Haïti a entamé trois jours de deuil national après la bousculade mortelle survenue à la Citadelle de la Laferrière, dans le nord du pays, où au moins 25 personnes ont perdu la vie samedi. La foule s’est formée à l’entrée du site touristique parmi les plus visités du pays, alors que certains visiteurs tentaient de sortir pendant que d’autres cherchaient à entrer.
Mardi, le ministère de la Culture et de la Communication a annoncé le limogeage de deux responsables gouvernementaux dans le sillage du drame. Selon les autorités, l’un d’eux, directeur à l’Institut de sauvegarde du patrimoine national, est accusé de « grave négligence ». Le second, rattaché au ministère de la Culture, a été critiqué pour sa « passivité partiale ».
Dans un communiqué, le ministère a estimé, sans entrer dans le détail de l’enquête pénale, que la tragédie de la Citadelle relevait d’une défaillance administrative. Il a ajouté que le gouvernement « assumerait pleinement ses responsabilités » et que cet événement devait « heurter la conscience publique ».
Une enquête déjà ouverte et plusieurs arrestations
Le drame survient alors qu’Haïti traverse une période de fortes tensions, à quelques mois du premier tour des élections générales prévu plus tard cette année. À ce stade, neuf suspects ont déjà été arrêtés dans le cadre de l’enquête, dont cinq policiers et deux employés de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national.
La bousculade s’est produite lors d’un événement organisé par un DJ local au pied de la Citadelle, forteresse du XIXe siècle érigée après la révolution haïtienne, lorsque les esclaves du pays ont renversé la domination coloniale française. Depuis sa construction, ce monument est devenu l’un des symboles de la souveraineté haïtienne.
Les conditions météorologiques ont aggravé la situation : de fortes pluies se sont abattues sur le nord du pays, poussant des participants à se précipiter vers des zones abritées au moment où la foule se densifiait à l’entrée du site.
Un pays frappé de plusieurs crises simultanées
Au-delà de la tragédie de la Citadelle, Haïti est confronté à une succession de crises. Dans d’autres régions du pays, environ 12 personnes ont été tuées à cause des fortes pluies, tandis qu’au moins 900 habitations et un hôpital ont été inondés.
Le gouvernement doit aussi faire face à la violence des gangs, devenue un défi majeur depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021. Ce vide politique a été exploité par des réseaux criminels, dans un contexte où les élections fédérales ont été reportées à plusieurs reprises au cours de la dernière décennie.
Début avril, une force soutenue par les Nations unies a commencé à arriver dans le pays pour tenter de contenir cette spirale de violence. Malgré cela, la situation sécuritaire reste extrêmement fragile et les appels à l’aide se multiplient.
Nouvelle attaque à Marigot et appel à l’aide
Mardi encore, les autorités ont signalé de nouvelles violences dans la commune de Marigot, où sept personnes ont été tuées et un commissariat incendié lors d’une attaque attribuée à des gangs dans la nuit. Le maire, René Danneau, a affirmé que les victimes étaient des informateurs collaborant avec la police.
Face à cette recrudescence des attaques, il a demandé une réaction rapide des autorités. Il a appelé le premier ministre à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la population et rétablir l’ordre dans les zones les plus exposées.
Dans ce climat de deuil, de peur et d’incertitude, la bousculade mortelle à la Citadelle de la Laferrière s’ajoute à une longue série de drames qui continuent d’éprouver le pays et d’alimenter les critiques sur la gestion de la sécurité et des institutions publiques.