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    Trump, paix en Gaza et Ukraine : illusion ou réalité ?

    États-Unis, Palestine, Israël, Ukraine, Russie

    Donald Trump se présente en grand faiseur de paix, affirmant avoir travaillé à mettre fin aux guerres à Gaza et en Ukraine. Dans sa rhétorique, il revendique des résultats rapides, mais, jusqu’à présent, ses annonces manquent de substance concrète. Le constat principal : confondre cessez-le-feu et paix durable revient à ignorer les causes profondes des conflits.

    Cessez-le-feu ≠ paix

    Un cessez-le-feu interrompt les hostilités ; la paix résout les différends politiques qui ont provoqué la guerre. Sans traiter l’histoire, le droit international et les intérêts politiques en jeu, toute trêve reste une parenthèse entre deux vagues de violences.

    Cette distinction explique pourquoi de nombreuses initiatives, bien que présentées comme des « plans de paix », retombent rapidement. Les accords sans garanties politiques structurelles finissent par céder face aux pressions des belligérants et des profiteurs de guerre.

    Le plan pour Gaza : une proposition essentiellement temporaire

    Trump a présenté ce qu’il qualifie de « plan de paix » pour Gaza, mais le contenu ressemble davantage à un cessez-le-feu. Les analyses et comptes rendus médiatiques ont souligné l’absence d’engagements sur la pleine reconnaissance politique des Palestiniens, thème central du conflit (BBC).

    Pour être crédible, un véritable plan devrait lier plusieurs résultats politiques fondamentaux :

    • la fin des opérations militaires massives et du risque de génocide;
    • le désarmement de groupes armés comme le Hamas;
    • la reconnaissance de la Palestine en tant qu’État membre à l’ONU;
    • la normalisation des relations diplomatiques entre Israël et la Palestine au niveau mondial.

    Ces axes sont absents du plan annoncé, ce qui explique l’absence d’adhésion internationale formelle, hormis des soutiens limités à la « Declaration for Enduring Peace and Prosperity » publiée par la Maison-Blanche (WhiteHouse).

    Objectifs géopolitiques et stratégies d’évitement

    La proposition américaine vise aussi, selon l’analyse avancée, à contrer l’élan international en faveur de la reconnaissance d’un État palestinien. En pratique, elle permettrait à Israël de poursuivre sa politique de fait accompli en Cisjordanie et ses opérations à Gaza sous couvert de sécurité.

    Plusieurs déclarations et discours publics laissent transparaître la volonté d’empêcher la création d’un État palestinien, un objectif que certains dirigeants israéliens ont formulé ouvertement (discours au siège de l’ONU).

    Le rôle du complexe militaro-industriel et des intérêts financiers

    Un obstacle majeur à une paix durable est l’emprise du complexe militaro-industriel, qui tire profit des conflits prolongés. Depuis les années 1960, plusieurs voix critiquent le lien entre élites politiques et intérêts industriels liés à la guerre.

    Aux États-Unis, les flux d’aide militaire vers Israël illustrent ce phénomène : depuis octobre 2023, près de 21,7 milliards de dollars ont été accordés, une partie importante de ces fonds revenant à des entreprises américaines de haute technologie (Costs of War).

    Des études sur les profits de la guerre montrent comment les contrats d’armement favorisent la prolongation des conflits (Profits of War).

    Le cas ukrainien : la neutralité comme clé possible

    Sur la guerre en Ukraine, Trump a affirmé pouvoir mettre fin aux hostilités « en 24 heures », une promesse évaluée et critiquée par plusieurs médias (CNN).

    Pourtant, les propositions présentées relèvent surtout d’un cessez-le-feu et non d’une solution politique structurelle. L’origine du conflit, selon l’argument développé ici, est liée à l’expansion de l’OTAN vers l’est et aux dynamiques de 2014 qui ont changé l’équilibre politique en Ukraine.

    Plusieurs observateurs estiment qu’une paix durable passe par la neutralité de l’Ukraine, conçue comme un pont entre la Russie et l’OTAN. Une négociation incluant des garanties de sécurité réciproques reste la voie plausible pour sortir du cycle de guerre.

    Politique, négociation et échec de la diplomatie

    La guerre est souvent l’échec de la politique et non son prolongement naturel. Lorsque des questions politiques essentielles sont éludées, la violence devient l’arbitre.

    Des médiations passées (Oslo, Camp David, et d’autres processus) ont échoué parce qu’elles considéraient l’État palestinien comme un objectif lointain plutôt que comme une solution immédiate. De même, les tentatives pour résoudre l’affrontement en Ukraine sans traiter des garanties de sécurité ont limité leurs chances de succès.

    Acteurs influents et ruptures nécessaires

    Pour qu’un président américain produise une paix réelle, il faudrait rompre avec plusieurs puissances d’influence :

    • le complexe militaro-industriel et ses intérêts économiques;
    • des donateurs influents et des lobbies politiques qui orientent les politiques étrangères;
    • la dépendance à une diplomatie coercitive basée sur sanctions et pression financière.

    Un tel tournant demanderait du courage politique et l’appui d’une majorité internationale favorable à des solutions basées sur le droit et la reconnaissance mutuelle. Les sondages montrent d’ailleurs un soutien important aux idées de reconnaissance d’un État palestinien dans l’opinion publique américaine (Reuters).

    Une lueur d’espoir diplomatique

    Malgré les intérêts contraires, des opportunités existent pour pousser vers une paix réelle. Des acteurs régionaux et internationaux pourraient convaincre un dirigeant prêt à négocier de prendre des décisions courageuses.

    Avant une rencontre annoncée à Budapest avec Vladimir Poutine, des voix comme celles du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui connaît bien la géopolitique régionale, pourraient influencer les contours d’un compromis sur l’OTAN et la neutralité ukrainienne.

    De même, des dirigeants de pays musulmans et régionaux — Recep Tayyip Erdoğan (Turquie), Mohammed ben Salmane (Arabie saoudite), Abdel Fattah al-Sissi (Égypte) et Prabowo Subianto (Indonésie) — sont susceptibles d’expliquer la nécessité d’une adhésion de la Palestine à l’ONU comme condition préalable au désarmement et à une paix stable.

    Conditions pour transformer des annonces en paix

    Si Donald Trump veut réellement jouer un rôle décisif pour la paix à Gaza et en Ukraine, il devra passer de la rhétorique à la politique :

    • mettre en œuvre des négociations politiques qui traitent des causes profondes;
    • promettre et garantir la neutralité et les garanties de sécurité en Ukraine;
    • plaider pour la reconnaissance et l’adhésion de la Palestine à l’ONU comme fondement d’une solution à deux États;
    • résister aux pressions des intérêts financiers et des lobbies favorables à la perpétuation des conflits.

    La paix durable exige d’affronter les profiteurs de guerre et de construire des accords politiques robustes. Sans cela, les « plans » qui se limitent à des trêves resteront des illusions temporaires.

    source:https://www.aljazeera.com/opinions/2025/10/23/from-illusion-to-real-peace-trumps-test-in-gaza-and-ukraine

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