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    Liban : Le gouvernement scelle l’exclusivité du monopole des armes par l’État

    Liban, Israël, Palestine

    Le gouvernement libanais a adopté une décision qualifiée de « pivotante » : mettre fin à toute présence armée en dehors du cadre étatique. Cette initiative intervient alors que le pays traverse une grave crise économique, sociale et sécuritaire, et sous la pression d’incursions israéliennes répétées. La décision s’inscrit aussi dans un contexte régional où une initiative américaine place le désarmement au cœur de toute éventuelle normalisation avec Israël.

    Contexte politique et portée de la décision

    Depuis l’accord de Taëf de 1989, la question des armes en dehors de l’État est restée suspendue entre textes constitutionnels et volontés politiques. Aujourd’hui, l’exécutif fixe un cap clair : l’exclusivité du monopole des armes par l’État. Le gouvernement n’a pas indiqué nommément les groupes visés, mais le texte s’applique en théorie à toute formation armée extérieure à l’autorité étatique.

    Aux yeux des observateurs, l’attention reste concentrée sur le Hezbollah en raison de son poids militaire et politique. D’autres formations, y compris des factions palestiniennes implantées dans les camps, sont également concernées par la portée générale de la mesure.

    Racines historiques de l’armement hors État

    Le phénomène d’armement hors du contrôle de l’État remonte aux années 1960, avec l’intensification des opérations fedayin contre Israël depuis le territoire libanais. L’accord du Caire de 1969 avait reconnu la légitimité de la présence palestinienne dans les camps, y compris l’armement et les actions contre Israël.

    La division interne autour de cette présence fut l’un des éléments déclencheurs de la guerre civile de 1975. Après l’invasion israélienne de 1982 et le départ de l’Organisation de libération de la Palestine, le Parlement annula l’accord du Caire en 1987, puis l’accord de Taëf chercha à ramener l’arme sous contrôle étatique.

    Malgré cela, le Hezbollah a conservé son arsenal pour « faire face à l’occupation israélienne », consolidant ensuite une présence politique et gouvernementale qui a compliqué tout retour au monopole exclusif de l’État sur la force.

    Membres du Hezbollah avec un drone

    Changement d’équation politique

    Pour la première fois depuis environ un quart de siècle, la formule « armée, peuple et résistance » a disparu du discours gouvernemental, signe d’une nouvelle étape politique susceptible de remodeler les équilibres internes. Ce retrait symbolique marque une volonté d’affirmer la primauté de l’État sur toute force armée non étatique.

    Selon le colonel libanais et expert en sécurité Khaled Hamadeh, la décision de confiner les armes à l’État s’appuie sur des principes constitutionnels antérieurs à la récente guerre et s’inscrit dans la continuité d’accords internationaux (résolutions 1559, 1680, 1701). Hamadeh estime que l’exécution passera par une planification étatique impliquant l’armée et l’approbation du Cabinet.

    Il évoque également des tractations en cours avec les responsables palestiniens et la priorité donnée à certains camps, avec la possibilité d’un recours à la force au cas par cas pour les irréductibles.

    Remise des armes plutôt que « désarmement » forcé

    Le débat sémantique est important : pour certains militaires, l’enjeu est moins un « désarmement » imposé qu’une remise volontaire des armes aux autorités. Le terme « désarmement » peut être perçu comme provocateur et susceptible d’aggraver les tensions.

    Le général de brigade Hassan Jouni souligne que, juridiquement, tout armement hors de l’autorité de l’État est illégal. Toutefois, il rappelle que le Hezbollah a bénéficié d’une reconnaissance implicite pendant des années via la formule gouvernementale qui légitimait la « résistance ».

    Jouni estime que la mutation du rôle de la résistance, sa politisation et les changements régionaux rendent désormais la remise des armes plausible, mais qu’elle nécessitera des accords politiques et, probablement, un soutien international et régional pour réussir sans débordements.

    Le cas des camps palestiniens et la mise en œuvre

    Le gouvernement vise également l’armement présent dans les camps palestiniens. Certains camps sont contrôlés par la direction palestinienne, d’autres par diverses factions locales, ce qui complexifie l’approche. Le président Mahmoud Abbas a déjà exprimé à plusieurs reprises sa disposition à remettre les armes relevant de l’Autorité si nécessaire.

    Le plan envisagé prévoit de commencer par des camps identifiés (par exemple, Rashidiyé, Boush, et Bourj el-Chamal) et d’étendre l’opération à l’ensemble du territoire, en distinguant chaque situation selon ses spécificités.

    Factions palestiniennes appelant à une grève dans les camps

    Principaux défis et scénarios possibles

    La mise en œuvre du confinement du monopole des armes par l’État fait face à de nombreux obstacles pratiques et politiques. Voici les défis majeurs :

    • Consensus politique interne : nécessité d’un large accord entre les forces politiques pour éviter l’escalade.
    • Réalité militaire : incapacité éventuelle de l’État à imposer la remise des armes par la force sans risque d’affrontement.
    • Dimension régionale : besoin de garanties et d’appuis extérieurs pour encadrer les processus de confiance et de règlement.
    • Complexité locale : diversité des acteurs armés et présence de personnes recherchées dans certains groupes.

    Les experts insistent sur des solutions fondées sur des compromis, des plans progressifs de collecte des armes et des garanties politiques. Le succès dépendra d’accords nationaux, d’arbitrages régionaux et du soutien international pour transformer l’objectif de désarmement au Liban en réalité durable.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/8/13/%d9%84%d8%a8%d9%86%d8%a7%d9%86-%d9%8a%d8%b9%d9%8a%d8%af-%d8%b1%d8%b3%d9%85-%d9%85%d8%b9%d8%a7%d8%af%d9%84%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%b3%d9%84%d8%a7%d8%ad-%d8%ae%d8%a7%d8%b1%d8%ac

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