Accueil ActualitéAffaire Christian Nègre : une lenteur judiciaire choquante après six ans

Affaire Christian Nègre : une lenteur judiciaire choquante après six ans

par Lea
France

Depuis près d’une décennie, des entretiens initialement présentés comme professionnels ont basculé en scènes d’emprise, avec des diurétiques administrés discrètement, des tests d’urine improvisés et des humiliations publiques ou privées. L’affaire Christian Nègre, ancien cadre du ministère de la Culture, a été révélée en 2019 et n’a pas encore donné lieu à un procès, près de sept ans après les faits.

Interminable instruction

Fin 2019, Christian Nègre est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire pour administration de substance nuisible, agression sexuelle par une personne abusant de l’autorité conférée par sa fonction et atteinte à l’intimité de la vie privée, après avoir été radié de la fonction publique quelques mois plus tôt. Il reconnaît certains faits mais les minimise, évoquant une impulsion compulsive et affirmant ne pas avoir voulu empoisonner ses victimes.

Les premiers éléments montrent une conduite méthodique et répétée: l’observation d’un mécanisme opérationnel, le système consistant à glisser des diurétiques, puis à guider les victimes vers des itinéraires qui limitent l’accès à des toilettes, dans une logique d’humiliation.

Des chiffres qui s’alourdissent

Plus de 200 victimes ont été identifiées par les enquêteurs, et de nouvelles s’ajoutent régulièrement selon la Fondation des Femmes, qui décrit l’affaire comme l’une des plus grandes soumissions chimiques en France. L’avocate des victimes indique que le chiffre reste incertain et évolue avec les signalements médiatisés et les nouvelles plaintes.

Six ans sans procès

Malgré la mise en examen en 2019, l’information judiciaire n’est pas arrivée à son terme six ans plus tard. L’instruction a été décrite comme au ralenti, et les victimes témoignent d’un éloignement: nombreuses n’auraient été entendues qu’à travers des policiers, faute de disponibilités pour des audiences individuelles, selon les associations et leurs avocates.

Cette attente est vécue comme une épreuve nouvelle par les plaignantes, qui réclament une visibilité et une échéance prévisible de la fin de l’instruction.

Victimisation secondaire et rémanence du dossier

Beaucoup de femmes expliquent s’être tues pendant des années, convaincues d’avoir manqué un entretien ou de ne pas être en cause, avant de découvrir en 2019 qu’elles avaient été droguées. Certaines parlent de victimisation secondaire due au silence institutionnel puis à l’incertitude judiciaire.

Et le mis en cause demeure libre: sous contrôle judiciaire alléger, il aurait poursuivi une activité dans les ressources humaines, présenté comme coach et consultant. Il opère sous un pseudonyme, Bernard Genre, qui est l’anagramme de son nom, et a enseigné à Caen tout en fournissant des documents administratifs conformes, avec un casier judiciaire vierge en l’absence de condamnation publique. Certaines victimes craignent encore qu’il soit en contact avec de jeunes femmes via des réseaux professionnels.

Rôle du ministère et progression des indemnisations

Le ministère de la Culture précise s’être constitué partie civile dans le cadre de l’information judiciaire et avoir indemnisé plusieurs victimes via des procédures devant les tribunaux administratifs, avec des jugements intervenus à partir de février 2023; d’autres procédures restent pendantes.

Depuis 2017, le ministère affirme avoir renforcé les dispositifs de prévention et de traitement des signalements, notamment par la mise en place d’une cellule externe et par le développement de canaux internes dédiés.

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