Les États-Unis envisagent l’envoi de 10 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient et étudient même l’option d’une intervention terrestre en Iran, signe d’une montée des tensions qui se joue désormais sur deux tableaux : la pression militaire et l’offensive diplomatique. Dans le même temps, la Russie a demandé la tenue d’une réunion du Conseil de sécurité ce vendredi matin pour examiner les frappes américaines et israéliennes contre des infrastructures iraniennes. Cette initiative donne une dimension internationale plus large à une crise déjà lourde de risques.
Selon plusieurs analyses relayées au cours de ce débat, Washington chercherait à maintenir une stratégie de “paix par la force”. L’ancien directeur de campagne de Donald Trump dans le Delaware, Rob Arlette, défend ainsi l’idée qu’il ne s’agit pas de faire de la puissance militaire une fin en soi, mais un levier destiné à pousser Téhéran à céder. À ses yeux, les prochaines semaines seront décisives, et un enlisement au-delà du mois d’avril pèserait lourdement sur la présidence Trump.
Cette lecture est cependant loin de faire consensus. Pour le chercheur spécialisé dans les questions régionales, le Dr Hussein Royoran, les États-Unis n’ont atteint aucun de leurs objectifs annoncés. Ni chute du régime, ni mobilisation de l’opposition interne, ni destruction du programme balistique : selon lui, l’offensive n’a produit aucun des effets attendus. Il voit même une contradiction majeure dans le fait que Washington en soit réduit à négocier avec le pouvoir qu’il voulait renverser, y voyant une “défaite américaine” à tous les niveaux.
Le spécialiste ajoute que l’Iran attendrait précisément l’entrée en scène de troupes américaines au sol, misant sur l’impact politique des cercueils de soldats sur l’opinion publique aux États-Unis. Il rappelle qu’une majorité des Américains s’oppose déjà à la guerre et que des tensions apparaissent jusque dans les rangs du mouvement “Make America Great Again” ainsi qu’au sein du Parti républicain.
Du côté israélien, le dossier reste étroitement coordonné avec Washington. L’expert des affaires israéliennes Adel Chdid affirme qu’Israël agit depuis une salle d’opérations commune et demeure en contact permanent avec les responsables américains à tous les niveaux. Il estime toutefois que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu n’a pas réussi à convaincre Donald Trump de refuser toute négociation avec l’Iran avant un effondrement du régime.
Le Conseil de sécurité, possible sortie de crise
Dans ce contexte, l’éventuelle réunion du Conseil de sécurité pourrait offrir une issue politique. Pour Hussein Royoran, les discussions bilatérales ont atteint une impasse réelle, tandis qu’un cadre onusien apporterait les garanties internationales réclamées par Téhéran comme condition préalable à tout accord. Il considère que cette voie pourrait également fournir à Donald Trump une porte de sortie face aux contraintes intérieures croissantes, alors que ses marges de manœuvre militaires restent limitées en l’absence d’un feu vert clair du Congrès.
Adel Chdid nuance toutefois cette lecture et rappelle que la décision finale appartient avant tout à Trump, plus qu’aux institutions américaines. Il avertit qu’une guerre prolongée, menée dans un contexte où les deux tiers de l’opinion publique s’y opposent, pourrait devenir un fardeau majeur pour la Maison Blanche. En revanche, il souligne qu’une large part de la base républicaine continue pour l’instant de soutenir la ligne du président sur ce dossier.
Rob Arlette estime enfin que l’implication de la Russie et de la Chine dans le processus diplomatique pourrait soit compliquer la situation, soit accélérer une issue négociée. Dans tous les cas, le temps joue désormais contre Donald Trump, qui cherche un résultat tangible avant que l’opération militaire ne se transforme en handicap politique.