La défense invoquée par Téhéran pour justifier des frappes balistiques contre les États du Golfe est sévèrement remise en cause par une lecture juridique et factuelle rigoureuse. Malgré des années d’efforts diplomatiques de la part des pays du Golfe — Qatar, Oman, Arabie saoudite — l’Iran a choisi la voie militaire, transformant la notion de « bon voisinage » en tirs de missiles et de drones.
Une revendication de légitime défense contestable
Le recours à l’article 51 de la Charte des Nations unies exige la preuve d’une « attaque armée » et le respect des principes de nécessité et de proportionnalité. Or, la jurisprudence internationale distingue strictement les attaques armées des incidents moins graves.
Par conséquent, la simple présence de bases militaires étrangères dans des États hôtes du Golfe n’équivaut pas automatiquement à une attaque armée contre l’Iran. De plus, Téhéran n’a pas démontré que des mesures diplomatiques ou judiciaires étaient impossibles avant d’avoir recours à la force.
Enfin, la Charte impose une obligation procédurale : informer immédiatement le Conseil de sécurité en cas d’exercice du droit de légitime défense. L’évitement répété de cette notification mine la crédibilité d’une prétendue application de l’article 51.
Une interprétation erronée de la résolution 3314
L’article 3(f) de la résolution 3314 définit certaines formes d’agression, mais il s’agit d’une définition destinée à guider le Conseil de sécurité, non d’un feu vert pour des représailles unilatérales.
Trois erreurs juridiques principales affaiblissent l’argument iranien : la résolution est indicative et non contraignante pour autoriser l’usage de la force ; elle vise des actions actives de lancement d’attaques, pas l’hébergement passif de forces étrangères ; et, même si elle était applicable, le recours approprié serait une saisine du Conseil de sécurité, non des frappes militaires.
Souveraineté et principe de bon voisinage
Le « bon voisinage » ne saurait imposer aux États du Golfe de renoncer à des accords de défense souverains sous la pression de tiers. Chaque État conserve le droit de conclure des partenariats militaires selon ses intérêts.
Par ailleurs, la position d’Iran manque de cohérence : Téhéran entretient des relations militaires avec des puissances étrangères et soutient des acteurs non étatiques dans plusieurs pays de la région. Exiger des voisins ce que l’on refuse pour soi-même rend l’argument politique et non juridique.
Une stratégie contre-productive pour la sécurité régionale
Sur le plan des relations internationales, la doctrine défensive avancée par l’Iran relève d’un réalisme offensif qui, en pratique, renforce l’architecture de dissuasion régionale plutôt que de la supprimer.
Selon la logique du « balance of threat », les capacités offensives, la proximité géographique et les intentions perçues poussent les États à se renforcer. Les développements militaires observés récemment — renforcement de bases, acquisitions d’armements sophistiqués — s’inscrivent en partie comme des réactions à l’escalade iranienne.
Les frappes et leurs cibles : incohérences entre doctrine et actes
Depuis le 28 février 2026, les attaques iraniennes ont suivi une escalade organisée : d’abord des frappes contre des bases militaires, puis contre des infrastructures civiles, des aéroports et des installations énergétiques. Des vidéos et séquences publiées au début du conflit montrent notamment un drone de type Shahed frappant un immeuble résidentiel à Bahreïn.
Ces choix de cibles contredisent la logique prétendue de frapper uniquement des installations impliquées dans la préparation ou le lancement d’attaques. Aéroports internationaux, complexes hôteliers et immeubles résidentiels ne cadrent pas avec une doctrine de légitime défense ciblée.
En outre, ces actions ont provoqué la suspension de vols et des perturbations civiles massives, ce qui dépasse largement la notion de réponse proportionnée et rappelle davantage une logique de coercition collective que de défense limitée.
Au total, l’argumentaire juridique avancé pour justifier ces frappes apparaît juridiquement fragile, factuellement partiel et politiquement contre-productif. Plutôt que d’apaiser les risques, la stratégie déployée a accentué la déstabilisation régionale et affaibli la crédibilité de la revendication de « défense légale Iran » sur la scène internationale.