Le gouvernement espagnol veut maintenir la pression sur les grandes plateformes et sur l’IA malgré le lobbying des groupes technologiques. Selon Reuters, le ministre de la Transformation numérique Oscar Lopez a confirmé que Madrid comptait poursuivre de nouvelles règles pour rendre les réseaux sociaux et certains usages de l’intelligence artificielle plus sûrs, notamment pour les mineurs.
Le dossier ne part pas de zéro. L’Espagne a déjà annoncé ces derniers mois son intention de durcir son cadre légal, avec un projet d’interdiction de l’accès aux réseaux sociaux pour les adolescents de moins de 16 ans et un renforcement des obligations imposées aux plateformes. AP rappelait en février que le gouvernement de Pedro Sanchez souhaitait aussi des systèmes de vérification d’âge réels, et non de simples cases à cocher.
Ce que Madrid veut imposer aux plateformes
Reuters explique que l’Espagne vise plusieurs fronts à la fois : plus de transparence sur les algorithmes, un encadrement des systèmes d’IA à haut risque, ainsi qu’une responsabilisation accrue des dirigeants de plateformes en cas de contenus illicites ou haineux. Pour Oscar Lopez, les droits des utilisateurs et la protection des mineurs ne doivent pas passer après les intérêts commerciaux de quelques entreprises mondiales.
Le responsable espagnol a aussi défendu l’idée qu’un comportement interdit hors ligne ne peut pas devenir tolérable en ligne. Cette ligne politique s’inscrit dans une volonté plus large de lutter contre le harcèlement, les contenus haineux, les deepfakes à caractère sexuel et les effets d’amplification algorithmique qui touchent particulièrement les adolescents.
Les mineurs au centre du bras de fer
L’axe le plus visible reste la protection des plus jeunes. AP rapportait dès février que l’exécutif espagnol voulait interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans et ajouter cette mesure à un texte parlementaire sur les protections numériques des mineurs. Le gouvernement estime que les règles actuelles sont insuffisantes, car beaucoup de plateformes se contentent encore d’une auto-déclaration de l’âge.
Madrid met aussi en avant les conséquences sanitaires et sociales d’un environnement numérique jugé trop permissif : cyberharcèlement, sollicitations sexuelles, diffusion de contenus manipulés par IA et exposition prolongée à des flux pensés pour capter l’attention.
Une bataille nationale, mais aussi européenne
L’Espagne ne veut pas avancer seule. Reuters souligne que le gouvernement plaide pour une approche commune au niveau de l’Union européenne, afin de rendre les contrôles plus efficaces sur un marché numérique largement transfrontalier. Cette stratégie s’inscrit dans le sillage des initiatives européennes sur la sécurité des mineurs, les pratiques numériques addictives et la surveillance des contenus illicites.
Le rapport de force promet toutefois d’être politique autant que juridique. Les entreprises visées contestent depuis des mois une régulation qu’elles jugent trop lourde. Madrid, lui, assume un cap plus strict. La suite dépendra de la traduction parlementaire de ces annonces en Espagne, mais aussi de la capacité de Bruxelles à transformer cette pression nationale en cadre européen plus homogène.
