La centrale nucléaire de Zaporijjia a perdu dans la nuit de mercredi à jeudi toute alimentation électrique externe après une frappe visant un poste électrique de secours situé de l’autre côté du Dniepr, a annoncé jeudi 11 juin l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le site, qui dispose de six réacteurs à l’arrêt depuis 2022, fonctionne sur ses générateurs diesel d’urgence pour assurer le refroidissement des installations.
Il s’agit de la 19e perte totale d’alimentation externe enregistrée depuis l’invasion russe de février 2022, a précisé l’AIEA, dont les équipes maintiennent une présence permanente sur le site depuis septembre 2022. La dernière ligne externe encore disponible, en 330 kilovolts, a été coupée, alors que des réparations devaient intervenir sur la ligne principale de 750 kilovolts, déconnectée depuis le 24 mars.
Un système électrique sous tension permanente
La centrale, la plus grande d’Europe, est passée sous contrôle russe au début de l’invasion. La répétition des coupures met en lumière la dépendance d’un site nucléaire à une infrastructure électrique civile elle-même exposée aux frappes. La perte simultanée des deux lignes d’évacuation prive le site de tout appoint extérieur : l’eau de refroidissement des réacteurs, l’instrumentation et la sécurité passive reposent alors sur les diesels de secours, dont la fiabilité n’est pas garantie sur la durée.
« Cette dernière perte d’alimentation externe souligne une fois de plus l’extrême fragilité du réseau électrique et les dangers permanents pour la sûreté nucléaire en temps de guerre », a déclaré Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, renouvelant son appel à la « retenue militaire » afin d’éviter un accident. La veille, son coordinateur technique sur place, Martin Gajdos, avait souligné devant la presse qu’« aucune fuite de radioactivité » n’avait été détectée et que « les niveaux de radioactivité restent normaux ».
Un précédent récent, et un cessez-le-feu local déjà fragilisé
L’épisode du 6 juin, qui avait privé la centrale d’alimentation pendant environ quinze heures, était déjà la 18e coupure du genre depuis 2022. Selon des informations relayées par la presse, un sixième cessez-le-feu local avait été négocié par l’AIEA autour du site avant d’être fragilisé. La nouvelle frappe, en détruisant un poste de secours censé appuyer la ligne principale, réduit la marge de manœuvre technique avant une éventuelle prochaine coupure.
Ce que disent les chiffres
Deux lignes d’évacuation, deux états critiques : la 750 kV indisponible depuis le 24 mars, la 330 kV perdue dans la nuit. Dix-neuf coupures totales en quatre ans, dont deux en moins de dix jours. Six réacteurs à l’arrêt mais toujours refroidis activement. Une présence internationale permanente, mais sans pouvoir d’interdiction des frappes à proximité. Ces éléments, réunis, dessinent une situation de sûreté jugée « pas normale » par les propres experts de l’AIEA dépêchés sur place, sans qu’aucune fuite radioactive n’ait été enregistrée à ce stade.
Sources
- Connaissance des Énergies — L’AIEA signale une coupure d’alimentation de la centrale nucléaire de Zaporijjia
- franceinfo — En Ukraine occupée, la centrale de Zaporijja privée une nouvelle fois d’alimentation électrique externe
- La Presse — La centrale de Zapporijja privée d’alimentation électrique externe, selon l’AIEA
- EuropeSays / Keystone-ATS — Zaporijjia : la centrale nucléaire perd son alimentation externe
