Un citoyen italien est menacé d’une condamnation à la peine de mort aux États-Unis. Pourtant, à la différence de précédents cas similaires, le gouvernement italien reste silencieux et n’a pas pris position publiquement pour empêcher cette sanction capitale. Il s’agit de Luigi Mangione, un jeune homme de 26 ans originaire de Baltimore, inculpé pour un homicide commis à New York.
Une affaire controversée au cœur des tensions sociales américaines
Le 4 décembre, Luigi Mangione a été accusé d’avoir tué Brian Thompson, le PDG de UnitedHealthcare, un géant des assurances santé aux États-Unis. Ce crime a suscité un vif débat, certains y voyant une expression extrême de la colère sociale face à un système de santé ultracapitaliste et de plus en plus inaccessible pour une large part de la population.
Jeudi dernier, Mangione a été formellement inculpé au niveau fédéral pour des chefs de harcèlement et homicide avec arme à feu. Il a déjà nié ces accusations. La procureure générale Pam Bondi, désignée par Donald Trump et considérée comme la « ministre de la Justice » de son administration, a annoncé son intention de demander la peine de mort dans cette affaire. Cette démarche s’inscrit dans l’agenda affiché de Trump pour lutter contre la criminalité violente et rendre « l’Amérique à nouveau sûre », marquant un retour à la peine capitale après la suspension décidée par Joe Biden en 2021.
Des précédents historiques d’intervention italienne
Luigi Mangione est italo-américain, ayant obtenu la citoyenneté italienne en 2008 grâce à son grand-père immigré. Dans la tradition diplomatique italienne, lorsque des ressortissants risquent la peine de mort à l’étranger – peine abolie et jugée inconstitutionnelle en Italie –, les autorités s’engagent généralement à empêcher son application.
Même Benito Mussolini s’était mobilisé dans l’affaire célèbre de Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, deux anarchistes exécutés aux États-Unis en 1927, demandant personnellement au gouvernement américain de les épargner. Plus récemment, en 1995, le Premier ministre Lamberto Dini avait exigé une garantie contre la peine capitale pour autoriser l’extradition de Pietro Venezia, accusé d’un meurtre en Floride. L’extradition avait finalement été stoppée par la Cour constitutionnelle italienne, et Venezia a purgé sa peine en Italie.
À la fin des années 1990, le gouvernement d’Amato avait tenté, sans succès, de sauver Rocco Derek Barnabei, un autre italo-américain condamné à mort par injection létale en 2000 pour un féminicide, malgré les appels de la Communauté européenne et du pape Jean-Paul II.
Un silence gouvernemental critiqué
Alors que le contexte politique entre l’Italie et les États-Unis reste marqué par une bonne entente, notamment entre la Première ministre Giorgia Meloni et Donald Trump, aucune déclaration publique ne semble avoir été faite à propos du cas Mangione. Cela contraste avec l’effort diplomatique visible pour rapatrier Chico Forti, un entrepreneur italien condamné à perpétuité aux États-Unis.
Ce silence nourrit les suspicions que le gouvernement italien préfère ne pas compromettre ses relations avec Trump, en particulier dans le cadre des négociations commerciales sensibles.
La mobilisation parlementaire et les enjeux juridiques
Face à cette absence de réaction, Alleanza Verdi e Sinistra, par la voix de Marco Grimaldi, vice-capitaine de groupe à la Chambre des députés, a déposé une question écrite adressée à Giorgia Meloni ainsi qu’aux ministres de la Justice et de l’Intérieur, Carlo Nordio et Antonio Tajani. Ils demandent si le gouvernement ne juge pas nécessaire d’intervenir pour assurer à Luigi Mangione un procès équitable et éviter que la peine de mort ne lui soit appliquée.
Marco Grimaldi rappelle que Mangione, depuis sa détention, récolte des fonds pour sa défense, signe que l’opinion publique souhaite qu’on lui garantisse la meilleure défense possible. Il souligne aussi que la peine de mort est considérée comme une sanction abominable, y compris par le pape François et une partie des Américains.
Par ailleurs, les éléments de préméditation dans ce dossier doivent encore être établis, notamment l’accusation selon laquelle Mangione aurait planifié son crime en suivant sa victime pendant plusieurs jours et en tenant un journal exprimant sa haine envers l’industrie des assurances santé.
La position constitutionnelle italienne face à la peine capitale
En Italie, la peine de mort est abolie depuis la Constitution de 1948, qui refuse toute forme de sanction capitale. Elle est également incompatible avec l’article 27 de la Loi fondamentale, qui définit la finalité de la peine comme rééducative. Dans des cas semblables par le passé, le gouvernement et particulièrement le ministre de la Justice ont toujours agi dans les instances compétentes pour empêcher l’exécution de la peine de mort contre des citoyens italiens.
Un appel à la justice et non à la vengeance
Après l’inculpation de Mangione, Grimaldi a rappelé que la peine capitale demandée est une sanction exemplaire à des fins essentiellement politiques, en cohérence avec la volonté du ministère de la Justice américain de la rétablir dans tous les États-Unis. Il qualifie la peine de mort d’aberration juridique et dénonce le fait qu’elle puisse être utilisée à des fins de propagande, tandis que la justice ne doit jamais être confondue avec la vengeance.
Il attend une réaction rapide des ministres Nordio et Tajani et espère que la présidente Meloni aura abordé ce sujet lors de son entretien avec Trump. Il a insisté sur le fait que Meloni n’a pas à supplier quiconque, mais doit tout faire pour éviter une sentence irréparable, car l’erreur judiciaire est toujours possible et la peine capitale la rend définitive.