L’intelligence artificielle n’est pas seulement une affaire de modèles et de calcul invisible. Un rapport de l’Institut de l’Université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé met des chiffres sur son infrastructure physique : centres de données, électricité, refroidissement, eau et foncier.
Le signal le plus parlant concerne l’eau. À l’horizon 2030, l’empreinte hydrique associée à l’IA et aux centres de données pourrait grimper jusqu’à 9 milliards de m³ d’eau douce, un volume présenté par l’ONU comme équivalent aux besoins annuels de 1,3 milliard de personnes vivant en Afrique subsaharienne.
Les chiffres qui changent l’échelle du débat
- 448 TWh : consommation électrique mondiale des centres de données en 2025.
- Un cinquième : part attribuée à l’IA dans cette consommation 2025.
- 945 TWh : trajectoire projetée pour les centres de données d’ici 2030.
- 4 500 milliards de litres : eau consommée par les centres de données en 2025.
- Plus de 14 500 km² : empreinte foncière projetée à l’horizon 2030.
Ces ordres de grandeur déplacent le débat. La consommation des services IA ne se limite pas à l’électricité visible sur une facture : elle dépend aussi de la production de cette électricité, des procédés de refroidissement et des surfaces mobilisées pour les infrastructures énergétiques.
L’eau, le point de friction le moins visible
Le rapport attire l’attention sur l’eau utilisée directement ou indirectement par les centres de données. Les systèmes de refroidissement par évaporation peuvent mobiliser d’importants volumes, tandis que la production d’électricité elle-même possède une empreinte hydrique variable selon les pays.
L’ONU donne un exemple très concret : chaque kWh nécessiterait environ 5 litres d’eau aux États-Unis, 7 litres en France, 21 litres en Suisse ou en Suède et 29 litres au Brésil. Le lieu d’implantation d’un centre de données change donc fortement son impact réel.
Le piège d’un bilan réduit au carbone
Le rapport ne présente pas l’IA comme une technologie à rejeter. Son apport peut rester majeur dans la recherche, les services publics ou la productivité. Mais il souligne une limite souvent absente des annonces industrielles : une électricité bas carbone n’est pas automatiquement faible en eau ou en foncier.
C’est le cœur de l’arbitrage. Un mix énergétique peut réduire les émissions tout en déplaçant la pression vers d’autres ressources. Les choix de localisation, de refroidissement, de taille des modèles et de longueur des réponses deviennent alors des paramètres environnementaux, pas seulement techniques.
Ce que cela change pour les annonces des géants de l’IA
Les promesses de data centers plus sobres ne peuvent plus être lues uniquement à travers le carbone ou les mégawatts. Le nouveau cadrage impose de demander où l’électricité est produite, quelle eau est mobilisée, quelles terres sont occupées et quelle part de la croissance vient des usages IA.
Pour le public, le rapport fournit surtout une grille simple : derrière chaque service IA, il existe une infrastructure matérielle mesurable. La question n’est plus seulement de savoir si l’IA répond vite, mais à quel coût énergétique, hydrique et territorial elle fonctionne.
Sources
- The Environmental Cost of Artificial Intelligence: Carbon, Water, and Land Footprints
- L’IA menace les ressources en eau et en énergie
- L’intelligence artificielle pourrait consommer autant d’eau que 1,3 milliard de personnes d’ici 2030
- IA : il faudra l'eau et l'électricité de 1,3 milliard de personnes pour répondre à vos prompts d'ici 2030
