More

    Transformation urbaine à Tirana : enjeux de gentrification

    Albanie, France

    Au cours des dernières décennies, Tirana, la capitale de l’Albanie, a été le théâtre d’une transformation urbaine majeure, marquée par une série de projets urbanistiques qui ont profondément modifié ses quartiers. Les images de chantiers, de grues et d’échafaudages sont désormais omniprésentes, accompagnées de nouveaux bâtiments qui côtoient des structures anciennes et délabrées. Si le centre-ville a gagné en modernité, ces changements suscitent des préoccupations chez les habitants, notamment en raison de l’augmentation des loyers qui entraîne un processus de gentrification.

    Un processus de gentrification accéléré

    Traditionnellement, la gentrification se produit de manière progressive, avec l’ouverture de nouveaux restaurants et magasins huppés qui attirent une population plus aisée. À Tirana, cependant, ce phénomène se déroule à un rythme beaucoup plus rapide et massif. De nouveaux gratte-ciels, complexes résidentiels et espaces commerciaux remplacent quasiment l’ancien tissu urbain, souvent sans consultation des résidents.

    « Chaque fois que je quitte la ville pour une semaine ou deux, je reviens et il y a un nouveau chantier qui a surgi de nulle part », témoigne Franziska Tschinderle, une journaliste autrichienne résidant à Tirana. Elle ajoute que la ville « perd son âme : les rues étroites, les vieilles maisons avec jardin, les bars où je rencontrais mes amis ont disparu. Les nouveaux bâtiments sont modernes, mais les loyers sont trop chers et les habitants locaux ne peuvent pas les payer ».

    Des changements initiés par Edi Rama

    Les transformations ont commencé en 2000, lorsque Edi Rama, aujourd’hui Premier ministre, a été élu maire. Ancien artiste, Rama a fait peindre de nombreux bâtiments avec des fresques murales, considérées comme une forme d’expression politique. Bien que certaines de ces œuvres soient encore présentes, d’autres ont été ajoutées au fil des ans.

    Ervin Goci, enseignant et activiste, critique cette tendance, qualifiant les fresques de *« art washing »*, une façon pour la municipalité d’améliorer l’esthétique de la ville sans aborder les problèmes structurels sous-jacents. « Les fresques ne sont pas créées pour des raisons sociales, mais sont contrôlées par l’administration », explique Goci.

    Tirana, décembre 2024 (il Post)

    Rénovation de la place Skanderbeg

    Un exemple notable de rénovation est la place Skanderbeg, qui était auparavant un carrefour routier. Aujourd’hui, elle est devenue un espace piétonnier accueillant des événements publics et des festivals, entourée d’importants bâtiments gouvernementaux. Cependant, des chantiers sont encore visibles, révélant que le travail dans cette zone n’est pas terminé.

    Tirana, décembre 2024 (il Post)

    La transformation de la pyramide de Tirana

    La pyramide de Tirana, inaugurée en 1988 comme musée dédié au dictateur Enver Hoxha, a subi plusieurs transformations depuis la chute du régime communiste. Après des années de désuétude et de vandalisme, elle a été réhabilitée en 2023 pour devenir un centre de commerce et un laboratoire technologique pour les étudiants, tout en conservant son architecture originale.

    Tirana, décembre 2024 (il Post)

    Les conséquences de la gentrification

    Les critiques des projets de gentrification sont nombreuses. Les prix des loyers ont augmenté de 45 à 58 % selon les zones, alors que les salaires sont restés stables. Lorin Kadiu, activiste, souligne que pour un Albanais de la classe moyenne, l’achat d’un appartement à Tirana devient presque impossible, alors que la ville se transforme en un terrain de jeu pour architectes.

    Des voix s’élèvent pour dénoncer les démolitions qui forcent des commerces locaux à fermer et qui déplacent les populations. Un exemple est celui d’un petit restaurant qui, après trois décennies d’exploitation, a été contraint de fermer ses portes suite à la vente de son immeuble à un promoteur immobilier.

    Tirana, décembre 2024 (il Post)

    Les tensions sociales croissantes

    Les manifestations contre ces changements ont parfois dégénéré en affrontements violents avec les forces de l’ordre, comme lors de la démolition de l’ancien Théâtre national en 2020. La question de l’urbanisme à Tirana ne concerne pas seulement le centre-ville, mais s’étend également aux périphéries, avec des projets ambitieux tels que le Riverside Project, qui vise à construire un nouveau quartier le long du fleuve.

    Tirana, décembre 2024 (il Post)

    Tirana | Urbanisme | Gentrification | Albanie | Projets Urbains | France
    source:https://www.ilpost.it/2025/02/26/tirana-albania-sviluppo-urbanistico/

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici


    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    Hantavirus : l’arrivée du MV Hondius à Rotterdam prolonge la vigilance, pas l’alerte générale

    L’arrivée du MV Hondius à Rotterdam marque une nouvelle étape logistique dans la gestion du cluster d’hantavirus, sans modifier l’évaluation d’un risque faible pour le grand public.

    Ebola en RDC et en Ouganda: l’OMS déclenche l’alerte mondiale

    L’OMS a relevé son niveau d’alerte face à l’épidémie d’Ebola en RDC et en Ouganda, jugeant le risque international suffisamment élevé pour coordonner une réponse mondiale.

    Hantavirus : pourquoi les autorités insistent sur une information mesurée

    L’ECDC continue de suivre le cluster d’hantavirus lié au MV Hondius et maintient un risque très faible pour le grand public. En parallèle, des médecins rappellent qu’une information claire et mesurée est essentielle pour éviter les emballements inutiles.

    Périscolaire à Paris : près de 120 établissements visés par des enquêtes

    Le parquet de Paris enquête désormais sur près de 120 établissements après des signalements de possibles violences dans le périscolaire. Entre urgence judiciaire, plan d’action municipal et colère syndicale, la crise change d’échelle.

    Hantavirus : après un contact à risque, la check-list utile des 42 jours sans céder à la panique

    Après la confirmation d’un cas au Canada, autorités européennes et nord-américaines rappellent quoi surveiller pendant 42 jours en cas de contact à risque avec l’hantavirus Andes.

    Centrale de Barakah : ce que l’on sait après l’attaque de drone aux Émirats

    Un incendie a été signalé sur le site de Barakah après une attaque de drone, sans blessés ni impact radiologique déclaré. Voici les faits établis à ce stade.

    Hantavirus : 12 cas recensés le 17 mai, pourquoi le risque reste très faible en Europe

    L’ECDC a mis à jour ce 17 mai le foyer d’hantavirus lié au MV Hondius : 12 cas au total, mais un risque toujours jugé très faible pour le grand public en Europe.

    Taïwan: Lai réaffirme que l’île ne dépend pas de Pékin

    Lai Ching-te a réaffirmé que Taïwan n’appartenait pas à Pékin et que seul le peuple taïwanais pouvait décider de l’avenir de l’île. Une déclaration qui relance les questions sur l’équilibre entre Taipei, Washington et la Chine.

    à Lire

    Categories