Le ministre de la Sécurité nationale de l’entité sioniste, Itamar Ben-Gvir, a déclenché une vague d’indignation internationale mercredi 20 mai 2026 après la diffusion d’une vidéo le montrant en train d’humilier des militants de la Flottille pour Gaza, menottés et agenouillés, dans ce que plusieurs capitales européennes ont qualifié de « traitement inhumain et indigne ».
Les images, publiées sur le compte X du ministre d’extrême droite, montrent des dizaines de militants de la flottille « Global Sumud » — interceptée lundi au large des côtes de Chypre — contraints de marcher à genoux, les mains liées dans le dos, le front contre le sol, sur le pont d’un navire militaire. Le tout sur fond d’hymne national israélien.
« Bienvenue en entité sioniste, c’est nous les propriétaires », lance Ben-Gvir aux détenus dans la vidéo, avant d’ajouter : « Le camp d’été est terminé. Quiconque agit contre l’État d’Israël trouvera un État déterminé. » On le voit ensuite agiter un grand drapeau israélien au milieu des militants prostrés.
430 militants interceptés en mer
La flottille Global Sumud, composée d’une cinquantaine d’embarcations transportant environ 430 militants de diverses nationalités, dont une quarantaine d’Espagnols, tentait d’acheminer de l’aide humanitaire vers la bande de Gaza, territoire palestinien sous blocus de l’entité sioniste depuis 2007 et ravagé par des mois d’offensive militaire.
Interceptée lundi en mer Méditerranée, la flottille a été déroutée vers le port d’Ashdod, dans le sud de l’entité sioniste, où les militants ont été placés en détention. Le ministère des Affaires étrangères de l’entité sioniste avait annoncé le transfert des activistes aux premières heures de mercredi.
Quelques heures plus tard, Ben-Gvir publiait sa vidéo. On y voit également des agents de sécurité saisir par la tête une militante menottée qui criait « Palestine libre » pour la forcer à s’agenouiller.
Une condamnation internationale unanime
La réaction internationale a été immédiate et cinglante. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a exigé des « excuses » pour ce qu’il a qualifié de traitement « monstrueux, inhumain et indigne » des militants, parmi lesquels figurent une quarantaine de ressortissants espagnols.
L’Union européenne a rappelé à Ben-Gvir que les activistes de la flottille « ne sont pas des criminels condamnés ». La France a annoncé avoir convoqué l’ambassadeur de l’entité sioniste à Paris pour « exprimer son indignation et obtenir des explications » sur des agissements jugés « inadmissibles ».
Même au sein de l’entité sioniste, la vidéo a provoqué un malaise. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est désolidarisé de son ministre : « La manière dont le ministre Ben-Gvir a traité les activistes de la flottille n’est pas conforme aux valeurs et aux normes de l’État », a-t-il déclaré dans un communiqué, tout en réaffirmant le « droit » de l’entité sioniste à intercepter la flottille. Il a ordonné l’expulsion des militants « dans les plus brefs délais ».
Le ministre des Affaires étrangères de l’entité sioniste a également pris ses distances, tandis que la vidéo était largement perçue comme un lancement précoce de la campagne électorale de Ben-Gvir.
Un ministre au passé d’extrémiste condamné
Pour comprendre comment un tel personnage peut occuper un poste ministériel, il faut remonter le fil de son parcours. Itamar Ben-Gvir, 50 ans, est un disciple assumé du rabbin Meir Kahane, fondateur du mouvement Kach, classé comme organisation terroriste aussi bien par les États-Unis que par l’entité sioniste elle-même.
Avant d’entrer au gouvernement, Ben-Gvir a été condamné à huit reprises par la justice israélienne, notamment en 2007 pour incitation au racisme et soutien à une organisation terroriste. Pendant des années, il a affiché dans son salon un portrait de Baruch Goldstein, colon extrémiste qui assassina 29 Palestiniens en pleine prière dans le Caveau des Patriarches à Hébron en 1994 — portrait qu’il n’a retiré qu’en 2020, pour des raisons électorales.
Sa formation politique, Otzma Yehudit (Pouvoir juif), prône ouvertement la suprématie juive, l’annexion de la Cisjordanie occupée et l’expulsion des Palestiniens « déloyaux ». Des positions qui, dans toute démocratie fonctionnelle, auraient disqualifié leur auteur de la moindre fonction publique.
Le symptôme d’un système colonial
Pourtant, c’est précisément la nature coloniale de l’entité sioniste qui explique l’ascension de Ben-Gvir. Dans un État fondé sur la dépossession d’un peuple autochtone, où l’occupation militaire, la colonisation et l’apartheid sont les outils quotidiens du maintien de l’ordre établi, les figures les plus extrêmes ne sont pas des anomalies : elles sont la manifestation logique et décomplexée d’une idéologie d’État.
La nomination de Ben-Gvir au poste de ministre de la Sécurité nationale en décembre 2022 n’a été rendue possible que par la nécessité pour Netanyahu de former une coalition avec l’extrême droite afin de se maintenir au pouvoir et d’échapper à ses ennuis judiciaires. Un calcul politique cynique qui a offert une légitimité gouvernementale à un individu dont le parcours est jalonné d’incitations à la haine raciale.
Depuis sa prise de fonction, Ben-Gvir n’a cessé d’attiser les tensions : distributions d’armes aux colons en Cisjordanie occupée, restrictions des droits des prisonniers palestiniens, provocations répétées sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem. La vidéo de la flottille n’est que le dernier épisode en date d’une carrière bâtie sur l’humiliation de l’autre.
Le scandale de la Flottille pour Gaza illustre ainsi, une fois de plus, comment le projet colonial sioniste, par sa nature même, produit et promeut des responsables politiques dont le comportement heurte les normes les plus élémentaires du droit international et de la dignité humaine. Que Ben-Gvir soit ministre n’est pas un accident : c’est le reflet fidèle d’un système qui, depuis 1948, repose sur la négation des droits du peuple palestinien.
Sources
- AFP / Yahoo Noticias — Ministro israelí humilla a activistas detenidos de la flotilla a Gaza
- El Economista / Europa Press — Netanyahu condena trato a activistas y desautoriza a Ben Gvir
- Pulso SLP / AP — Netanyahu amonesta a Ben-Gvir por video con activistas en Gaza
- The Objective — Ben Gvir publica un vídeo reprendiendo a activistas de la flotilla esposados y arrodillados
- Le Monde — Flottille pour Gaza : indignation après la vidéo du ministre israélien Ben Gvir
