Le paquebot néerlandais MV Hondius, touché par une épidémie mortelle de hantavirus, est arrivé tôt dimanche à proximité du port de Granadilla, à Tenerife, dans l’archipel espagnol des Canaries. Escorté par un navire de la Garde civile, le navire doit désormais permettre la prise en charge sanitaire des passagers dans un dispositif strictement encadré par les autorités espagnoles.
Selon les informations communiquées par les autorités, les voyageurs seront d’abord testés afin de vérifier qu’ils ne présentent aucun symptôme. Ils seront ensuite transférés vers la terre ferme à bord de petites embarcations, avant d’être conduits dans des bus fermés jusqu’à l’aéroport principal de l’île, situé à une dizaine de minutes. De là, ils embarqueront sur des vols à destination de leurs pays respectifs.
L’évacuation doit débuter entre 7 h 30 et 8 h 30, heure locale. Les passagers espagnols quitteront le navire en premier, puis les autres nationalités seront évacuées par groupes successifs, ont précisé des responsables gouvernementaux.
Une opération coordonnée après l’alerte sanitaire
Le MV Hondius avait quitté les côtes du Cap-Vert mercredi à destination de Tenerife, après que l’Organisation mondiale de la santé et l’Union européenne ont demandé à l’Espagne de prendre en charge l’évacuation des passagers. L’alerte a été déclenchée après la détection de cas de hantavirus à bord du navire.
L’OMS a indiqué vendredi qu’au moins huit personnes avaient été touchées, dont trois décès : un couple néerlandais et un ressortissant allemand. Parmi ces cas, six sont confirmés et deux autres restent suspectés. Par mesure de précaution, l’agence européenne de santé publique considère l’ensemble des passagers comme des contacts à haut risque.
Sur place, les autorités canariennes affirment que le risque pour la population générale reste faible. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est rendu samedi soir à Tenerife avec plusieurs ministres espagnols pour superviser la coordination de l’opération et rassurer les habitants.
Dans une lettre ouverte adressée à la population locale, il a insisté sur un point : « Ce n’est pas un nouveau Covid. »
Surveillance internationale et premières vérifications
Le hantavirus se transmet généralement par les rongeurs, mais il peut, dans de rares cas, passer d’une personne à une autre. Les autorités sanitaires espagnoles indiquent que la procédure vise à éviter toute propagation, tout en permettant un débarquement rapide et sécurisé.
À Granadilla de Abona, la vie semblait reprendre son cours dimanche matin. Les plages, le marché et les terrasses de cafés étaient fréquentés comme à l’accoutumée, même si certains habitants reconnaissent une inquiétude diffuse face à l’arrivée du navire.
« Il y a des craintes qu’il puisse y avoir un danger, mais honnêtement, je ne vois pas les gens très préoccupés », a confié David Parada, vendeur de loterie, à l’agence AFP.
Le bateau, parti d’Ushuaia en Argentine le 1er avril pour une traversée vers le Cap-Vert, a depuis fait l’objet d’un suivi sanitaire dans plusieurs pays. Les autorités ont cherché à identifier les passagers déjà débarqués et les personnes ayant pu être en contact avec eux.
Des cas suivis en Europe, en Asie et en Afrique
En Argentine, un responsable sanitaire de la province de Tierra del Fuego, Juan Petrina, a estimé qu’il existait une chance « presque nulle » qu’un ressortissant néerlandais lié à l’épidémie ait contracté le virus à Ushuaia, au regard notamment de la période d’incubation.
La traçabilité des cas a également mobilisé plusieurs pays. Un membre d’équipage de la compagnie KLM ayant été en contact avec un passager infecté et présentant ensuite de légers symptômes a finalement été testé négatif. La femme du premier défunt avait, elle, embarqué brièvement sur un vol reliant Johannesburg aux Pays-Bas le 25 avril avant d’être débarquée avant le décollage ; elle est décédée le lendemain dans un hôpital de Johannesburg.
En Espagne, une femme présente sur ce même vol fait l’objet d’examens après avoir développé des symptômes à son domicile, dans l’est du pays. Elle est placée en isolement à l’hôpital. À Singapour, deux résidents ayant voyagé à bord du paquebot ont été testés négatifs, mais resteront en quarantaine. Les autorités britanniques, elles, ont signalé un cas suspect à Tristan da Cunha, dans l’Atlantique Sud, après une escale du MV Hondius le 15 avril.
Alors que l’opération d’évacuation commence à Tenerife, les autorités veulent éviter toute panique tout en maintenant une vigilance maximale autour de ce hantavirus sur un paquebot devenu, en quelques jours, l’épicentre d’un suivi sanitaire international.
