Des attaques simultanées ont visé Bamako et plusieurs villes du Mali mardi matin, dans ce que l’armée décrit comme une opération coordonnée menée par plusieurs groupes armés. Des tirs nourris et de fortes explosions ont été entendus à proximité de la principale base militaire de Kati, non loin de la capitale, tandis que d’autres incidents étaient signalés dans le centre et le nord du pays.
Selon les autorités militaires, les forces maliennes sont intervenues contre des « groupes terroristes » qui ont pris pour cible des casernes et des positions de l’armée. La situation a ensuite été partiellement maîtrisée, même si des opérations de ratissage restaient en cours en fin de matinée.
À Kati, où réside le chef de la junte, le général Assimi Goïta, deux explosions ont été entendues peu avant 6 heures du matin, suivies de tirs intenses. Des habitants ont indiqué que la maison du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, avait été visée. D’après plusieurs témoignages, le bâtiment a été touché puis détruit, tandis que son entourage a assuré qu’il n’y était pas présent au moment des faits et qu’il se trouvait en sécurité.
À Bamako, un journaliste de l’Associated Press a fait état de l’utilisation d’armes lourdes et de tirs d’armes automatiques près de l’aéroport international Modibo Keïta, situé à une quinzaine de kilomètres du centre-ville. Un hélicoptère a également survolé plusieurs quartiers, renforçant le climat d’alerte dans la capitale.
Dans le même temps, des troubles similaires ont été signalés à Sévaré, à Kidal et à Gao, deux villes du nord du Mali et une localité stratégique du centre. Un porte-parole du Front de libération de l’Azawad, dominé par les Touaregs, a affirmé que ses forces avaient pris le contrôle de Kidal ainsi que de certaines zones de Gao. Cette déclaration n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.
Une attaque d’une ampleur inhabituelle
L’ampleur et la synchronisation des attaques ont immédiatement suscité des interrogations sur une éventuelle coordination entre plusieurs groupes armés. D’après quatre sources sécuritaires citées par Reuters, la branche d’Al-Qaïda connue sous le nom de Jama’at Nosrat al-Islam wal-Mouslimine, ou JNIM, aurait participé à l’opération, en lien apparent avec le Front de libération de l’Azawad.
Des analystes estiment que cette offensive marque un tournant. Le correspondant Nicolas Haque, qui couvre le Mali depuis des années, a souligné le caractère inédit de l’action, évoquant une coordination d’une ampleur jamais vue jusqu’ici. Selon lui, les combattants ont ciblé plusieurs complexes militaires, provoquant une panique inhabituelle dans les rangs de l’armée.
Le spécialiste du Sahel Ulf Laessing a, de son côté, estimé qu’une attaque menée de façon concertée par différents groupes armés constituait « une évolution très dangereuse » pour la stabilité du pays.
Un pays sous pression depuis plus d’une décennie
Le Mali est confronté depuis plus de dix ans à une instabilité armée chronique. Le pays, riche en or et en ressources minières, reste le théâtre d’insurrections jihadistes et de rébellions locales, en particulier dans le nord. Les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique continuent d’y mener des attaques régulières, malgré les offensives militaires successives.
Arrivé au pouvoir à la faveur de deux coups d’État en 2020 et 2021, le régime d’Assimi Goïta avait promis de rétablir la sécurité. Mais la situation sécuritaire demeure fragile, et les autorités peinent à contenir la multiplication des foyers de violence sur l’ensemble du territoire.
Depuis la rupture avec la France, Bamako a également tourné la page des forces françaises et des Casques bleus de l’ONU. En parallèle, l’armée malienne s’est appuyée pendant plusieurs années sur les combattants de Wagner, le groupe russe présent sur le terrain depuis 2021. Cette présence a depuis évolué avec la transformation de Wagner en Africa Corps, une structure placée sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense.
Des témoins cités sur place ont affirmé que des mercenaires russes étaient engagés dans les combats à Bamako, notamment autour de l’aéroport, où se trouverait l’un de leurs quartiers généraux. Toutefois, la réduction de certains effectifs russes, liée aux priorités du front ukrainien, pourrait fragiliser davantage le dispositif sécuritaire malien.
Un défi pour l’alliance sahélienne
Le Mali a par ailleurs renforcé, avec le Burkina Faso et le Niger, une alliance régionale distincte de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Les trois pays, dirigés par des régimes militaires et confrontés à des menaces similaires, ont créé en 2023 l’Alliance des États du Sahel.
Cette coalition a depuis mis sur pied un bataillon militaire conjoint destiné à combattre les groupes armés actifs dans l’ensemble du Sahel. Mais les attaques de ce début de journée illustrent la complexité d’un conflit qui dépasse largement le cadre malien et met à l’épreuve la capacité des autorités à reprendre durablement l’avantage sur le terrain.