Les efforts pour relancer les négociations entre l’Iran et les États-Unis s’accélèrent, avec le Pakistan de nouveau au cœur de la médiation. Tandis que des émissaires pakistanais multiplient les échanges à Téhéran et dans le Golfe, Washington et Téhéran laissent entrevoir la possibilité d’un nouveau cycle de discussions sur le dossier nucléaire et sur la guerre qui embrase la région.
À Téhéran, une délégation pakistanaise conduite par le chef de l’armée, le maréchal Asim Munir, doit transmettre des messages américains aux responsables iraniens. Dans le même temps, le Premier ministre Shehbaz Sharif a entamé une tournée régionale qui l’a mené en Arabie saoudite, avant des étapes prévues au Qatar et en Turquie, signe d’un activisme diplomatique soutenu par Islamabad.
Le Pakistan en médiateur actif entre Téhéran et Washington
Selon le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmael Baghaei, Téhéran et Washington sont restés en contact depuis la fin des discussions tenues à Islamabad dimanche. Mercredi, la Maison Blanche a aussi affiché un certain optimisme au sujet d’une deuxième ronde de pourparlers, sans toutefois lever les incertitudes qui entourent le dossier.
Cette reprise des échanges intervient dans un climat particulièrement tendu. L’Iran avertit qu’il pourrait élargir sa riposte au blocus naval américain au-delà de ses seules eaux territoriales, alors que les tensions autour du détroit d’Ormuz restent à un niveau élevé. Dans le même temps, les divisions persistent à Washington, où le Sénat a rejeté une mesure visant à limiter l’engagement américain dans la guerre sans approbation du Congrès.
Le détroit d’Ormuz au centre des menaces
En Iran, les déclarations se durcissent. Le conseiller Mohsen Rezaei a averti que l’Iran pourrait viser des navires américains si Washington poursuit l’application de son blocus naval dans le détroit d’Ormuz. Les autorités américaines ont déjà renforcé les restrictions visant des navires liés aux ports iraniens, et plusieurs bâtiments ont été refoulés dans ce bras de fer maritime.
Sur le dossier nucléaire, certains observateurs estiment qu’une avancée reste possible. L’analyste Abas Aslani souligne que Téhéran pourrait se montrer plus transparent sur le nucléaire si Washington se montre sincère dans la recherche d’un accord. Mais les nouvelles sanctions américaines et le blocage des ports iraniens alimentent, selon lui, une méfiance profonde.
« Il existe un climat de défiance, et pour le moment, l’Iran est prêt à tous les scénarios possibles, soit une avancée dans les négociations, soit un retour au conflit militaire », a-t-il déclaré.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a également mis en garde contre les conséquences des « actions provocatrices » américaines dans le Golfe et dans le détroit d’Ormuz, lors d’un entretien avec son homologue chinois Wang Yi.
Une dynamique diplomatique élargie dans la région
À Washington, les responsables américains disent envisager l’ouverture d’un deuxième cycle de pourparlers de paix avec l’Iran, tout en se montrant confiants sur la possibilité d’un accord. Pékin, de son côté, a exprimé son soutien à la poursuite de cet élan diplomatique.
Le ministre chinois des Affaires étrangères a indiqué à son homologue iranien que la Chine « soutient le maintien de la dynamique du cessez-le-feu et des négociations de paix ». Cette position confirme l’intérêt des grandes puissances pour une désescalade rapide dans une région devenue explosive.
En Arabie saoudite, le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré Shehbaz Sharif à Jeddah pour évoquer plusieurs dossiers régionaux, dont les discussions entre Washington et Téhéran. L’agence de presse saoudienne a indiqué que la médiation pakistanaise figurait parmi les principaux points abordés.
Le président américain Donald Trump a également échangé avec l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, au sujet de l’évolution de la situation régionale et de ses répercussions sur le marché pétrolier et les prix du gaz.
Pressions militaires, sanctions et débats politiques aux États-Unis
Sur le plan militaire et économique, Washington continue de faire monter la pression. Les autorités américaines ont annoncé de nouvelles sanctions visant plus de deux douzaines de personnes, ainsi que des entreprises et des navires liés au réseau de transport pétrolier de l’homme d’affaires iranien Mohammad Hossein Shamkhani.
Le commandement américain pour le Moyen-Orient a par ailleurs affirmé que dix navires avaient été stoppés ou détournés au cours des 48 premières heures du blocus naval, aucun n’ayant quitté les ports iraniens. Ces mesures nourrissent l’escalade alors même que les canaux diplomatiques restent ouverts.
Au Congrès, les dissensions demeurent visibles. Le Sénat a rejeté des tentatives visant à limiter l’implication américaine dans la guerre et a bloqué des mesures ciblant les ventes d’armes à Israël. Cette opposition grandissante témoigne d’une pression politique croissante sur la gestion du conflit Iran-États-Unis.
Israël, Liban et répercussions régionales
Dans le même temps, la guerre continue de produire ses effets sur d’autres fronts. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré qu’Israël et les États-Unis poursuivaient des objectifs « identiques » face à l’Iran. Malgré les appels au cessez-le-feu, il a affirmé que les opérations militaires se poursuivraient.
Netanyahu a aussi insisté sur la priorité israélienne au Liban : obtenir le « démantèlement » du Hezbollah. Il a décrit deux objectifs centraux, le démantèlement du mouvement chiite et l’instauration d’une paix durable, qu’il associe à un rapport de force favorable à Israël.
Au Liban, les frappes aériennes et les bombardements se poursuivent dans le sud et l’est du pays. Des attaques ont touché notamment Kafr Sir et Nabatieh, tandis qu’un bombardement dit en « triple frappe » à Mayfadoun a tué quatre secouristes. Le ministre libanais de la Réforme administrative, Fadi Makki, a dénoncé « un nouveau crime de guerre ».
Selon le ministère libanais de la Santé, les frappes israéliennes ont fait au moins 2 167 morts et plus de 7 000 blessés. Environ 1,2 million de personnes ont été déplacées depuis le 2 mars. Des experts de l’ONU, dont le rapporteur spécial sur le droit au logement, Balakrishnan Rajagopal, demandent l’arrêt immédiat des bombardements, estimant qu’Israël applique au sud du Liban une stratégie similaire à celle observée à Gaza et en Cisjordanie occupée.
Une crise aux conséquences mondiales
Les répercussions économiques du conflit inquiètent désormais bien au-delà du Moyen-Orient. Le chef économiste de la Banque mondiale a averti que la guerre pourrait aggraver la faim dans le monde et pousser des millions de personnes supplémentaires vers l’insécurité alimentaire.
« Environ 300 millions de personnes souffrent déjà d’insécurité alimentaire aiguë », a déclaré Indermit Gill. Selon lui, ce chiffre pourrait augmenter d’environ 20 % rapidement si les effets en chaîne du conflit se prolongent.
Dans ce contexte, les marchés financiers réagissent à l’espoir d’un apaisement. À Wall Street, les principaux indices ont clôturé à des niveaux record mercredi, portés par l’optimisme suscité par une possible percée dans le conflit Iran-États-Unis.