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    Manuel Carrasco : entre racines et succès, le chant d’un homme de pueblo

    Espagne

    Manuel Carrasco a grandi en attendant le retour de son père de la mer. Si lui était le marin, c’est sa mère qui tenait fermement la barre à terre, veillant à ce que les cinq frères ne se dispersent pas entre les traversées. « Je crois que c’était le cas dans toutes les familles du quartier : c’est la mère qui menait la danse », confie aujourd’hui Manuel Carrasco.

    Son enfance s’est déroulée au milieu de bateaux à moitié coulés et de filets d’almadraba, ces pièges à poissons traditionnels. Les carcasses apparaissaient lors des basses marées et Manuel plongeait entre elles, se blessant parfois, cherchant des réponses sur son passé et son avenir.

    Il raconte avoir commencé sa vie en perdant, aspirant à chanter mais finissant toujours dernier aux concours de carnaval. Puis est venue « sa vague » : la deuxième édition d’Operación Triunfo, dont il termine deuxième. Sans plan B, par peur d’être ridiculisé, il saute le pas et décolle d’Isla Cristina pour conquérir le monde.

    Manuel Carrasco lors de l'entretien
    Manuel Carrasco, lors de l’entretien avec EL ESPAÑOL.

    Le retour aux racines : le village comme refuge

    Manuel Carrasco revient aujourd’hui à l’idée de « pueblo » comme refuge, un retour à l’essence même de ce que nous sommes : chair, muscle, désir, peau qui se blesse, cerveau vigilant contre l’envie de ceux qui n’atteignent pas nos sommets. Son nouvel album Pueblo Salvaje II (Universal) l’emmène sur les routes des grandes salles d’Espagne, élargissant les ruelles sentimentales de son univers personnel.

    La lutte contre l’addiction aux écrans

    Sur son single Pueblo Salvaje, il chante : « Ne tombons pas dans le piège, la vérité libère et tu ne la trouveras pas sur un écran ». Interrogé sur sa stratégie pour lutter contre cette « drogue moderne » des écrans omniprésents, il répond :

    « J’essaie d’être conscient à certains moments, notamment en libérant mon temps libre du téléphone. C’est compliqué car on y trouve aussi le travail et plein d’autres choses… J’écris sur ces sujets parce qu’ils me préoccupent et que j’en souffre aussi. Il m’est difficile de déconnecter. En analysant plus profondément, le téléphone est bien pour s’amuser, mais il y a beaucoup de pièges et on finit par perdre du temps en choses qui n’apportent rien. »

    Il reconnaît que nous sommes tous dominés par cet usage : « Une amie m’a dit que le nom Black Mirror fait référence à l’écran des téléphones éteints, symbolisant l’impact de la technologie sur nous. »

    Entre Madrid et le village, un équilibre précieux

    Manuel Carrasco, originaire d’Isla Cristina, affirme qu’il se sent de plus en plus « pueblo ». Sur ce que lui apporte le village et ce que Madrid lui enlève, il partage :

    « Madrid m’apporte aussi beaucoup. Souvent, pour apprécier quelque chose, il faut en être privé. Quand je suis au village, Madrid me manque. Et quand je suis à Madrid, le village me manque. Ainsi, je profite plus intensément des deux. »

    « La responsabilité est plus forte à Madrid, car c’est le centre de ma vie professionnelle. Au village, je viens pour déconnecter, mais les deux endroits m’enrichissent. »

    Les mains de Manuel Carrasco
    Les mains de Manuel Carrasco.

    Souvenirs d’enfance et héritage familial

    Dans la chanson El grito del niño, Manuel chante : « Je suis le cri de l’enfant affamé qui appelle sa mère, la fourmi qui porte sa peine dans le sable ». Il évoque son enfance à Isla Cristina, avec des images fortes :

    • Des montagnes de filets de pêche
    • L’ancienne almadraba pour la pêche au thon
    • Des ancres de trois mètres alignées sur la plage
    • Un cimetière de bateaux à moitié coulés, devenu terrain de jeu

    « On ne pouvait pas les remettre à flot. C’était comme un parc d’attractions. Un jour, je me suis planté un clou… On plongeait quand la marée baissait, les bateaux apparaissaient puis disparaissaient, c’était très mystérieux », se souvient-il.

    Les influences maternelles et paternelles

    Son père, ancien pêcheur aujourd’hui à la retraite, et sa mère, figure forte, ont marqué son caractère :

    « Je pense avoir beaucoup plus hérité de ma mère que je ne le pensais. C’est elle qui nous a élevés presque seuls pendant que mon père était en mer. Elle était une mère très protectrice, très déterminée. Mon père était le marin à la maison, mais le vrai patron, c’était ma mère. »

    De son père, Manuel retient « cette calme capacité d’écoute, ce savoir agir au bon moment. » Quant à ses frères, il partage une complicité particulière avec l’aîné, tandis que les deux du milieu se ressemblent beaucoup.

    Portrait de Manuel Carrasco
    Manuel Carrasco.

    Sa sœur cadette, qualifiée de « vers libre », a dû grandir entourée de quatre garçons. « Même si la femme était la patronne, le patriarcat existait. Ma sœur est une femme de caractère, comme beaucoup de femmes élevées ainsi. »

    Une carrière forgée dans la persévérance

    Manuel évoque un vers poignant de sa chanson où il se décrit comme « le plus courageux des lâches, qui en semant la graine grandit toujours davantage ». Son parcours musical reflète cette résilience :

    « Je n’ai pas vraiment étudié, c’était presque implicite que seuls les enfants des enseignants le faisaient. Heureusement, les choses ont changé, ma nièce est à l’université aujourd’hui. J’ai semé, attendu que la fleur pousse, cette musique et cette carrière que je protège maintenant. Je ne sais pas à quel moment j’ai eu cette lucidité et ce courage, peut-être parce que je n’avais pas de plan B. J’avais peur du regard des autres, de me faire traiter de ‘raté’. Ce fut ma motivation pour avancer. »

    « Revenir en arrière n’était pas une option. »

    Un album concept et ses interludes

    Concernant les interludes présents dans l’album Pueblo Salvaje II, Manuel explique :

    « Je voulais unifier encore plus le concept. Faire se rejoindre des peuples musicaux, ancestraux et spirituels : flamenco, Paco Toronjo, un être sauvage au sein de nos racines… Ces messages sont mêlés et servent de charnières entre les chansons. Écouter l’album d’un seul trait donne encore plus de sens. »

    La dignité face aux épreuves

    Sur le thème de la dignité, il affirme :

    « On peut nous enlever beaucoup de choses, mais la dignité, c’est nous qui la perdons si nous ne sommes pas assez forts. Cela arrive souvent quand on abandonne. La vie va nous secouer, nous donner et nous prendre, mais en cas de perte, il ne faut jamais perdre sa dignité. Sans elle, on est perdu, il faut tout recommencer de très bas, ce qui est très difficile. »

    Faire face à l’envie et à l’adversité

    Ayant été freiné plusieurs fois dans son parcours, il confie :

    « Beaucoup de gens m’ont freiné, mais qui n’a pas vécu ça ? »

    « L’envie est naturelle : si quelqu’un n’y arrive pas, il ne veut pas que l’autre y arrive. Même si ce n’est pas conscient, ce sentiment existe constamment. J’ai pris cela comme un moteur pour être plus fort, plus combatif. J’ai commencé en perdant, je n’avais pas d’autre choix que de me battre. »

    Un succès unique et des anecdotes

    Malgré un départ difficile, Manuel Carrasco a connu un succès remarquable. Il est le seul artiste espagnol à avoir chanté au stade Santiago Bernabéu, et par conséquent le seul à avoir été sanctionné pour cela. À propos de la sanction, il déclare avec humour :

    « Broncano ne m’a pas donné un centime ! »

    Sur l’état de cette amende :

    « Elle a été payée, mais nous avons fait appel. C’est absurde, car les conditions n’étaient pas réunies… Si on l’a autorisé, que peut-on faire ? On ne peut pas en être responsables. Il fallait donner de la voix aux milliers de personnes présentes. J’espère que cela se règlera et que cette erreur sera corrigée pour les artistes concernés. »

    Une fascination pour l’univers

    Dans la chanson Tengo el poder, il cite Lucha de gigantes d’Antonio Vega, une chanson inspirée par sa fascination pour l’univers. Manuel partage :

    « Il y a une dimension métaphorique dans cette chanson. Elle parle d’une lutte intérieure avec les difficultés de la vie. Ce monde me fascine aussi beaucoup, et mon fils aussi ! Mon petit est passionné par les planètes, ce qui m’impressionne car l’inconnu m’attire… Cette immensité. »

    Sa fille montre également un intérêt marqué pour la musique :

    « Hier, après toutes les interviews, ma fille m’a demandé de lui apprendre le piano. Je lui ai dit que si c’était moi, ce ne serait pas gagné, mais elle a commencé à toucher les touches pendant que je me démaquillais et elle jouait déjà mieux que moi… Elle a l’oreille, mais c’est encore tôt pour savoir. »

    Manuel Carrasco
    Manuel Carrasco.

    La tournée Salvaje et la vie d’artiste

    Alors que la tournée Salvaje débute, avec de nombreuses dates dans de grandes salles, Manuel évoque les défis de la vie en tournée :

    « Le public rend chaque concert différent. Même si parfois, comme le dit Leiva, on peut se sentir imposteur et faire les choses mécaniquement, j’essaie de renouveler les répertoires, de chanter des chansons différentes pour me réinventer. Notre tournée dure environ le temps que l’énergie peut tenir pour un tel spectacle. C’est assez calibré. »

    Dans sa chambre, que trouve-t-on ?

    Enfin, lorsqu’on lui demande ce qu’il a sur sa table de nuit, il répond :

    • Des livres
    • Un Nasonex (spray nasal)
    • Une tasse d’eau
    • Des infusions pour la nuit

    « J’ai retiré mon téléphone… et c’est tout ! »

    Manuel Carrasco | Isla Cristina | Musique Espagnole | Carrière Musicale | Racines | Famille | Succès | Culture Espagnole | Père Marin | Mère Forte | Espagne
    source:https://www.elespanol.com/reportajes/20250511/manuel-carrasco-muchas-cosas-madre-crio-sola-hermanos-padre-mar/1003743750268_0.html

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