Les actionnaires de Warner Bros Discovery ont approuvé le projet de rachat par Paramount Skydance, une étape décisive dans une opération évaluée à près de 111 milliards de dollars dette comprise. En revanche, ils ont rejeté à titre consultatif le plan de rémunération des dirigeants lié à cette transaction, en particulier les packages prévus pour accompagner la finalisation du dossier.
Selon un décompte préliminaire communiqué jeudi, l’immense majorité des actionnaires a voté en faveur de la cession de l’ensemble du groupe à Paramount au prix de 31 dollars par action. Ce feu vert actionnarial renforce nettement les chances de voir aboutir l’un des plus importants mouvements de consolidation jamais engagés dans les médias et le divertissement aux États-Unis.
Une opération qui pourrait redessiner Hollywood
Si elle est validée par les autorités de régulation, la fusion placerait sous une même bannière des actifs majeurs comme HBO Max, CNN et des franchises emblématiques telles que Harry Potter, aux côtés de CBS, de Top Gun et de la plateforme Paramount+. Pour Paramount, qui appartient à Skydance, il s’agit d’un pari stratégique sur un marché en pleine contraction, où les groupes cherchent à gagner en taille pour résister à la pression du streaming et à la baisse de la fréquentation des salles.
Cette approbation intervient après une bataille d’enchères de plusieurs mois, au terme de laquelle Paramount a pris le dessus sur Netflix. Pour son directeur général, David Ellison, l’accord constituerait une prise de contrôle de premier plan dans un secteur du divertissement bouleversé par la fragmentation de l’audience et l’augmentation des coûts de production.
Le dossier passe désormais entre les mains des régulateurs
L’attention se tourne maintenant vers Washington et Londres, où les autorités devraient examiner de près les effets de cette fusion sur la concurrence. Aux États-Unis, le département de la Justice a déjà envoyé fin mars des assignations afin d’obtenir des informations sur l’impact potentiel de l’opération sur la production des studios, les droits de diffusion, la concurrence dans le streaming et l’activité des salles de cinéma.
Des acteurs, des réalisateurs et des organisations de salles se sont aussi mobilisés contre le projet, estimant qu’il pourrait réduire le nombre de grands studios américains, limiter les opportunités créatives et peser sur le choix offert aux consommateurs. Plus de 4 000 professionnels et spectateurs ont signé une lettre ouverte appelant le procureur général de Californie, Rob Bonta, à envisager une action en justice pour bloquer la transaction.
Rémunérations et tensions autour de la gouvernance
Le vote consultatif négatif sur la rémunération des dirigeants traduit également une forme de réserve des actionnaires vis-à-vis des montants en jeu. Selon les plans proposés, le directeur général David Zaslav pourrait recevoir jusqu’à 887 millions de dollars si la vente est menée à son terme.
Du côté de Paramount, un porte-parole a salué ce vote comme une nouvelle étape importante vers la finalisation du rachat de Warner Bros Discovery. Le groupe prévoit désormais de clore l’opération au troisième trimestre de cette année, sous réserve de l’approbation des régulateurs.
Une promesse de production, mais des doutes sur l’avenir du secteur
David Ellison a assuré aux propriétaires de salles que Paramount et Warner Bros continueraient de sortir au moins 30 films par an si le feu vert réglementaire est donné. Cette promesse vise à rassurer un pan entier de l’industrie, inquiet de voir les grands studios privilégier moins de films, mais avec des budgets plus élevés.
Malgré ces engagements, de nombreux analystes anticipent une contraction globale de la production à Hollywood, dans un contexte où la fréquentation des cinémas diminue et où les géants du secteur cherchent à rationaliser leurs investissements. Le rachat de Warner Bros par Paramount pourrait ainsi devenir un tournant majeur pour l’ensemble du paysage médiatique américain.