Autrefois rares, les centenaires sont désormais de plus en plus nombreux à travers le monde. Leur nombre double même tous les dix ans depuis les années 1970, faisant de ce groupe démographique celui qui croît le plus rapidement aujourd’hui. Derrière cette progression spectaculaire, une question demeure : quels signes biologiques permettent d’anticiper une longévité exceptionnelle ?
Des biomarqueurs étudiés sur plusieurs décennies
Pour tenter d’y répondre, Karin Modig, professeure agrégée d’épidémiologie à l’Institut Karolinska en Suède, et son équipe ont analysé les données de santé de 44 000 Suédois âgés de 64 à 99 ans. Ces personnes ont été suivies jusqu’à 35 ans grâce aux registres nationaux, une durée d’observation particulièrement précieuse pour étudier la longévité.
Parmi les participants, 1 224 ont atteint l’âge de 100 ans, soit 2,7 % de l’échantillon. L’étude, publiée dans la revue GeroScience en 2023, s’est intéressée à douze biomarqueurs sanguins liés à l’inflammation, au métabolisme, aux fonctions hépatiques et rénales, à la nutrition ou encore à l’anémie.
Ce que le sang des centenaires révèle dès la soixantaine
Les résultats montrent que les futurs centenaires présentaient déjà, dès la soixantaine, des taux plus faibles de glucose, de créatinine et d’acide urique. Ces marqueurs de santé métabolique semblaient donc plus favorables plusieurs décennies avant l’âge très avancé. Les chercheurs ont aussi observé que ces personnes affichaient moins souvent des valeurs extrêmes que leurs pairs qui n’ont pas vécu aussi longtemps.
En d’autres termes, le sang des centenaires apparaissait plus stable et plus équilibré, un signal qui pourrait refléter une meilleure santé globale au fil du temps. Cette régularité biologique semble se dessiner bien avant l’arrivée au grand âge.
10 biomarqueurs sur 12 associés à la longévité
En examinant les liens entre ces biomarqueurs sanguins et la probabilité d’atteindre 100 ans, les chercheurs ont constaté que 10 des 12 marqueurs étudiés jouaient un rôle. L’étude met ainsi en lumière l’importance de plusieurs paramètres biologiques dans le parcours vers une longévité exceptionnelle.
Quelques chiffres ressortent particulièrement :
- les personnes avec les taux d’acide urique les plus bas avaient 4 % de chances d’atteindre 100 ans ;
- à l’inverse, celles avec les taux les plus élevés n’avaient que 1,5 % de chances d’atteindre cet âge ;
- des taux très faibles de cholestérol total ou de fer semblaient aussi défavorables.
Ces données nuancent l’idée selon laquelle un chiffre bas serait toujours préférable. Dans certains cas, un excès de prudence à la baisse peut même être associé à un résultat moins favorable.
Longévité : un équilibre entre santé métabolique et mode de vie
Selon Karin Modig, il reste impossible de tirer des conclusions définitives sur les causes exactes de ces différences. « Il s’agit de démêler l’interaction entre génétique et mode de vie tout au long de l’existence », explique-t-elle. Autrement dit, la longévité dépend d’un ensemble de facteurs qui se construisent sur la durée.
L’étude suggère néanmoins un lien entre santé métabolique, alimentation et espérance de vie. Les résultats renforcent aussi l’intérêt de surveiller certains paramètres sanguins avec l’âge, notamment la glycémie, la fonction rénale et hépatique, ainsi que l’acide urique.
Prévenir tôt pour mieux vieillir
La génétique ne fait pas tout, mais le hasard non plus. Les profils biologiques plus stables observés chez les centenaires montrent que les bases d’une longue vie se posent souvent bien avant l’âge avancé.
Cette étude suédoise apporte ainsi un éclairage supplémentaire sur les marqueurs sanguins de la longévité et sur l’importance d’une surveillance régulière de la santé métabolique au fil des ans. Même loin du grand âge, les indicateurs du sang peuvent déjà raconter une partie de l’histoire du vieillissement.