Un juge fédéral américain a indiqué jeudi qu’il ne rejetterait pas les accusations de trafic de drogue et de possession d’armes visant l’ancien président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores. En revanche, Alvin Hellerstein a vivement interrogé le gouvernement américain sur sa décision d’empêcher Caracas de financer les frais de défense du dirigeant vénézuélien, un point désormais au cœur du dossier.
Cette audience était la première consacrée au couple depuis sa brève comparution de janvier, au cours de laquelle tous deux avaient plaidé non coupable. Devant le tribunal, la défense a renouvelé sa demande d’abandon des poursuites, en soutenant que l’interdiction de fonds vénézuéliens Maduro porte atteinte au droit fondamental de l’accusé à choisir librement son avocat.
Le juge met la pression sur l’accusation
Le magistrat n’a pas accédé à la requête de la défense visant à faire annuler l’affaire. Mais il a demandé au parquet de justifier la position de l’administration Trump, qui refuse que le gouvernement vénézuélien règle les honoraires de l’équipe juridique de Maduro.
Les procureurs fédéraux ont invoqué des raisons de sécurité nationale et rappelé que des sanctions restent en vigueur contre Caracas. Le juge a toutefois estimé que cet argument apparaissait fragile, surtout au regard de l’assouplissement de certaines sanctions décidé par Washington depuis l’enlèvement présumé de Maduro le 3 janvier.
« Le défendeur est ici. Flores est ici. Ils ne présentent aucun autre risque pour la sécurité nationale », a déclaré Alvin Hellerstein. « Je ne vois aucun intérêt de sécurité nationale qui puisse prévaloir sur leur droit à se défendre. »
Un droit à la défense au centre du débat
Le juge a rappelé qu’aux États-Unis, tout prévenu au pénal bénéficie du droit à une défense vigoureuse, garanti par le sixième amendement de la Constitution. Selon lui, ce principe reste prioritaire lorsqu’il s’agit de déterminer si un accusé peut disposer de l’assistance de l’avocat de son choix.
La défense de Nicolas Maduro et de Cilia Flores soutient précisément que le blocage du financement par l’État vénézuélien empêche le couple d’assurer correctement sa ligne de défense. Pour ses avocats, cette mesure équivaut à une entrave directe au droit constitutionnel à une représentation effective.
Le dossier reste donc ouvert, même si le juge a refusé à ce stade d’écarter les charges. Son intervention laisse entrevoir une bataille juridique plus large sur la légalité de l’interdiction de fonds vénézuéliens Maduro et sur la portée des sanctions américaines dans un procès pénal.
Maduro, Washington et une procédure sous tension
Nicolas Maduro, au pouvoir au Venezuela entre 2013 et 2026, fait face à quatre chefs d’accusation, parmi lesquels complot narco-terroriste, importation de cocaïne, possession de mitrailleuses et complot en vue de posséder des armes automatiques et autres engins destructeurs. Il et son épouse ont été placés en détention américaine le 3 janvier, après une opération militaire lancée par l’administration Trump.
Washington présente cette opération comme une action relevant de l’application de la loi, mais plusieurs spécialistes estiment qu’elle a été largement considérée comme illégale au regard du droit international, qui protège la souveraineté des États. Maduro, de son côté, affirme que sa qualité de chef d’État étranger devrait peser dans l’évaluation du dossier.
Lors de sa précédente comparution, le 5 janvier, il avait lancé au juge : « Je suis encore le président de mon pays. » Ses avocats avaient déjà tenté en février d’obtenir l’abandon des poursuites, en soutenant que l’interdiction faite au Venezuela de payer sa défense violait son droit au choix de l’avocat.
Réactions à Caracas et nouveaux coups de pression de Trump
Jeudi, à Caracas, le fils du dirigeant vénézuélien, Nicolas Maduro Guerra, a assuré dans un entretien à l’AFP qu’il faisait confiance au système judiciaire américain, tout en affirmant que son père n’avait pas bénéficié d’un traitement équitable. Il a dénoncé ce qu’il considère comme une procédure entachée dès l’origine par la « capture » d’un président élu lors d’une opération militaire.
À l’extérieur du tribunal new-yorkais, des manifestations et contre-manifestations ont également accompagné l’audience. Certains protestataires dénonçaient l’action des États-Unis, tandis que d’autres affichaient leur soutien aux poursuites avec des slogans appelant Maduro à la prison.
Dans le même temps, Donald Trump a de nouveau durci le ton lors d’une réunion de cabinet, laissant entendre que d’autres poursuites pourraient suivre. Il a répété une accusation non étayée selon laquelle Maduro aurait vidé les prisons du Venezuela pour envoyer des détenus aux États-Unis.
Le président américain, qui entretient une relation ouvertement hostile avec le dirigeant vénézuélien depuis son premier mandat, a dit s’attendre à un procès « équitable », tout en estimant que l’affaire ne se limite pas aux poursuites déjà engagées. Pour l’heure, la bataille judiciaire se concentre autant sur les chefs d’accusation que sur la question sensible du droit de Maduro à financer sa défense.