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    L’Histoire du Pétrole : de 1859 à l’Ordre Mondial

    France, USA, Irak

    Le pétrole a traversé les âges, de simples usages empiriques dans l’Antiquité aux bassins géopolitiques modernes : on en trouve des traces dès les lampes babyloniennes et les remèdes signalés par Pline l’Ancien, mais c’est le 27 août 1859, à Titusville (Pennsylvanie), que le pétrole entre véritablement dans l’histoire industrielle grâce à la découverte de George Bissell, James Townsend, Benjamin Silliman et Edwin Drake.

    Pétrole : naissance industrielle et premières grandes compagnies (1859–1911)

    La percée de Titusville a ouvert une ère de vingt à trente ans pendant laquelle le pétrole sert principalement à l’éclairage, avant que l’électricité ne fasse concurrence. Les promoteurs de la découverte misaient sur l’hypothèse que ce carburant mystérieux pourrait remédier aux besoins d’éclairage. Onze ans après le premier forage, John D. Rockefeller fonde la Standard Oil et, en 1882, constitue un trust intégrant transport, pipelines et trente‑neuf raffineries.

    La domination de la Standard Oil prit fin juridiquement en 1911, lorsque la Cour suprême ordonna l’éclatement de la société. Entre temps, l’essor du moteur à explosion à la charnière des XIXe et XXe siècles a fait basculer l’importance du pétrole vers les usages mécaniques et industriels, accroissant considérablement la demande.

    Des compétitions impériales à l’ordre pétrolier mondial : guerres, concessions et nationalisations

    Au tournant du siècle, des acteurs internationaux — des familles comme les Rothschild aux industriels comme les Nobel, Marcus Samuel (Shell) ou Henri Deterding (Royal Dutch) — se disputent les gisements de Bakou, l’Asie du Sud‑Est et le Moyen‑Orient. L’homme d’affaires arménien Calouste Gulbenkian s’intéresse dès 1902 à la région de Mossoul. La compétition pour l’accès aux ressources se double d’enjeux géopolitiques : en 1903, une concession allemande liée au projet ferroviaire Berlin‑Byzance‑Bagdad incluait le droit d’exploiter le sous‑sol mésopotamien sur 99 ans dans une zone de 20 kilomètres autour de la ligne.

    En réaction, les Britanniques avancent avec l’Anglo‑Persian Oil Company et prennent le contrôle du pétrole iranien. La Première Guerre mondiale accroît fortement la consommation de produits pétroliers : chars, navires et avions consomment essence, mazout et kérosène. George Clemenceau déclarera en décembre 1917 que l’essence serait « aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain ». En mars 1916, les accords Sykes‑Picot organisent le partage franco‑britannique d’un vaste territoire jusque‑là ottoman, incluant les zones pétrolifères.

    Après la guerre, l’Angleterre consolide son contrôle sur l’Irak et son pétrole via des participations de l’Anglo‑Persian et de la Royal Dutch Shell dans la Turkish Petroleum, tout en ouvrant partiellement le capital aux compagnies américaines et à la Compagnie française des pétroles. Les entreprises américaines multiplient ensuite prospections et investissements dans la péninsule Arabique et le golfe Persique, via notamment Aramco, et réalisent de grands travaux d’oléoducs et d’équipements portuaires.

    La crise de Suez en 1956 marque le déclin relatif de l’influence européenne et la domination de sept grandes sociétés, principalement américaines, sur le marché mondial. Cette période voit aussi l’affirmation d’un mouvement de décolonisation pétrolière : en septembre 1960, à Bagdad, est créée l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Au début des années 1970, treize pays membres contrôlent plus de 85 % des exportations mondiales et, lors de la 21e conférence à Caracas, décident de fixer à 55 % le taux minimal des royalties perçues sur les compagnies concessionnaires.

    Certaines nations vont plus loin et nationalisent l’exploitation des gisements, à l’instar de l’Algérie, de l’Irak et de la Libye. La « décolonisation pétrolière » atteint un point culminant les 16 et 17 octobre 1973 : alors que la guerre du Kippour se déroule, les ministres de six pays du golfe réunis à Koweït décident d’augmenter unilatéralement le prix du brut de 70 %. Cette mesure amorce une escalade qui, en deux mois, mène au quadruplement du cours du baril, de 3 à 11,6 dollars (soit environ 2,55 € à 9,86 €).

    Les deux chocs pétroliers — le premier en 1973 et le deuxième en 1979–1980 lié à la guerre Iran‑Irak — poussent compagnies et gouvernements à chercher des voies de stabilisation des prix et à limiter l’épuisement des ressources. Des réponses techniques et politiques émergent : développement du parc nucléaire en France, exploitation de nouveaux gisements en mer du Nord, au Mexique, en Angola et en Alaska, tandis que la cohésion de l’OPEP s’affaiblit et que s’instaure une logique plus fragmentée entre pays exportateurs. Aux États‑Unis, les acteurs publics et privés continuent de jouer un rôle prépondérant sur les marchés énergétiques mondiaux.

    source:https://www.challenges.fr/economie/lirruption-du-petrole-en-1859-moteur-dun-nouvel-ordre-mondial_621333

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