Alors que Donald Trump et Xi Jinping doivent se retrouver à Pékin les 14 et 15 mai, après plusieurs semaines de report liées à la guerre américano-israélienne contre l’Iran, cette rencontre s’annonce comme un moment clé pour les relations sino-américaines. Les discussions devraient porter en priorité sur les échanges commerciaux, dans un contexte où les deux premières puissances mondiales rivalisent désormais sur tous les fronts. Ce déplacement marquerait, en outre, la première visite d’un président américain en Chine depuis près de dix ans.
En un quart de siècle, l’équilibre mondial a profondément changé. Les États-Unis dominent toujours plusieurs secteurs stratégiques, mais la Chine a comblé une partie considérable de son retard, au point d’être aujourd’hui perçue comme l’atelier du monde. Du commerce à l’énergie, de l’armement aux technologies émergentes, les rapports de force se sont nettement resserrés entre Washington et Pékin.
Commerce mondial : la Chine a pris l’avantage
Au début des années 2000, les États-Unis étaient encore le premier exportateur mondial. En 2001, ils ont vendu pour 729 milliards de dollars de marchandises à l’étranger, contre 266 milliards pour la Chine, qui n’occupait alors que la quatrième place. À l’époque, seulement 30 économies commerçaient davantage avec Pékin qu’avec Washington.
La situation a radicalement changé. En 2024, la Chine a exporté pour 3,59 milliers de milliards de dollars de biens, contre 1,9 mille milliard pour les États-Unis. Désormais, 145 économies échangent davantage avec la Chine qu’avec les États-Unis, signe de l’ampleur de la recomposition commerciale en cours.
La Chine a également affiché en 2024 un excédent commercial supérieur à 1 000 milliards de dollars, le plus élevé au monde. Ses exportations reposent d’abord sur les machines et équipements électriques, qui représentent près d’un tiers du total, mais aussi sur les métaux et le textile.
Les États-Unis restent le deuxième exportateur mondial, mais leur commerce extérieur demeure structurellement déficitaire. Leurs principales exportations sont les machines, les produits minéraux, notamment les combustibles, ainsi que les produits chimiques. Cet écart alimente depuis des années la rhétorique de Donald Trump sur la nécessité de rééquilibrer les échanges.
Des échanges bilatéraux toujours massifs, malgré les tensions
Les États-Unis et la Chine restent des partenaires commerciaux majeurs, avec plus de 500 milliards de dollars d’échanges en 2025. Mais les flux ont reculé sous l’effet des représailles tarifaires déclenchées au début du second mandat de Donald Trump. Washington applique désormais un tarif effectif moyen d’environ 31,6 % sur les importations chinoises.
Pékin a répondu par une série de taxes visant les exportations américaines d’énergie et de produits agricoles, avec une surtaxe générale de 10 % sur l’ensemble des importations venues des États-Unis. Des droits plus élevés frappent certains produits, comme le propane, l’éthane ou encore le bœuf.
Malgré cette escalade, la Chine reste le troisième partenaire commercial des États-Unis, derrière le Mexique et le Canada, tandis que les États-Unis demeurent le premier partenaire de la Chine. En 2024, Washington a importé pour 453 milliards de dollars de produits chinois, principalement des machines, des biens de consommation courante et du textile.
La même année, Pékin a acheté pour 145 milliards de dollars de marchandises américaines, dont surtout des machines, des produits minéraux et des produits chimiques. L’asymétrie reste nette, et elle nourrit les critiques chinoises comme américaines sur la dépendance mutuelle entre les deux géants.
Dette publique : deux colosses sous pression
Les deux pays portent un endettement élevé, mais de nature différente. La dette des administrations publiques américaines atteint environ 115 % du PIB, contre 94 % pour la Chine, même si plusieurs économistes estiment que la dette chinoise est sous-évaluée.
Aux États-Unis, la crise financière de 2008 a marqué un tournant, avec une forte hausse de l’endettement liée aux plans de sauvetage bancaire et aux mesures de relance. Le choc du Covid-19 a encore accéléré cette trajectoire, jusqu’à porter la dette nationale à plus de 39 000 milliards de dollars, un niveau inédit.
En Chine, la progression a été plus continue, puis plus rapide à partir de la fin des années 2000, sous l’effet des investissements dans les infrastructures et du recours croissant à l’emprunt local. Là encore, la pandémie a provoqué une nouvelle hausse, Pékin ayant privilégié les dépenses d’infrastructure pour soutenir son économie.
Puissance militaire : l’avantage reste américain
Sur le plan militaire, les États-Unis conservent une avance décisive. Selon le Stockholm International Peace Research Institute, Washington a consacré 954 milliards de dollars à sa défense en 2025, soit 3,1 % de son PIB. La Chine, elle, a dépensé environ 336 milliards de dollars, soit 1,7 % de son PIB.
À eux deux, les États-Unis et la Chine représentent plus de la moitié des dépenses militaires mondiales. L’armée américaine bénéficie d’un avantage clair dans la puissance aérienne, avec un nombre d’appareils nettement supérieur et des infrastructures de soutien bien plus développées.
En mer, la Chine dispose de davantage de navires en volume, mais les États-Unis gardent une supériorité qualitative en matière de puissance de feu, de sous-marins et de porte-avions. Cet écart explique pourquoi la Chine modernise rapidement ses forces armées tout en cherchant à combler son retard technologique.
Énergie : Pékin consomme plus, mais Washington investit moins dans le vert
La Chine est aujourd’hui le premier consommateur d’énergie au monde. En 2024, ses besoins ont atteint 48 477 TWh, alimentés à 80 % par les énergies fossiles, essentiellement le charbon. Cette consommation reflète à la fois l’ampleur de son industrie et la montée en puissance de son économie manufacturière.
Les États-Unis arrivent en deuxième position, avec 26 349 TWh consommés la même année. Là aussi, les énergies fossiles dominent, à hauteur d’environ 80 %, mais avec une dépendance plus marquée au pétrole.
En matière d’investissements dans les énergies propres, la Chine prend toutefois une avance nette. Selon le rapport mondial de REN21, elle a consacré 290 milliards de dollars aux énergies vertes en 2024, contre 97 milliards pour les États-Unis. Ce différentiel illustre le choix de Pékin d’occuper le terrain de la transition énergétique tout en maintenant une forte base fossile.
Technologies émergentes : l’intelligence artificielle côté américain, les véhicules électriques côté chinois
Dans les technologies émergentes, la compétition est plus équilibrée, mais chaque pays possède ses domaines de force. Les États-Unis dominent encore l’intelligence artificielle, avec 109 milliards de dollars d’investissements privés en 2024, soit presque autant que le reste du monde combiné. Ils disposent aussi de deux fois plus de modèles d’IA reconnus que la Chine.
Des noms comme ChatGPT, Gemini ou Llama restent au cœur de l’écosystème américain, tandis que la Chine s’est surtout illustrée avec DeepSeek. Washington conserve également un avantage dans les semi-conducteurs, notamment grâce à l’environnement logiciel autour des puces Nvidia.
Mais la Chine a pris l’avantage dans les véhicules électriques. Près de la moitié des voitures neuves vendues dans le pays en 2024 étaient électriques, contre environ 10 % aux États-Unis. Ce leadership s’explique en grande partie par les subventions massives accordées par l’État chinois depuis plus d’une décennie.
Terres rares : l’arme stratégique de Pékin
La Chine détient les plus vastes réserves mondiales de terres rares, avec environ 44 millions de tonnes de dépôts connus en 2024, soit un peu plus de la moitié du total mondial. Mais son véritable levier réside surtout dans le raffinage et la transformation de ces minerais, souvent extraits ailleurs puis envoyés en Chine pour y être traités.
Ces 17 éléments métalliques sont indispensables à de nombreuses technologies modernes, des batteries de voitures électriques aux éoliennes, en passant par les smartphones, les équipements militaires et les semi-conducteurs. Les États-Unis ne disposent que de la septième réserve mondiale, avec 1,9 million de tonnes, soit moins de 5 % du volume chinois.
C’est l’une des raisons pour lesquelles Washington reste très dépendant de Pékin sur ce dossier. Les restrictions chinoises sur certaines exportations ont déjà servi de levier dans les négociations commerciales, et les terres rares devraient de nouveau figurer parmi les sujets sensibles de la rencontre à Pékin.
Deux modèles de puissance qui s’opposent
Au-delà des chiffres, le duel entre les États-Unis et la Chine repose aussi sur deux visions économiques. Le modèle chinois s’appuie sur l’État, l’investissement massif dans les infrastructures, l’industrie et la technologie, ainsi que sur une planification de long terme tournée vers l’exportation.
Le modèle défendu par Donald Trump repose sur une autre logique : hausse des droits de douane, baisses d’impôts, dérégulation, relocalisation industrielle et réduction de la dépendance américaine à la Chine. Cette stratégie s’accompagne d’une volonté de privilégier les accords bilatéraux plutôt que les cadres multilatéraux.
Entre rivalité commerciale, compétition technologique et tension stratégique, la relation sino-américaine est entrée dans une phase de confrontation durable. La réunion annoncée à Pékin pourrait permettre d’apaiser certains dossiers, mais elle rappelle surtout que les deux premières puissances du monde cherchent chacune à imposer leur modèle à l’échelle mondiale.
