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Des chercheurs de l’université Johns Hopkins et de l’Imperial College de Londres ont mis au point une méthode innovante pour repérer et suivre des débris spatiaux incontrôlés lors de leur rentrée atmosphérique, en s’appuyant sur des réseaux de capteurs sismiques initialement destinés à détecter les tremblements de terre. Cette approche transforme le sol en un observatoire capable d’enregistrer les vibrations provoquées par les ondes de choc des corps entrant à grande vitesse.
De l’orbite à l’atmosphère : une zone d’ombre
Le nombre d’objets en orbite — satellites hors d’usage et étages de fusée — inquiète, d’autant que plusieurs retombées importantes ont lieu chaque jour. Selon les estimations, au moins trois gros morceaux de débris spatiaux retombent vers la Terre quotidiennement, mais leur position précise et le degré d’incinération dans l’atmosphère restent souvent incertains.
En pratique, les systèmes traditionnels de suivi reposent sur des radars et des télescopes optiques, très efficaces en orbite. Cependant, lorsque l’altitude descend sous quelques centaines de kilomètres, la précision diminue rapidement car l’interaction avec l’air rend le comportement des débris beaucoup plus imprévisible.
Exploiter les ondes de choc pour localiser les retombées
La méthode repose sur une propriété simple mais jusque-là peu exploitée : les objets qui pénètrent l’atmosphère à des vitesses hypersoniques — parfois jusqu’à 25 ou 30 fois la vitesse du son — génèrent des ondes de choc comparables à des bangs sonores. Ces ondes ne se propagent pas uniquement dans l’air, elles induisent aussi des vibrations fines à la surface terrestre.
Or, de nombreux pays disposent de réseaux denses de stations sismiques capables de détecter ces micro-mouvements. Les données, disponibles quasi en temps réel, permettent de capter et d’analyser les signatures sismiques associées à la rentrée d’un objet.
Un test probant en conditions réelles
Les équipes ont testé la méthode sur une unité orbitale chinoise qui s’est séparée d’un vaisseau habité puis est retombée au-dessus du sud-ouest des États-Unis. En analysant les enregistrements de plus d’une centaine de stations sismiques en Californie, les chercheurs ont reconstitué la trajectoire, la vitesse et l’angle d’entrée de l’objet.
Les résultats montrent que les prévisions classiques avaient commis des erreurs de l’ordre de plusieurs dizaines de kilomètres, un écart majeur quand il s’agit d’assurer la sécurité aérienne ou de localiser des débris potentiellement dangereux pour les populations et l’environnement.
Applications et perspectives
Cette technique ne permet pas d’empêcher la chute d’un objet — les ondes de choc précèdent l’objet et une interception n’est pas envisageable à ce stade — mais elle réduit considérablement le temps nécessaire pour localiser des fragments, passant de jours ou semaines à quelques minutes ou heures.
Parmi les bénéfices attendus : sécuriser l’espace aérien, accélérer la recherche de résidus toxiques ou radioactifs, et affiner l’évaluation des risques liés à l’ère de l’espace encombré. À titre d’exemple historique, des missions comme le cargo européen « Jules Verne » se sont consumées au-dessus de l’océan lors de retombées contrôlées, mais d’autres incidents ont dispersé des matières dangereuses difficiles à retrouver.
Les auteurs suggèrent par ailleurs d’intégrer ces données sismiques avec des réseaux acoustiques à longue portée (infrasons) afin d’étendre la capacité de suivi au-dessus des océans, où les radars et observatoires optiques sont rares. Une telle combinaison pourrait aussi permettre de vérifier si un satellite s’est effectivement consumé intégralement pendant sa rentrée.
Les résultats de cette étude ont été publiés dans une revue scientifique internationale, et constituent une avancée vers une compréhension plus fine des interactions entre objets spatiaux et atmosphère, ainsi qu’une réduction des risques associés aux débris spatiaux.