Une série d’attaques dans le Golfe a frappé de plein fouet des travailleurs sud-asiatiques, exacerbant la détresse de familles déjà fragilisées par des dettes et une dépendance aux envois de fonds. Parmi les victimes, des ouvriers indiens, pakistanais, bangladais et népalais figurent parmi les morts dans les pays du Golfe, tandis que d’autres font face à la peur quotidienne et à l’incertitude économique.
Le drame d’une famille d’Odisha
À Naikanipalli, dans l’État d’Odisha en Inde, la famille Khuntia a appris la mort de son fils Kuna, 25 ans, ouvrier soudeur installé à Doha. La veille de son décès, Kuna avait rassuré son père au téléphone en affirmant être en sécurité. Le lendemain, ses co‑locataires ont raconté qu’il avait fait une crise cardiaque après avoir entendu des explosions et la chute de débris près de leur logement.
La famille avait contracté en 2025 un prêt important pour financer les mariages de deux filles, et les sommes envoyées par Kuna devaient contribuer au remboursement. « Nous pensions que nos souffrances allaient enfin s’achever », confie le père, sous le choc. Aujourd’hui, le retour du fils s’est fait dans un cercueil, laissant la famille sans ressources et en deuil.
Cibles et vulnérabilités sur le terrain
Les attaques ont visé des sites sensibles : raffineries, installations pétrolières, aires de construction, aéroports et quais. Ces lieux concentrent une forte proportion de travailleurs sud-asiatiques dans le Golfe, qui occupent des emplois essentiels mais exposés aux frappes et aux interférences opérationnelles.
Un ouvrier pakistanais, employé dans un dépôt pétrolier aux Émirats arabes unis, raconte avoir vu une attaque de drone toucher une unité de stockage à proximité immédiate des dortoirs. « Nous étions complètement secoués, nous n’avons pas dormi pendant des nuits », dit‑il. Malgré la peur, beaucoup disent ne pas pouvoir partir, leurs familles dépendant des salaires envoyés depuis le Golfe.
Remises vitales menacées
Les pays du Golfe constituent une source majeure d’envois de fonds vers l’Asie du Sud. Ces remises représentent une part importante des économies nationales et des revenus familiaux pour des millions de personnes.
- Les migrants sud-asiatiques dans la région comptent des millions de personnes : environ 9 millions d’Indiens, 5 millions de Pakistanais, 5 millions de Bangladais, 1,2 million de Népalis et 650 000 Sri-Lankais.
- Ensemble, les transferts de la région vers cinq pays d’Asie du Sud atteignent environ 103 milliards de dollars par an ; à titre d’exemple, l’Inde perçoit environ 50 milliards et le Pakistan près de 38,3 milliards.
Les experts préviennent que si les économies du Golfe ralentissent ou si des licenciements massifs surviennent, ces flux pourraient se réduire fortement, augmentant les tensions économiques chez les ménages et à l’échelle nationale.
Quitter ou rester : un dilemme impossible
Pour beaucoup de ces travailleurs sud-asiatiques dans le Golfe, le choix entre sécurité et obligation familiale est cruel. Certains envisagent de rentrer, d’autres estiment qu’ils n’ont pas d’alternative viable.
« Nous voulons partir, mais nous ne pouvons pas. Nos familles dépendent de nous », explique un ouvrier. Un autre, employé en Arabie saoudite, affirme qu’il quittera la région à la fin de son contrat malgré les difficultés financières qui l’attendent chez lui. La peur des attaques pèse sur le quotidien : insomnies, anxiété et pression psychologique sont désormais fréquentes.
Des spécialistes en économie migratoire rappellent que ces travailleurs sont souvent poussés à migrer par le manque d’opportunités locales et par des barrières d’accès aux emplois peu qualifiés dans d’autres régions du monde. En période de crise, ce sont eux qui restent les plus vulnérables.
Une crise humanitaire et économique latente
Au-delà des tragédies individuelles, la situation expose une fragilité plus large : les économies de plusieurs pays d’Asie du Sud reposent en partie sur les salaires envoyés par ces migrants. Si la violence se prolonge ou s’intensifie, les conséquences sociales et économiques pourraient être profondes.
Pour les familles touchées, la priorité immédiate reste la sécurité et la gestion du deuil, tandis que les gouvernements et les acteurs économiques scruteront l’impact sur les flux migratoires et les envois de fonds. En attendant, des millions de travailleurs continuent d’assurer des fonctions indispensables, souvent au prix d’un risque élevé.
Certains noms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées, par crainte de représailles de la part des employeurs.