces dynamiques risquent de freiner l’efficacité de l’influence américaine dans la région à moyen terme.

    source:https://www.aljazeera.net/opinions/2025/4/30/%d8%aa%d8%b1%d8%a7%d9%85%d8%a8-%d9%8a%d8%aa%d8%ba%d9%8a%d8%b1-%d9%81%d9%85%d8%a7-%d9%86%d8%b5%d9%8a%d8%a8-%d8%a7%d9%84%d8%b4%d8%b1%d9%82-%d8%a7%d9%84%d8%a3%d9%88%d8%b3%d8%b7-%d9%85%d9%86

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