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    ONU accuse Rwanda et Ouganda dans le conflit en RDC : implications et enjeux

    République démocratique du Congo, Rwanda, Ouganda

    Un rapport inédit des experts de l’Organisation des Nations unies (ONU), révélé récemment par les médias et consulté par Al Jazeera, dénonce l’implication directe du Rwanda et de l’Ouganda dans le conflit en cours dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Selon ce document, Kigali exerce un contrôle effectif sur les rebelles du M23, tandis que Kampala a doublé unilatéralement sa présence militaire sur le territoire congolais. Par ailleurs, le rapport souligne que plusieurs groupes armés, y compris ceux liés au gouvernement congolais, se rendent coupables de violations des droits humains à l’encontre des populations civiles.

    Le rôle du Rwanda dans le soutien aux rebelles du M23

    Depuis plusieurs années, le M23, que l’ONU accuse d’être soutenu par le Rwanda – une allégation fermement niée par Kigali – est engagé dans un conflit avec l’armée congolaise et les milices alliées appelées Wazalendo. Au début de 2025, le M23 a rapidement pris le contrôle des villes de Goma et Bukavu, capitales respectives des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

    Le rapport des experts de l’ONU décrit une implication directe du Rwanda dans l’expansion du M23. Il affirme que le gouvernement rwandais fournit un soutien « critique » et donne des « instructions » aux rebelles par l’intermédiaire de ses services de renseignement. Environ 3 000 à 4 000 soldats rwandais combattaient aux côtés du M23, selon des évaluations antérieures de l’ONU.

    Avant l’attaque du M23 sur Goma, il est rapporté que des responsables rwandais avaient informé confidentiellement les experts de la décision du président Paul Kagame de prendre le contrôle prochain des villes de Goma et Bukavu. Malgré ces accusations, Kigali dément tout soutien au M23 et critique vivement les rapports des experts onusiens.

    Le président Kagame a qualifié les experts d’arbitraires, soulignant qu’ils perpétuent une narration biaisée contre son pays, tout en ignorant la complicité des autorités congolaises avec des groupes armés comme les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

    Exploitation des ressources naturelles et implications économiques

    Le rapport met également en lumière une exploitation illégale des minerais dans les territoires contrôlés par le M23. Ces ressources, notamment le coltan, sont pillées dans les mines congolaises puis introduites au Rwanda où elles sont mêlées à la production locale, donnant ainsi une fausse origine rwandaise à ces minerais.

    Une société rwandaise majeure, Boss Mining Solutions Inc, représentée par Eddy Habimana – déjà impliqué dans des trafics illégaux de minerais – est citée comme acheteuse de ces minerais frauduleusement exportés.

    La présence militaire croissante de l’Ouganda

    Outre le Rwanda, l’Ouganda est également pointé du doigt dans ce conflit. L’Armée de défense du peuple ougandais (UPDF) a considérablement accru sa présence militaire dans l’est de la RDC, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Le rapport souligne que cette augmentation constitue un doublement de la présence militaire ougandaise dans la région et s’est faite sans l’accord préalable de Kinshasa.

    Bien que l’armée ougandaise collabore officiellement avec les forces congolaises contre les Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe rebelle originaire d’Ouganda, son déploiement unilatéral soulève des questions quant à ses véritables intentions. Le rapport suggère que cette présence militaire a créé une zone tampon protégeant de fait le M23 contre les contre-attaques venues du nord.

    En réponse, le représentant ougandais à l’ONU a dénoncé ces accusations comme « fausses » et a annoncé une déclaration officielle à la suite de la publication du rapport. Le commandant de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba, a quant à lui réaffirmé sur les réseaux sociaux l’engagement de son armée à protéger la région malgré les critiques.

    Les intérêts conflictuels rwandais et ougandais en RDC

    Kristof Titeca, professeur à l’Université d’Anvers, explique que les rapports de l’ONU doivent être compris dans un contexte régional marqué par des intérêts convergents et parfois contradictoires entre le Rwanda et l’Ouganda en RDC. Ces deux pays partagent des préoccupations sécuritaires, politiques et économiques qui les placent à la fois en position de coopération et de rivalité dans l’est congolais.

    Selon lui, la montée en puissance du M23 a été en partie déclenchée par la crainte de Kigali que Kampala ne gagne en influence dans cette région, notamment après l’intervention ougandaise contre l’ADF. En réaction, l’Ouganda a déployé des troupes pour défendre ce qu’il considère comme sa zone d’influence, envoyant un message clair au Rwanda.

    Cette dynamique complexe aboutit à une relation où « ils sont à la fois amis et ennemis », illustrant les subtilités géopolitiques régionales.

    Responsabilités du gouvernement congolais et violations des droits humains

    Le rapport de l’ONU ne se limite pas à critiquer les pays voisins. Il dénonce également la responsabilité du gouvernement congolais, qualifié d’état « assiégé » et en difficulté pour contrôler l’est du pays. Kinshasa continue de s’appuyer sur des groupes irréguliers comme les Wazalendo et sur les FDLR, malgré les sanctions internationales contre ces derniers.

    Cette alliance stratégique aggrave la situation sécuritaire et humanitaire, attisant des violences telles que des attaques de représailles, le recrutement d’enfants soldats et des violences sexuelles.

    Les experts onusiens rapportent aussi des actes graves commis par des soldats congolais et des combattants Wazalendo en retraite, notamment des pillages, des violences sexuelles et des meurtres, perpétrés dans un contexte d’impunité et de chaîne de commandement affaiblie.

    Débats et réactions autour du rapport

    Au-delà des négations rwandaises et ougandaises, certains acteurs locaux et spécialistes voient dans ce rapport un instrument indispensable pour la reddition des comptes. Stewart Muhindo, chercheur pour le groupe de la société civile congolaise LUCHA, souligne que le rapport met à jour des responsabilités partagées et met en lumière des abus souvent ignorés.

    Il attire l’attention sur l’impact délétère de la dépendance à des milices irrégulières dans la crise humanitaire et la persistance des violences à l’encontre des civils.

    Pour les experts des Nations unies, malgré les accords de paix récents et les discussions en cours, la situation reste volatile. La population civile continue de souffrir des déplacements forcés, de l’insécurité et de graves violations du droit international humanitaire et des droits humains.

    source:https://www.aljazeera.com/news/2025/7/18/un-experts-cast-blame-on-rwanda-and-uganda-what-are-they-doing-in-drc

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