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Un projet de paix présenté par l’administration américaine sous l’égide de Donald Trump propose un accord global de non‑agression entre la Russie, l’Ukraine et l’Europe, destiné à redessiner le cours du conflit et à mettre fin à ce que la proposition qualifie de trois décennies d’incertitude géopolitique en Europe. Des médias américains ont révélé des extraits de la mouture, et Washington a exercé des pressions intenses vendredi pour obtenir l’acceptation de l’offre par Kiev, donnant à l’Ukraine un délai jusqu’à jeudi prochain. Le reportage d’Omar Abdel Latif résume les grandes lignes d’un projet de 28 articles qui cherchent à équilibrer l’influence russe et les garanties occidentales tout en limitant certaines options militaires et politiques pour les deux parties.
Principales mesures proposées
La version dévoilée du plan contient plusieurs dispositions clés visant à fixer des lignes de contrôle et à instaurer des garanties internationales. Les points principaux peuvent se résumer comme suit :
- Reconnaissance internationale, y compris par les États‑Unis, de la maîtrise de fait de la Russie sur le Donbass (régions de Louhansk et Donetsk), y compris certaines zones où Kiev conserve encore une présence limitée.
- Création d’une zone tampon démilitarisée sur une partie du territoire de Donetsk afin de stabiliser les lignes de front et réduire le risque de confrontations massives.
- Gel des lignes de contrôle actuelles dans les régions de Kherson et Zaporijia, la Russie conservant environ 75 % de ces territoires, avec la possibilité de restitutions conditionnelles lors de négociations politiques ultérieures.
- Considération de la Crimée comme un fait accompli en termes de contrôle, tout en garantissant à l’Ukraine le libre usage commercial du fleuve Dnipro et la circulation des céréales via la mer Noire.
- Exploitation de la centrale nucléaire de Zaporijia sous supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et partage de sa production électrique entre la Russie et l’Ukraine.
- Plafonnement des forces armées ukrainiennes à 600 000 soldats pour limiter une escalade militaire et contenir une course aux armements régionale.
- Inscription dans la Constitution ukrainienne d’une interdiction d’adhésion à l’OTAN, accompagnée d’une modification du traité de l’Alliance empêchant l’entrée future de Kiev.
- Maintien possible de l’éligibilité de l’Ukraine à l’adhésion à l’Union européenne, la proposition ne visant pas à exclure ce volet.
Garanties, dissuasion et limites
Le plan tente d’articuler des garanties sécuritaires occidentales tout en fixant des conditions strictes. Selon la mouture :
- Les États‑Unis accorderaient une garantie de sécurité à l’Ukraine, toutefois elle deviendrait nulle si Kiev initiait une attaque sur le territoire russe, limitant ainsi la portée de l’engagement américain à un cadre défensif.
- En revanche, Washington et ses alliés promettent une riposte militaire coordonnée et la réimposition complète des sanctions contre la Russie en cas d’une nouvelle agression russe sur l’Ukraine.
- La logique du plan consiste à combiner dissuasion et incitations politiques afin de prévenir une reprise des hostilités tout en offrant des mécanismes de résolution.
Aspects territoriaux et sécuritaires
Les dispositions territoriales sont au cœur de la proposition et visent à stabiliser plusieurs zones clés du théâtre de guerre. Elles incluent des mesures pratiques pour diminuer les tensions le long des lignes de contact.
- Installation d’une zone démilitarisée partielle dans le Donetsk pour rendre la ligne de front plus permanente.
- Gel des positions actuelles en Kherson et Zaporijia, avec une répartition de contrôle favorisant largement la Russie mais ouverte à des ajustements politiques ultérieurs.
- Gouvernance du dossier nucléaire par l’AIEA afin de réduire les risques liés à la centrale de Zaporijia et d’assurer une exploitation séparée et partagée de son électricité.
- Garanties pour le transit commercial sur le Dnipro et la levée des entraves à l’exportation des céréales via la mer Noire.
Cadre juridique et mesures politiques
Pour ancrer les engagements sur le long terme, le projet propose des codifications juridiques et des modifications institutionnelles. Ces dispositions visent à rendre les engagements contraignants et à encadrer les relations futures.
- Insertion d’une clause constitutionnelle en Ukraine interdisant l’adhésion à l’OTAN.
- Modification du cadre statutaire de l’OTAN pour empêcher toute adhésion future de Kiev à l’Alliance.
- Obligation pour la Russie d’adopter une loi interne déclarant l’absence d’intention d’agression envers l’Europe et l’Ukraine, afin de sceller juridiquement son engagement.
- Calendrier de levée progressive des sanctions contre Moscou et invitation à réintégrer le cercle des huit grandes puissances, accompagnés d’un fonds d’investissement constitué à partir des avoirs russes gelés, dont une partie des profits reviendrait aux États‑Unis.
Réactions et étapes à venir
Les réactions initiales montrent un mélange de prudence et de demandes de garanties supplémentaires. À Kiev, le président ukrainien étudie le document et souligne que tout accord doit garantir « un vrai paix qui respecte la dignité », reflétant des réserves sur les concessions territoriales proposées.
Au niveau européen, l’Union insiste sur l’impératif d’une participation active de l’Ukraine et des pays européens à la rédaction des détails, estimant que la réussite dépendra d’un processus inclusif plutôt que d’accords bilatéraux entre Washington et Moscou. Le Kremlin, pour sa part, se dit informé d’éventuelles modifications mais n’a pas reçu de version officielle, adoptant une position d’attente avant de formuler une réponse définitive.
La suite dépendra essentiellement de l’acceptation par Kiev et de l’adhésion des partenaires européens aux modalités proposées. Le projet, porté par le « plan Trump Russie Ukraine », vise à trouver un équilibre entre stabilisation immédiate et mécanismes de garantie à plus long terme.