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    Crise de la criminalité en Amérique latine : un défi pour la gauche

    Colombie, El Salvador, Mexique, Chili

    La criminalité en Amérique latine est en nette recrudescence, posant un défi majeur pour la gauche face à une demande croissante de sécurité et à la montée de solutions autoritaires.

    La criminalité en Amérique latine met la gauche au défi

    La violence était déjà à la hausse en Colombie avant que le candidat présidentiel de 39 ans Miguel Uribe ne soit pris pour cible lors d’un meeting à Bogotá en juin. Dix jours après son décès des suites de ses blessures, le 11 août, deux groupes criminels ont fait exploser une voiture piégée devant une base de l’armée de l’air à Cali et ont abattu un hélicoptère de l’armée à l’aide d’un drone ; au moins 18 personnes ont été tuées, civils et militaires confondus.

    Ce regain de violence ravive le spectre d’un retour au chaos dans un pays qui, après plus de deux décennies de progrès en matière de sécurité, avait réussi à sortir d’un passé marqué par des taux d’homicides et d’enlèvements parmi les plus élevés au monde. Mais la Colombie n’est pas un cas isolé : du Mexique au Chili, l’incapacité à enrayer la criminalité et la violence creuse l’impopularité des gouvernements de gauche et favorise l’essor de dirigeants de droite de plus en plus autoritaires.

    El Salvador : le modèle Bukele

    Le cas d’El Salvador illustre cette dynamique. Avant l’arrivée au pouvoir, en 2019, de Nayib Bukele, qualifié par certains médias de « world’s coolest dictator », le pays affichait l’un des taux d’homicides les plus élevés. Bukele a décrété l’état d’urgence, construit le controversé CECOT et lancé une répression sévère contre les gangs. Aujourd’hui, le taux d’homicides figure parmi les plus faibles d’Amérique latine et son taux d’approbation atteint 85 %.

    Le coût humain et institutionnel de cette stratégie est cependant élevé : plus de 70 000 personnes sont détenues — soit 2 % de la population —, dont beaucoup n’ont pas encore été mises en examen ou jugées. Par ailleurs, Bukele, âgé de 44 ans, bénéficie d’une supermajorité au Congrès et d’une Cour suprême alignée sur ses positions ; la constitution a été modifiée pour permettre la réélection indéfinie du président.

    Autres exemples : Mexique, Équateur, Chili

    Au Mexique, l’ancien président de gauche Andrés Manuel López Obrador a promu la politique dite « hugs not bullets » pour traiter les racines socioéconomiques de la criminalité. Malgré cela, le taux d’homicides a augmenté durant son mandat de six ans.

    En Équateur, l’expulsion de la base aérienne anti-narcotiques américaine de Manta par l’ex-président Rafael Correa à la fin des années 2000 a été suivie, selon les observateurs, d’une transformation du pays en principal hub de transit pour la cocaïne et d’une vague de violences liées aux gangs. Parmi les épisodes marquants figurent l’assassinat du candidat présidentiel Fernando Villavicencio en 2023 et la prise d’otage de journalistes à la télévision au début de 2024, ce qui a conduit le président intérimaire puis élu, Daniel Noboa, âgé de 37 ans, à décréter un état de siège. Noboa a cité Bukele comme modèle.

    Au Chili, le président de gauche Gabriel Boric essuie des critiques pour son incapacité à contenir une hausse des homicides ; la sécurité est devenue une préoccupation électorale majeure et le candidat conservateur José Antonio Kast mène les sondages avec un discours sécuritaire avant les élections de novembre.

    Colombie et l’échec des promesses de paix

    En Colombie, le président de gauche Gustavo Petro avait promis de négocier une « total peace » en étendant l’accord de 2016 avec les FARC aux groupes militants restants, beaucoup s’étant reconvertis en structures criminelles. Cette ambition n’a pas porté ses fruits et la montée de la criminalité met désormais son gouvernement sous forte pression.

    Ces échecs des approches traditionnelles de la gauche en matière de sécurité renforcent l’attrait d’une doctrine répressive pour les électeurs inquiets et pour les politiciens de droite cherchant à capitaliser sur la peur du désordre. Le risque est que le modèle Bukele, malgré ses « grave human rights implications », devienne un exemple reproduit ailleurs lors des scrutins à venir.

    Dimension internationale et enjeu d’une alternative

    Le rôle des États-Unis est également évoqué : le président Donald Trump a montré à plusieurs reprises son favoritisme envers des dirigeants « tough-on-crime », et l’article note que l’administration Trump pourrait soutenir des candidats de droite au Brésil, au Chili, en Colombie et au Honduras, tout en appuyant des gouvernements comme ceux d’El Salvador et de l’Équateur. Cette posture risque d’affaiblir l’objectivité américaine dans les coulisses et de marginaliser les approches centrées sur les droits humains et l’État de droit.

    Au final, la gauche latino-américaine se retrouve confrontée à un dilemme : développer des modèles de sécurité crédibles et respectueux des droits, ou continuer à céder du terrain face à des recettes répressives qui séduisent une partie de l’électorat inquiet. Pour l’heure, une alternative stable et largement partagée ne s’est pas imposée.

    Criminalité | Amérique Latine | Gauche | Sécurité | Violence | Colombie | El Salvador | Mexique | Chili
    source:https://time.com/7313379/latin-america-crime-politics/

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