L’armée américaine a annoncé mercredi avoir frappé un nouveau navire dans l’est du Pacifique, tuant trois personnes qu’elle accuse d’être impliquées dans le narcotrafic. Cette opération s’inscrit dans une série d’attaques similaires menées ces derniers mois par les forces américaines, et qui suscitent de vives critiques de la part d’organisations de défense des droits humains.
Selon le Commandement sud des États-Unis, le bâtiment visé appartenait à des « organisations terroristes désignées » et naviguait sur des axes connus pour être utilisés par les réseaux de trafic de drogue dans la région. L’armée a diffusé une vidéo montrant une frappe aérienne qui semble frapper de plein fouet l’embarcation, avant qu’elle ne s’embrase.
Les autorités militaires américaines affirment qu’aucun membre de leurs forces n’a été blessé lors de l’opération. Cette attaque intervient au lendemain d’un autre raid annoncé dans l’est du Pacifique, au cours duquel quatre personnes ont été tuées, tandis qu’une frappe distincte menée lundi dans la même zone avait fait deux morts.
Au total, les frappes américaines contre des navires accusés de narcotrafic ont fait au moins 178 morts depuis septembre. C’est à cette période que Donald Trump a ordonné le lancement de cette campagne, présentée par la Maison Blanche comme une réponse aux cartels latino-américains accusés d’acheminer des drogues vers les États-Unis.
Des frappes de plus en plus contestées
Ces opérations soulèvent toutefois de sérieuses questions juridiques. Des experts et des défenseurs des droits humains, aux États-Unis comme à l’international, estiment que certaines frappes ont visé des bateaux de pêche civils et non des embarcations de trafiquants.
Human Rights Watch a qualifié ces attaques de « tueries extrajudiciaires illégales », tandis que l’American Civil Liberties Union juge que les accusations du gouvernement Trump contre les personnes visées reposent sur des affirmations non étayées et alarmistes.
Pour plusieurs juristes, même si certains navires étaient effectivement liés au trafic de drogue, les personnes à bord devraient être traduites en justice plutôt que tuées lors d’attaques meurtrières. Sarah Yager, directrice du bureau de Washington de Human Rights Watch, a ainsi dénoncé une pratique incompatible avec les obligations internationales des États-Unis.
« Les responsables américains ne peuvent pas tuer sommairement des personnes qu’ils accusent de faire passer de la drogue », a-t-elle déclaré. « Le problème des stupéfiants qui entrent aux États-Unis n’est pas un conflit armé, et les autorités américaines ne peuvent pas contourner leurs obligations en matière de droits humains en prétendant le contraire. »
Les critiques mettent aussi en doute l’efficacité de cette stratégie militaire. Elles rappellent notamment que le fentanyl, à l’origine de nombreuses overdoses mortelles aux États-Unis, est généralement acheminé par voie terrestre depuis le Mexique, où il est fabriqué à partir de produits chimiques importés de Chine et d’Inde.