Les images satellitaires identifient 26 sites suspectés d’abriter des installations de lancement ou de stockage de missiles iraniens, tandis que Téhéran réduit visiblement le rythme de ses tirs. Reste la question clé : cette baisse tient-elle à l’efficacité des frappes menées par les États-Unis et Israël, ou reflète-t-elle un choix stratégique iranien visant à préserver un stock pour des phases ultérieures ?
Selon un rapport préparé pour Al Jazeera, des comparaisons d’images à différentes dates montrent des entrées de tunnels endommagées et des plateformes calcinées sur plusieurs emprises, même si l’essentiel des aménagements souterrains échappe à l’observation directe depuis l’espace. Parallèlement, le Corps des Gardiens de la Révolution a diffusé des images présentant ce qu’il qualifie de « villes de missiles », censées accueillir des réseaux de galeries et des infrastructures de soutien.
Organisation des « villes de missiles »
Ces infrastructures souterraines sont décrites comme des systèmes complexes fonctionnant de manière comparable à des dépôts automatisés d’armement, mais à une échelle et une sophistication supérieures. Le principe général consiste à stocker les composantes séparément, les assembler au besoin, puis les transporter vers des points de lancement.
- Réseaux de tunnels profonds pour abriter missiles et véhicules de soutien.
- Rails et véhicules pour déplacer les missiles au sein des galeries.
- Plateformes et silos de lancement mobiles, permettant des mises à feu successives.
- Estimation des profondeurs variant : certaines sources évoquent 60 à 100 mètres, d’autres avancent des chiffres beaucoup plus importants.
Un débat d’experts sur l’efficacité
Les avis divergent parmi les analystes. Une partie des experts soutient que l’important recouvrement géologique et la profondeur rendent ces installations résistantes aux bombes conventionnelles, offrant ainsi à l’Iran une capacité de seconde frappe et une résilience face à des campagnes de bombardement étendues.
Cette capacité de reconstitution a été mise en évidence par la réapparition d’ouvrages de surface sur une base située à une quarantaine de kilomètres au nord de Qom, après des destructions survenues durant la campagne de juin 2025.
En revanche, d’autres spécialistes estiment que ces emplacements fixes sont repérables par les moyens de renseignement occidentaux grâce aux variations topographiques observables, aux émissions thermiques et aux techniques d’analyse avancées. Ils soulignent également que des frappes répétées peuvent effondrer ou boucher les galeries, ensevelissant matériels et composants, et que certains tunnels ouverts sans dispositifs amortisseurs peuvent favoriser l’amplification des ondes de choc et provoquer des explosions en chaîne.
Entre protection et usure
Au final, la vérité se situe sans doute entre ces positions. L’architecture souterraine confère à l’Iran un temps et une capacité de résistance indéniables, mais la fréquence, la profondeur et la précision des frappes ciblées imposent un coût réel et continu à cette logistique souterraine.
Dans ce contexte, la dynamique des missiles iraniens reste conditionnée par l’évolution des opérations militaires et du renseignement : si la doctrine souterraine offre une marge de manœuvre, elle n’élimine pas pour autant le risque d’érosion progressive des capacités face à une campagne soutenue.