Le président taïwanais William Lai a assuré que son gouvernement ne renoncerait jamais à ses efforts pour dialoguer avec le reste du monde, au moment où sa visite en Eswatini s’est déroulée sous la pression constante de Pékin. Le déplacement, effectué malgré les tentatives chinoises de le bloquer, illustre une nouvelle fois la bataille diplomatique que se livrent Taïwan et la Chine autour des derniers alliés de Taipei.
Lai est arrivé samedi en Eswatini, anciennement Swaziland, après ce qu’il a décrit comme des « arrangements minutieux » préparés par les équipes diplomatiques et de sécurité nationale taïwanaises. Dans un message publié sur Facebook, il n’a toutefois pas précisé les conditions exactes de son arrivée dans le royaume africain.
Selon le président taïwanais, il a été accueilli par une cérémonie de type militaire et a rencontré le roi Mswati III. Les deux parties ont également signé des accords commerciaux, un signal politique fort dans un contexte où la reconnaissance diplomatique de Taïwan reste extrêmement contestée.
Un voyage perturbé par des annulations de dernière minute
Cette visite devait initialement avoir lieu fin avril, mais le programme a été bouleversé après l’annulation sans préavis des autorisations de vol par les Seychelles, Maurice et Madagascar pour l’avion affrété par William Lai. À Taipei, la présidence a affirmé que ces décisions avaient été prises sous une forte pression de Pékin.
Les autorités taïwanaises ont dénoncé une forme de coercition économique et qualifié ces annulations de fait « sans précédent dans la communauté internationale ». Pour Taïwan, cet épisode s’inscrit dans une stratégie plus large de la Chine visant à isoler l’île sur la scène mondiale.
Pékin dénonce un « coup de théâtre ridicule »
La réaction chinoise n’a pas tardé. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a qualifié la visite de « coup de théâtre ridicule », accusant William Lai d’avoir utilisé un avion étranger pour quitter l’île. Pékin continue de soutenir que Taïwan fait partie intégrante de son territoire et qu’aucune relation officielle ne doit être entretenue avec le gouvernement de Taipei.
Depuis plusieurs décennies, la Chine exerce des pressions soutenues sur les pays qui reconnaissent encore Taïwan, les poussant à rompre leurs liens diplomatiques avec l’île. Aujourd’hui, Taipei ne compte plus que 12 alliés diplomatiques, parmi lesquels figurent notamment le Belize, le Guatemala, Haïti et le Vatican.
L’Eswatini, dernier allié africain de Taïwan
Sur le continent africain, l’Eswatini reste le seul État à reconnaître officiellement Taïwan. Cette singularité donne une portée particulière à la visite de William Lai, qui a remercié le roi Mswati III pour son soutien « malgré diverses pressions diplomatiques et économiques ».
Le président taïwanais a également répété qu’aucun pays n’avait le droit d’empêcher Taïwan de contribuer à la communauté internationale. Son message vise autant à rassurer ses alliés qu’à répondre aux tentatives de Pékin de freiner l’action extérieure de l’île.
Un enjeu stratégique dans la rivalité sino-taïwanaise
Taïwan fonctionne comme une démocratie autonome, mais la Chine la considère toujours comme une province rebelle destinée à revenir sous son contrôle. Cette position alimente une pression diplomatique permanente sur les partenaires de Taipei, en particulier dans les régions où la Chine renforce son influence économique et politique.
Les États-Unis, qui ne reconnaissent pas officiellement Taïwan, se sont toutefois engagés à aider l’île à se défendre en vertu du Taiwan Relations Act de 1979. Dans ce contexte, chaque déplacement de William Lai à l’étranger prend une dimension stratégique, au-delà de la seule relation bilatérale avec l’Eswatini.