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Soudan du Sud: l’ONU alerte sur un retour à la guerre totale

par Sara
Soudan du Sud, Ouganda

Une commission d’enquête des Nations unies met en garde contre un risque réel de retour à une guerre à grande échelle au Soudan du Sud, soulignant que l’impunité enracinée et des abus généralisés alimentent une spirale de violences. Selon le rapport présenté lors de la session du Conseil des droits de l’homme à Genève, les civils subissent des exactions massives — meurtres, violences sexuelles « systémiques », détentions arbitraires, déplacements forcés — alors que la crise humanitaire s’aggrave dans ce pays déjà l’un des plus pauvres du monde. Le Soudan du Sud conflit apparaît ainsi comme une menace croissante pour la stabilité régionale.

Violences, responsabilités politiques et militaires

Le rapport de la Commission des droits de l’homme au Soudan du Sud repose sur une année d’enquêtes et de témoignages. Il met en cause des élites politiques et militaires pour des actions qui ont sapé le partage du pouvoir et fragilisé l’accord de paix de 2018. En particulier, l’arrestation et la destitution l’an dernier du premier vice-président Riek Machar, poursuivi pour des chefs graves, ont affaibli les garanties essentielles du pacte politique et ravivé l’instabilité.

Parallèlement, des opérations militaires intensifiées et une évolution dangereuse des tactiques — notamment des frappes aériennes sur des zones peuplées de civils — ont été signalées. La présence et le déploiement de forces étrangères ont, de surcroît, renforcé militairement les troupes gouvernementales et suscité des inquiétudes crédibles quant au respect d’un embargo sur les armes.

Violences sexuelles « étendues et systématiques »

La commission décrit la violence sexuelle liée au conflit comme une caractéristique persistante et déterminante de la crise. Des témoignages recueillis sur la dernière décennie montrent des schémas répétés de viols et d’autres formes de violence sexuelle perpétrés par tous les groupes armés impliqués.

En outre, le rapport note que la menace de viol a de nouveau été utilisée comme instrument stratégique visant à terroriser les populations, provoquer des déplacements massifs et fracturer le tissu social. L’impunité des responsables, souvent des commandants supérieurs ou des acteurs politiques, reste profondément enracinée.

Espace civique rétréci et absence de reddition de comptes

Les droits fondamentaux sont également mis à mal : journalistes, militants et opposants font face à du harcèlement, à la surveillance et à des détentions arbitraires, ce qui compromet la participation politique inclusive et réduit les perspectives de stabilité à long terme. La Commission appelle le gouvernement à mettre fin immédiatement aux violations commises par ses forces et à libérer les personnes détenues arbitrairement.

Elle presse également l’établissement urgent de mécanismes de justice transitionnelle, longtemps retardés, afin d’enquêter et de poursuivre les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis depuis 2013.

Déplacements massifs et crise humanitaire

Les conséquences humaines sont lourdes : depuis la résurgence des affrontements fin décembre, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées. Les années précédentes avaient déjà vu des chiffres de déplacement grimper ; l’an dernier, le mouvement de population avait augmenté d’environ 40 %, atteignant 3,2 millions de personnes.

Selon les estimations évoquées dans le rapport, des centaines de milliers de déplacés se trouvent dans l’état de Jonglei, et des centaines de milliers d’enfants risquent la malnutrition aiguë en raison de la rupture des services médicaux et de l’insécurité. Près de 10 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire vitale, alors que les opérations d’assistance sont souvent entravées par des attaques et des pillages.

Appels à l’action internationale

Face à ces « risques d’exactions en escalade » et à l’effondrement des sauvegardes politiques, la commission exhorte les acteurs régionaux et internationaux à reprendre un engagement coordonné. Elle recommande un arsenal d’outils allant de la pression diplomatique aux sanctions et à l’application stricte de l’embargo sur les armes, jusqu’à l’obtention d’améliorations concrètes en matière de droits humains et de responsabilité.

Le rapport insiste : prévenir de nouvelles atrocités de masse, éviter l’effondrement institutionnel et préserver la fragile transition du pays exigent une réengagement urgent et concerté aux niveaux national, régional et international.

En définitive, la Commission avertit que sans mesures immédiates et efficaces pour mettre fin à l’impunité et stopper les abus généralisés, le Soudan du Sud risque de replonger dans une guerre totale dont les premières victimes seront, une fois encore, les civils.

source:https://www.aljazeera.com/news/2026/2/27/south-sudan-at-risk-of-return-to-full-scale-war-un-report-warns

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