La dégénérescence maculaire liée à l’âge, ou DMLA, représente la première cause de handicap visuel chez les personnes de plus de 50 ans. Cette maladie de la rétine, d’origine multifactorielle, provoque une perte progressive de la vision et touche environ 8 % de la population française, selon l’Inserm. Sa fréquence augmente fortement avec l’âge, passant d’environ 1 % entre 50 et 55 ans à 10 % chez les 65-75 ans, puis à 25 à 30 % après 75 ans.
Ce lundi 20 octobre 2025, des chercheurs annoncent des résultats particulièrement encourageants avec Prima, un système de neurostimulation testé chez des patients atteints de DMLA atrophique. L’implant sous-rétinien a permis de restaurer partiellement la vue chez plus de 80 % des participants, qui ont pu recommencer à lire des lettres, des chiffres et des mots.
Une avancée majeure contre la DMLA atrophique
À ce jour, il n’existe pas de traitement pour la forme atrophique de la DMLA. Dans cette version de la maladie, les photorécepteurs de la macula disparaissent progressivement, suivis par les cellules de l’épithélium pigmentaire rétinien. Les résultats publiés dans le New England Journal of Medicine ouvrent ainsi une nouvelle piste pour les patients dont la vision centrale a été sévèrement altérée.
L’essai clinique a été mené par l’Inserm, Sorbonne Université et le CNRS, via l’Institut de la vision, en collaboration avec l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild et l’Hôpital national des 15-20. L’étude a inclus 38 patients atteints de DMLA atrophique, recrutés dans 17 centres répartis dans cinq pays européens.
Comment fonctionne l’implant Prima ?
Le système Prima repose sur deux éléments complémentaires : un implant sous-rétinien et une paire de lunettes à réalité augmentée. Les lunettes sont équipées d’une caméra miniature qui capte les images de l’environnement et transmet le flux vidéo à un ordinateur de poche.
Ensuite, un algorithme améliore les images en les agrandissant jusqu’à douze fois, tout en augmentant le contraste et la luminosité. Le flux vidéo est alors converti en faisceaux de rayons infrarouges, projetés en temps réel sur l’implant greffé sous la rétine. Cette micro-puce photovoltaïque mesure 2 mm sur 2 mm, ne fait que 30 microns d’épaisseur, comprend 378 électrodes et fonctionne sans fil.
Des résultats cliniques encourageants
La vision des participants a été évaluée six mois puis douze mois après l’opération. Les chercheurs se sont intéressés à la proportion de patients présentant une amélioration de l’acuité visuelle. Au total, 32 personnes ont terminé l’étude.
Parmi elles, 81 % ont atteint le seuil d’amélioration et ont pu lire au moins 10 lettres supplémentaires au tableau de vision après un an, lorsqu’elles portaient les lunettes Prima, par rapport à leur vision naturelle. Par ailleurs, 78 % ont connu une amélioration de 0,3 logMAR et lisaient au moins 15 lettres de plus avec les lunettes.
Le bénéfice le plus important a été un gain de 1,18 logMAR, permettant à un patient de lire 59 lettres de plus. À un an, 84,4 % des participants ont aussi déclaré pouvoir lire chez eux des lettres, des chiffres et des mots.
Des effets indésirables à surveiller
Malgré ces résultats, l’étude a également mis en évidence des effets indésirables. Au cours de la période d’analyse, 26 événements graves ont été observés chez 19 participants. Ils comprenaient notamment une hypertension oculaire, des décollements de la rétine, des trous dans la macula ou encore des hémorragies sous-rétiniennes.
La grande majorité de ces cas est survenue dans les deux premiers mois. Pour autant, les chercheurs estiment que le bénéfice observé reste nettement supérieur aux effets indésirables recensés.
Un espoir concret pour retrouver la lecture
« Le bénéfice s’est révélé bien supérieur aux effets indésirables. Jusque-là, d’autres types d’implants sous-rétiniens avaient été développés, apportant un bénéfice bien moindre. C’est la première fois qu’un système permet à des patients ayant perdu la vision centrale de se remettre à lire des mots, voire des phrases, tout en préservant la vision périphérique », résume José-Alain Sahel, auteur senior de l’article et chercheur international affilié à l’Inserm, à l’Institut de la vision, à l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, à l’Hôpital national des 15-20, à Sorbonne Université et à l’University of Pittsburgh School of Medicine.
