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Le discours État de l’Union Trump, prononcé mardi soir, a été le plus long de l’histoire, durant 1 heure et 48 minutes. Le président a passé en revue son bilan sur l’économie, la criminalité, le commerce, l’immigration et la politique étrangère, affirmant que ces mesures avaient produit un « redressement pour les âges ». Il a ouvert et clos son allocution sur des formules triomphalistes, promettant un avenir « plus grand, meilleur, plus lumineux et plus glorieux ».
Cependant, le geste retorique pourrait peiner à convaincre : la cote d’approbation de Trump a reculé récemment, et il reste incertain que ces arguments suffisent à assurer aux républicains le maintien du contrôle de la Chambre et du Sénat lors des élections de mi-mandat en novembre.
L’économie : un bilan revendiqué
Trump a insisté sur la vigueur affichée de l’économie américaine, évoquant Wall Street et des chiffres de l’emploi favorables. Il a qualifié la situation d’« en plein essor », tout en minimisant la croissance plus lente observée en 2025.
Toutefois, l’inflation n’a pas connu de chute spectaculaire : par exemple, les données de janvier du Bureau of Labor Statistics montraient que les prix alimentaires restaient supérieurs de 2,9 % par rapport à l’année précédente. Ainsi, la question du pouvoir d’achat demeure un point de vulnérabilité pour le président.
Pour défendre son action, Trump a imputé les problèmes d’accessibilité financière aux politiques démocrates, et a mis en avant des initiatives comme son site TrumpRx pour réduire le coût des médicaments. Il a aussi cité des accords avec des entreprises technologiques pour limiter les factures d’énergie liées aux centres de données et un décret restreignant les achats massifs de maisons unifamiliales par des fonds d’investissement.
Tarifs et réaction à la décision de la Cour suprême
La veille, la Cour suprême avait jugé illégales de larges portions des tarifs réciproques annoncés par l’administration, ce qui constitue l’un des revers juridiques les plus importants pour Trump. Malgré cela, il est resté ferme devant le Congrès et le public.
Il a salué quatre juges présents dans l’hémicycle, dont deux de ses nominations, et annoncé l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane globaux de 10 % appuyés sur des textes juridiques alternatifs. Par ailleurs, il a indiqué vouloir porter ces tarifs à 15 % et affirmé qu’une action du Congrès ne serait pas nécessaire pour les maintenir.
Immigration : fermeté et protestations
L’immigration a constitué un axe majeur du discours, avec la présentation de la fermeture renforcée de la frontière comme une mesure de sécurité nationale. Trump a systématiquement lié migration et criminalité, alors que plusieurs études montrent que les migrants commettent des délits à des taux inférieurs à ceux des citoyens américains.
Il a également accusé des fraudes massives dans la communauté somalo-américaine, évoquant « les pirates somaliens qui ont pillé le Minnesota », et a demandé aux présents de se lever s’ils estimaient que le premier devoir du gouvernement est de protéger les citoyens américains plutôt que les « clandestins ». Ces propos ont entraîné des protestations, notamment des interjections d’élues démocrates comme Ilhan Omar et Rashida Tlaib.
Plus tôt dans la soirée, le représentant Al Green a été expulsé après avoir brandi une pancarte de protestation faisant référence à une vidéo raciste diffusée sur la plateforme du président. En outre, Trump a encadré les prochaines élections comme une « mission de sauvetage » et a qualifié les députés démocrates de déstabilisateurs.
Tensions avec l’Iran
Sur la scène internationale, le président a réaffirmé la pression contre l’Iran, dans un contexte de la plus vaste concentration militaire américaine au Moyen-Orient depuis 2003. Il a soutenu que les frappes de l’année précédente avaient « anéanti » le programme nucléaire iranien, tout en regrettant de ne pas avoir entendu une renonciation explicite de Téhéran (« nous n’avons pas entendu ces mots secrets : ‘nous n’aurons jamais l’arme nucléaire’ »).
Quelques heures avant le discours, un haut diplomate iranien avait publié un message niant toute visée d’arme nucléaire par la République islamique. Malgré ces démentis, l’administration américaine a maintenu ses avertissements, évoquant par ailleurs des activités balistiques iraniennes susceptibles, selon elle, d’atteindre le territoire américain.
Moments calibrés pour la télévision
Fidèle à son sens du spectacle, Trump a ponctué son discours de séquences très médiatiques. Il a présenté l’opération d’enlèvement du leader vénézuélien comme une « victoire colossale » et a affirmé que les États-Unis avaient reçu plus de 80 millions de barils de pétrole de Caracas.
Il a ensuite introduit en personne le député d’opposition vénézuélien Enrique Marquez, présenté comme récemment libéré de prison, s’adressant notamment à une nièce présente dans la salle. Par ailleurs, le président a remis la Médaille d’honneur du Congrès à un militaire blessé lors de l’opération et la Médaille présidentielle de la liberté au gardien de but Connor Hellebuyck, membre de l’équipe américaine de hockey championne olympique.
Réplique démocrate et réactions politiques
Des dizaines d’élus démocrates ont boudé l’événement et choisi de suivre une contre-programmation. La réponse officielle du parti a été prononcée par la gouverneure de Virginie, Abigail Spanberger.
Dans son intervention, Spanberger a critiqué les tarifs de l’administration, dénoncé une politique de déportations massives et rappelé les difficultés liées au coût de la vie. Elle a assuré que les démocrates travaillaient « pour faire baisser les coûts, protéger les communautés et servir les familles américaines ». Ainsi, le clivage politique est resté très marqué après l’allocution.
En somme, le discours a condensé les priorités de la présidence et visé à mobiliser l’électorat républicain avant les élections de mi-mandat. Reste à voir dans quelle mesure ce show politique et ces promesses renforceront la position du parti au Congrès et influenceront l’opinion publique dans les mois à venir.