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    Les « خطارات » de Marrakech : un héritage durable face au stress hydrique

    Maroc

    À Marrakech, les visiteurs intéressés par l’environnement ne peuvent ignorer un réseau ancien de canaux, appelés خطارات, utilisés pour acheminer l’eau douce sur plusieurs kilomètres depuis les zones environnantes. Cette eau était distribuée avec soin à divers équipements essentiels, servant à irriguer les espaces verts, les cultures, ou à l’usage quotidien des habitants.

    Ce système hydraulique traditionnel illustre l’expertise marocaine dans la gestion de l’eau. Il était étroitement lié aux jardins traditionnels tels que les vastes jardins de la Menara et de l’Agdal, dotés de grandes citernes, ainsi qu’aux petits jardins des demeures traditionnelles (« riads ») et aux espaces verts publics (« araçis » et « jnanat »), formant un modèle durable d’organisation environnementale.

    Un système d’irrigation durable

    L’histoire de Marrakech et celle de ce réseau souterrain étroitement lié à son tissu urbain forment une véritable légende, souligne le chercheur marocain Abderrzak Nahid. Il rappelle que la cité rouge s’est bâtie en plein cœur de la sécheresse, un fait qui suscite admiration et intérêt.

    Selon l’historien social Rashid Chihmi, Marrakech fut autrefois une ville connue pour sa chaleur extrême, au point que, selon un dicton local, « même les oiseaux tombent de chaleur ». Pourtant, les Almoravides ont réussi à transformer cette ville aride en une oasis verdoyante, en acheminant l’eau depuis les montagnes de l’Atlas via les خطارات. Ainsi le palmier de Marrakech est devenu un véritable enchantement pour les yeux et un lieu de promenade apprécié.

    Au-delà de leur rôle d’infrastructures pour le transport et l’irrigation, ces systèmes sont aussi des écosystèmes préservant la qualité de l’eau grâce à des aérations spécifiques et maintenant une humidité atmosphérique favorable. Le déplacement de l’eau sans évaporation excessive est une caractéristique clé de ces réseaux.

    Par ailleurs, l’académicienne marocaine Hanane Hammouda souligne que les خطارات ont été fondamentales pour pallier la rareté des ressources hydriques. Les communautés oasiennes ont développé des règles coutumières strictes, gérant de manière équitable et adaptée les périodes de pénurie selon des traditions bien ancrées.

    Laboratoires naturels et environnementaux

    Les خطارات de Marrakech constituent de véritables laboratoires naturels très anciens, attirant l’attention des chercheurs dans un contexte marqué par la rareté de l’eau, similaire à celui de plusieurs oasis marocaines.

    Ce système, également appelé « fiğara » dans le sud du Maroc, repose sur des canaux souterrains ponctués de cavités d’aération, utilisant le dénivelé naturel pour acheminer l’eau.

    L’académicienne Souad Belkziz explique que Marrakech bénéficie d’un emplacement géographique unique, dans un cône de déjection entouré de chaînes montagneuses. Cette configuration permet à l’eau souterraine et aux oueds d’affluer, facilitant l’exploitation de plusieurs nappes grâce à la conception ingénieuse des خطارات.

    Ces installations contribuent à l’équilibre hydrique local, limitant le gaspillage et l’évaporation, ce qui en fait un modèle exemplaire de gestion durable des ressources en eau et de préservation des écosystèmes.

    Hanane Hammouda ajoute que la gestion de l’eau dans ce système suit un calendrier rigoureux, supervisé par un « cheikh » des خطارات, qui applique des règles sociales précises pour distribuer équitablement les parts individuelles, selon un ordre et un système de quotas bien définis.

    Efficacité et résilience face au changement climatique

    L’intérêt renouvelé pour les خطارات ne se limite pas à leur ingénierie remarquable ou à leur rôle historique dans la gestion de la pénurie d’eau. Ce système inspire désormais des solutions contemporaines face aux défis posés par le changement climatique.

    Hanane Hammouda, conseillère à l’ONG « Miftah Al-Saad » dédiée au patrimoine hydraulique, souligne la reconnaissance internationale dont jouit ce savoir-faire, fondé sur une philosophie d’économie et de conservation souterraine de l’eau, mais aussi sur le renforcement des liens sociaux dans les oasis marocaines.

    Des études scientifiques internationales s’intéressent aujourd’hui à ces techniques ancestrales, cherchant à transférer les connaissances pour la construction de puits et des conduits souterrains efficaces, tout en reconnaissant la robustesse de ces systèmes face aux sécheresses prolongées.

    Le chercheur Abderrzak Nahid insiste pour que cette attention accrue soit accompagnée de recherches multidisciplinaires et de projets de restauration visant à protéger, valoriser et promouvoir ce patrimoine technique, en impliquant tous les acteurs concernés.

    Il recommande également de prendre en compte les spécificités hydrauliques souterraines et les particularités temporelles et spatiales propres à chaque région du Maroc.

    Un modèle écologique à réhabiliter

    Face à l’intensification des pressions sur les ressources en eau, la réhabilitation des خطارات et des jardins traditionnels apparaît comme une étape essentielle pour adopter des solutions durables basées sur des principes d’ingénierie verte.

    Selon Souad Belkziz, bien que la construction des خطارات soit aujourd’hui complexe et exigeante en main-d’œuvre, ces structures peuvent inspirer les projets hydrauliques modernes.

    Elle cite en exemple le projet de la « route de l’eau » au Maroc, qui transfère de grandes quantités d’eau du nord vers le sud du pays, s’appuyant sur des méthodes anciennes similaires, afin de répondre aux enjeux actuels.

    Ce projet optimise le transport de l’eau via des canaux souterrains, réduisant ainsi l’impact environnemental, en harmonie avec les principes fondamentaux des خطارات, notamment la gestion durable et efficace des ressources hydriques.

    Pour sa part, Abderrzak Nahid considère que les خطارات constituent une référence en ingénierie hydraulique traditionnelle, qu’il faut raviver en les intégrant dans des projets aquatiques contemporains, en privilégiant des techniques douces et environnementales adaptées localement.

    Il qualifie ce système d’invention mondiale brillante, qui doit être protégée pour transmettre une mémoire collective dans une perspective de développement durable, valorisant un héritage reflétant la culture et les valeurs marocaines.

    source:https://www.aljazeera.net/climate/2025/6/10/%d8%ae%d8%b7%d8%a7%d8%b1%d8%a7%d8%aa-%d9%85%d8%b1%d8%a7%d9%83%d8%b4-%d9%87%d9%84-%d8%aa%d8%b5%d8%a8%d8%ad-%d9%85%d8%ae%d8%aa%d8%a8%d8%b1%d8%a7%d8%aa-%d8%a8%d9%8a%d8%a6%d9%8a%d8%a9

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