Selon les derniers chiffres de Santé publique France, près de 200 personnes sont mortes par noyade en France entre le 1er juin et le 23 juillet, soit 45 % de plus qu’en 2024. Si les fortes chaleurs du début d’été ont favorisé ces drames en entraînant un afflux vers les lieux de baignade, deux figures majeures de la natation française pointent surtout les lacunes persistantes du pays en matière d’apprentissage de la nage.
Des piscines vieillissantes face à des besoins très forts
Dans une tribune publiée dans les pages du Parisien, Alain Bernard et Florent Manaudou appellent les autorités à mettre en place les moyens nécessaires pour être à la hauteur des enjeux liés aux noyades. Les deux champions olympiques estiment que les Jeux Olympiques de Paris 2024 pourraient être l’occasion de lancer un plan plus vaste de renouvellement du parc des piscines françaises, afin de promouvoir un meilleur mode de vie fondé sur l’activité physique, le sport et l’apprentissage de la natation.
Leur alerte s’appuie sur un constat préoccupant : en 2025, les piscines françaises affichent une moyenne d’âge de 40 ans, et 40 % des centres aquatiques ont été construits avant 1975. Pour les deux nageurs, cet état du parc ne répond plus aux attentes actuelles, alors même que les piscines publiques restent très fréquentées en période estivale.
Un enjeu d’apprentissage pour les enfants et les familles
Alain Bernard et Florent Manaudou soulignent également un problème d’accès à la natation chez les plus jeunes. Ils rappellent qu’« il est avéré aujourd’hui que, dans les zones urbaines sensibles, un enfant sur deux entrant en 6e ne sait pas nager ». Un chiffre qu’ils jugent particulièrement inquiétant au regard du rôle de la natation dans la prévention des noyades.
Les deux sportifs insistent aussi sur la dimension sociale des piscines, particulièrement pendant l’été. Dans de nombreuses régions, ces équipements accueillent davantage de public, notamment des familles peu aisées qui ne peuvent pas partir en vacances. Les bassins constituent ainsi un lieu de loisirs, d’apprentissage et de lien social, bien au-delà de leur seule fonction sportive.
Un soutien financier ciblé pour rénover les équipements
Conscients que l’état actuel des finances publiques rend impossible un plan “Mille Piscines” comparable à celui des années 1970, les deux champions plaident pour une aide financière ciblée de l’État. Selon eux, ce soutien permettrait aux collectivités — régions, départements, intercommunalités et communes — d’engager d’importants travaux de rénovation et de restructuration des équipements structurants, utilisés par les écoles, les associations et le grand public.
Ils suggèrent également d’utiliser une partie des excédents des Jeux Olympiques de Paris 2024 pour renforcer la lutte contre les noyades et améliorer l’apprentissage de la natation. Leur message est clair : les champions de demain apprennent à nager dans nos bassins.