La France a plaidé jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU pour la relance d’un horizon politique crédible vers une solution à deux États, en estimant que le cessez-le-feu à Gaza et la reprise de l’aide humanitaire ne suffisent plus face à l’ampleur de la crise. Dans une intervention prononcée à New York, l’ambassadeur Jérôme Bonnafont a jugé indispensable de combiner la reconstruction de Gaza, la circulation de l’aide et une perspective politique durable, alors que les débats onusiens restent dominés par la fragilité de la trêve, les violations constatées sur le terrain et les désaccords sur l’après-guerre.
Ce que Paris a mis sur la table à l’ONU
Dans sa déclaration, la représentation française a reconnu plusieurs avancées depuis l’adoption de la résolution 2803: la trêve, la libération d’otages et la reprise de l’aide. Mais Paris estime que ces progrès restent insuffisants au regard des besoins humanitaires et du blocage politique. La France soutient l’idée d’un redémarrage rapide de la reconstruction et d’un retour d’une autorité palestinienne réformée, épaulée par un dispositif de stabilisation et par une administration capable d’opérer à Gaza sans délai supplémentaire.
Le message français est double: le désarmement du Hamas est présenté comme essentiel pour toute sortie durable de crise, mais la remise en état de Gaza et le rétablissement de conditions de vie décentes ne peuvent pas, selon Paris, être suspendus à ce seul préalable. Autrement dit, la diplomatie française refuse à la fois une impasse militaire prolongée et un enlisement humanitaire qui ferait payer à la population civile le prix du blocage politique.
Pourquoi le débat reste bloqué
Le direct d’ONU Info sur la réunion du Conseil de sécurité décrit une séance marquée par les divergences entre les acteurs internationaux sur les priorités immédiates: accès humanitaire, désarmement, sécurité d’Israël, gouvernance future de Gaza et mise en œuvre du plan de paix. Les exposés entendus à New York ont souligné que le cessez-le-feu demeure vulnérable et que la situation en Cisjordanie continue elle aussi de se dégrader.
La diplomatie française insiste en parallèle sur les restrictions qui pèsent encore sur l’acheminement de l’aide, sur la gravité de la crise sanitaire dans l’enclave et sur la nécessité de laisser l’ONU, l’UNRWA et les ONG internationales travailler librement. Cette ligne replace le débat sur un terrain classique du droit international humanitaire: protection des civils, accès sans entrave aux secours et refus d’une gestion purement sécuritaire du dossier.
La solution à deux États revient au centre du jeu
L’élément politique le plus important de cette séquence est le retour assumé de la solution à deux États comme cadre revendiqué par Paris. La France estime qu’il faut recréer un horizon crédible, c’est-à-dire sortir des déclarations de principe pour articuler calendrier, administration transitoire, reconstruction et garanties de sécurité. Dans cette lecture, la gouvernance de Gaza ne peut pas être séparée du dossier palestinien dans son ensemble, ni de la question de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.
Cette position intervient dans un contexte où la perspective politique s’est considérablement éloignée, alors même que la guerre a renforcé la pression internationale pour définir l’après-conflit. Pour Paris, la crédibilité de cette trajectoire dépendra autant des rapports de force diplomatiques au Conseil que de la capacité des médiateurs déjà engagés, notamment les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et la Turquie, à maintenir une coordination utile.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La prochaine étape se jouera sur des points très concrets: le niveau réel d’entrée de l’aide, l’état du cessez-le-feu, le déploiement éventuel des mécanismes évoqués pour administrer Gaza et la précision du calendrier réclamé autour du plan de paix. Les prochains comptes rendus du Conseil de sécurité diront si la séquence actuelle débouche sur autre chose qu’une nouvelle série d’avertissements diplomatiques.
Pour la France, l’enjeu est clair: empêcher que la reconstruction, la sécurité et la représentation politique palestinienne restent traitées comme trois dossiers séparés. Sans articulation entre ces trois volets, l’« horizon politique crédible » défendu à l’ONU risque de rester une formule de tribune plutôt qu’une voie de sortie pour Gaza.
