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Face à une flambée d’attaques sur son sol, l’armée pakistanaise a mené des frappes aériennes en Afghanistan, ravivant une crise régionale déjà tendue. Islamabad affirme que ces opérations visaient des « camps et cachettes » de groupes armés le long de la frontière, tandis que Kaboul dénonce des pertes civiles et promet une réponse mesurée. Cette escalade illustre le dilemme stratégique de Pakistan, pris entre la lutte contre le TTP et la montée des liens entre l’Afghanistan dirigé par les talibans et l’Inde.
Enchaînement d’attentats qui précède les raids
Les frappes interviennent après une série d’attaques meurtrières en territoire pakistanais. Début février, un attentat-suicide perpétré lors de la prière du vendredi dans une mosquée chiite à Islamabad a fait des dizaines de morts et de blessés.
Quelques jours plus tard, un véhicule piégé a percuté un poste de sécurité à Bajaur, tuant plusieurs soldats et un enfant ; les autorités ont désigné l’auteur comme ressortissant afghan. Enfin, un autre attentat-suicide à Bannu a coûté la vie à des militaires, portant le ressentiment au sein des forces de sécurité pakistanaises.
Les frappes et leurs bilans divergents
Selon Islamabad, les raids aériens menés dans les provinces afghanes de Nangarhar et Paktika ont éliminé des sanctuaires du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) et de groupes affiliés, faisant près de quatre-vingts morts parmi les « militants ». Le gouvernement pakistanais a présenté ces opérations comme des actions de renseignement ciblées visant sept camps le long de la frontière.
En revanche, le ministère afghan de la Défense affirme que les frappes ont touché une école religieuse et des habitations, faisant des dizaines de morts et de blessés, dont des femmes et des enfants. Des sources afghanes ont fait état d’au moins une dizaine de victimes à Nangarhar, et Kaboul a promis une réaction appropriée à ce qui est perçu comme une atteinte à sa souveraineté.
Réactions régionales et rôle de l’Inde
New Delhi a vigoureusement condamné les raids pakistanais, en soulignant les pertes civiles et en rappelant le principe de respect de l’intégrité territoriale de l’Afghanistan. Cette prise de position a renforcé l’inquiétude à Islamabad, où certains voient dans le rapprochement entre l’Inde et les autorités talibanes un élément qui complique davantage la sécurité régionale.
Ces derniers mois, le gouvernement taliban a multiplié les contacts avec New Delhi, y compris des visites officielles et la réouverture de l’ambassade indienne à Kaboul, accompagnées d’assistance humanitaire lors de catastrophes naturelles. Pour les responsables pakistanais, ces gestes ont été interprétés comme une pénétration politique susceptible de réduire la pression de Kaboul sur les groupes hostiles à Islamabad.
Un dilemme stratégique pour Islamabad
Les autorités pakistanaises affirment disposer de preuves selon lesquelles les attaques sur leur territoire seraient orchestrées depuis l’Afghanistan. Elles soutiennent avoir à plusieurs reprises demandé des mesures concrètes à Kaboul pour empêcher l’utilisation de son sol par des groupes armés, sans résultat satisfaisant.
Cependant, des analystes avertissent que des frappes répétées risquent d’accroître la coopération entre le TTP et les talibans afghans, tout en nourrissant l’anti-pakistanisme au sein de l’opinion afghane. Pour certains experts, Islamabad se retrouve « entre deux maux » : agir militairement pour protéger ses citoyens ou privilégier des réponses diplomatiques et économiques qui peuvent prendre du temps.
Perspectives et options politiques
Plusieurs voix suggèrent que la stratégie pakistanaise devrait dépasser la seule pression militaire. Parmi les mesures évoquées figurent la réouverture effective des échanges commerciaux transfrontaliers, des initiatives de confiance avec les populations afghanes et un partage d’informations opérationnelles avec des partenaires internationaux afin de contraindre Kaboul à agir contre les groupes anti-pakistanais.
En outre, la contrainte géopolitique est réelle : Islamabad doit gérer des frictions à l’ouest avec l’Afghanistan tout en maintenant une frontière tendue à l’est avec l’Inde. Dans ce contexte, toute escalade risque de provoquer des retombées régionales et d’alimenter une dynamique de représailles.
Quelles conséquences à court terme ?
Les frappes visent à projeter la fermeté d’Islamabad, mais leur effet à long terme demeure incertain. Le risque de riposte de la part des autorités afghanes, ainsi que le renforcement des alliances entre acteurs hostiles au Pakistan, pèsent sur la stabilité frontalière.
Enfin, la montée de la violence ces dernières années — marquée par une forte hausse des attentats et des pertes humaines — alimente une pression interne accrue pour des réponses plus hardies. Reste à voir si la diplomatie régionale parviendra à désamorcer cette nouvelle crise ou si elle s’inscrira dans un cycle d’escalades.