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    Crise au camp de Al-Hol : l’inaction internationale face à une bombe à retardement

    Syrie, Irak

    Une vie sans espoir dans le camp d’Al-Hol

    Aux abords d’une tente déchirée du camp d’Al-Hol, Hussein Abd Al-Faraj regarde sa fillette au visage métissé avec une profonde tristesse. « Mon dos est brisé… je n’ai aucun recours », confie-t-il. Bien qu’il soit marié à une Syrienne, les règles du camp lui interdisent d’enregistrer sa fille à son nom.

    Hussein, quinquagénaire originaire d’Irak, vit dans une tente en toile percée, un sort partagé par des milliers d’Irakiens sans papiers officiels. Ils traversent l’une des crises les plus complexes de Syrie, hantés par l’incertitude ou la peur de persécutions s’ils rentrent dans leur pays.

    Hanane Hassan Ali, arrivée enfant d’Al-Anbar et résidant au camp depuis sept ans, témoigne : « Je vis sans patrie ni avenir. Ma fille est partie en Irak avec son mari, il me reste deux fils, et mon mari est détenu sans que je sache ce qu’il est devenu. Je suis épuisée, je veux juste vivre parmi ma famille. »

    Ali Khalaf Al-Ali, originaire de Mossoul, exprime ses craintes du retour : « Certains refusent de rentrer, car en Irak, d’anciens dossiers s’ouvrent contre eux. Même ceux sans lien avec l’État islamique sont poursuivis ou emprisonnés. Pour beaucoup, dont moi, revenir est un piège. »

    Pour Mun’im Al-Zaher, de Fallouja, la situation est différente : « Ceux qui ont commis des crimes doivent être jugés, mais que font les enfants et les femmes innocents ? Nous vivons une vraie tragédie, sans services ni espoir. Nous voulons justice et pouvoir rentrer chez nous. »

    Le camp d’Al-Hol : un refuge devenu un piège

    Près de 35 000 personnes vivent aujourd’hui dans le camp d’Al-Hol, situé au nord-est de la province de Hassaké en Syrie, proche des frontières irakienne et turque. La majorité sont des femmes et des enfants irakiens.

    Le camp comptait environ 73 000 habitants en 2019. Depuis le début de l’année, huit vagues de départs d’Irakiens ont eu lieu, mais des milliers restent piégés, face à une coordination limitée et des réponses hésitantes des gouvernements concernés.

    Créé en 1991 après la guerre du Golfe pour accueillir des déplacés irakiens, notamment des Kurdes, le camp s’est transformé depuis le début du soulèvement syrien en 2011 en un refuge pour des milliers de déplacés de diverses nationalités.

    Avec l’avancée des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans les zones anciennement contrôlées par l’État islamique, Al-Hol a vu affluer combattants et familles après la défaite du groupe en 2019. Il accueille désormais plus de 43 000 personnes de nationalités variées, incluant Irakiens, Syriens, Européens, Asiatiques et autres, compliquant encore les efforts de rapatriement.

    Un environnement dangereux et fragile

    Au début du mois de mai, les Forces démocratiques syriennes ont lancé une opération sécuritaire dans le camp visant à éliminer les cellules dormantes de l’État islamique. Cette campagne incluait perquisitions, arrestations et saisies d’armes et d’explosifs.

    Selon des sources locales, 20 personnes ont été arrêtées, 15 cellules dormantes démantelées, et 10 armes ainsi que des matières explosives ont été saisies dans différentes zones du camp.

    Une responsable non nommée du camp explique que l’administration autonome du nord-est syrien tente de coordonner avec les gouvernements syrien et irakien ainsi qu’avec plusieurs pays étrangers pour rapatrier les habitants, mais qualifie la réponse internationale d’« inexistante ».

    Elle alerte : « Malgré la baisse du nombre d’habitants, des milliers attendent toujours une solution. Le véritable danger ne réside pas seulement dans les cellules dormantes, mais dans l’endoctrinement des enfants et des femmes. »

    Elle souligne que l’État islamique utilise désormais le trafic d’individus depuis l’intérieur du camp et dénonce un environnement propice à l’extrémisme des nouvelles générations. « Le danger ne vient pas uniquement de ceux qui ont connu Daech, mais surtout des enfants qui n’ont connu que cela », prévient-elle.

    Les Nations unies ont précédemment qualifié Al-Hol de « bombe à retardement », appelant les pays à assumer leurs responsabilités en rapatriant et en réinsérant leurs citoyens. Chaque délai dans le vide du camp « offre une nouvelle opportunité à l’extrémisme de se propager ».

    Une menace sécuritaire majeure

    Issam Al-Faily, spécialiste des groupes extrémistes basé en Irak, décrit le camp d’Al-Hol comme « l’un des défis sécuritaires les plus graves de la région » en raison de la présence de milliers de familles liées à l’État islamique. Il souligne la récurrence d’assassinats et de disparitions forcées.

    Selon lui, le maintien du camp sans démantèlement représente un risque direct. « Une coopération régionale et internationale urgente est indispensable. De nombreuses mères inculquent à leurs enfants les idées de l’organisation, ce qui peut engendrer des comportements et pensées dangereux partout où ils iront. »

    Il critique le refus de certains pays de rapatrier leurs ressortissants, compliquant davantage la situation. « Le rapatriement et la réhabilitation sous supervision étatique sont la meilleure solution, une sorte de purification sécuritaire. »

    Il conclut que les capacités de l’administration autonome sont limitées et insiste sur la nécessité de séparer tôt les enfants de leurs mères pour commencer une éducation basée sur la tolérance. « La plus grande menace est l’endoctrinement négatif au sein du camp », avertit-il.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/5/15/%d8%b4%d8%a7%d9%87%d8%af-%d8%a3%d8%b2%d9%85%d8%a7%d8%aa-%d9%85%d8%ae%d9%8a%d9%85-%d8%a7%d9%84%d9%87%d9%88%d9%84-%d8%aa%d8%aa%d8%b1%d8%a7%d9%83%d9%85-%d8%af%d9%88%d9%86

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