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    Détention controversée de migrants expulsés au Salvador : un vide juridique

    États-Unis, Salvador, Venezuela

    La détention au Salvador de migrants expulsés des États-Unis soulève une profonde inquiétude parmi les défenseurs des droits humains, qui dénoncent un véritable vide juridique. Human Rights Watch alerte sur la situation critique de centaines de personnes enfermées dans une méga-prison salvadorienne, dans le cadre d’une alliance sécuritaire renforcée entre Donald Trump et Nayib Bukele.

    Des prisonniers dans leur cellule au Centre de confinement contre le terrorisme à Tecoluca, au Salvador, le vendredi 4 avril 2025, lors d’une visite du ministre de la Justice et de la Paix.

    Un précédent inquiétant dans la collaboration sécuritaire américano-salvadorienne

    Depuis mars, au moins 288 migrants, majoritairement vénézuéliens, ont été expulsés par les États-Unis vers le Salvador, où ils sont incarcérés au Centre de confinement contre le terrorisme (Cecot). Cette prison ultra-sécurisée, conçue initialement pour les membres des gangs MS-13 et Barrio 18, accueille aujourd’hui ces migrants dans des conditions très strictes, sans possibilité de visites.

    Pour Juan Pappier, sous-directeur pour les Amériques chez Human Rights Watch, cette situation crée un « trou noir » juridique similaire à une version extrême de Guantanamo, caractérisée par une absence totale de protection légale, avec des risques de disparition forcée, de détention arbitraire et potentiellement indéfinie.

    L’ONG Cristosal souligne que près de la moitié des migrants déposés au Cecot avaient un statut de demandeur d’asile ou étaient en procédure, ce qui devrait normalement leur garantir une protection contre l’expulsion. Néanmoins, ils ont été renvoyés sans distinction, accusés d’appartenir au gang vénézuélien Tren de Aragua, une accusation souvent infondée selon les données disponibles.

    Une politique d’expulsions jugée précipitée et contestée en justice

    Un juge de Washington a récemment condamné l’administration Trump pour avoir délibérément ignoré une interdiction judiciaire d’expulser des migrants sur la base d’une loi d’exception datant de 1798, visant les “ennemis étrangers”. Cette décision fait suite à la tentative d’expulser plus de 200 personnes accusées d’appartenir au Tren de Aragua, qualifié d’organisation terroriste par Washington.

    La Cour suprême américaine a levé cette interdiction début avril, tout en confirmant que les migrants expulsés doivent avoir la possibilité de contester leur expulsion en justice, une disposition que l’administration Trump avait négligée.

    Le juge James Boasberg a dénoncé que les migrants concernés avaient été transférés à bord d’avions avant même d’avoir pu défendre leurs droits devant un tribunal, qualifiant cette démarche de “bafouement délibéré” de la décision judiciaire. Il a accordé à l’exécutif un délai jusqu’au 23 avril pour se conformer à la décision, sous peine d’engager une procédure pour outrage au tribunal.

    Refus de Washington de revenir sur une “erreur administrative”

    Parmi les cas emblématiques, celui de Kilmar Abrego Garcia, un Salvadorien marié à une Américaine, expulsé vers le Salvador malgré un statut légal protégé aux États-Unis depuis 2019 en raison des risques qu’il encourait dans son pays. La justice américaine a reconnu cette expulsion comme une “erreur administrative” et ordonné son retour, ce que refusent les gouvernements américain et salvadorien.

    Le sénateur démocrate Chris Van Hollen s’est rendu au Salvador pour plaider en faveur de sa libération, dénonçant un “enlèvement illégal”. Plusieurs familles de détenus au Venezuela assurent que leurs proches n’ont commis aucun crime justifiant leur emprisonnement, certains étant arrêtés simplement en raison de leurs tatouages.

    Noah Bullock, directeur de Cristosal, dénonce que la détention de personnes innocentes est traitée comme une simple “marge d’erreur” par le gouvernement salvadorien, tandis qu’en public, la fermeté de Nayib Bukele dans la lutte contre les gangs reste soutenue par une partie de la population, convaincue de l’amélioration de leur sécurité.

    Un partenariat renforcé entre Washington et San Salvador

    Alors que les États-Unis distancent leurs relations avec plusieurs pays, leur rapprochement avec le Salvador s’intensifie, notamment grâce à l’alliance entre Donald Trump et Nayib Bukele. Ce dernier a été reçu en héros à la Maison Blanche, où il a souligné la volonté d’aider les États-Unis, une aide réciproque saluée par Trump.

    Dans une déclaration controversée, Donald Trump a évoqué la possibilité d’expédier au Cecot des citoyens américains accusés de crimes violents, affirmant vouloir étudier cette option.

    De son côté, Nayib Bukele, qui affiche une proximité affichée avec Trump sur les réseaux sociaux, a obtenu l’intégration du Salvador au programme Global Entry, facilitant l’entrée rapide aux États-Unis pour les Salvadoriens détenteurs de visa.

    Détention Migrants Expulsés Salvador | Migrants | Salvador | Expulsions | Droits Humains | Donald Trump | Nayib Bukele | Human Rights Watch | Justice | Amérique Centrale | États-unis | Venezuela
    source:https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20250416-incarc%C3%A9ration-salvador-%C3%A9tats-unis-vide-juridique-ong-bukele-trump-tren-de-agua-human-rights-watch

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