La presse américaine s’inquiète des interventions ouvertes du président Donald Trump dans les affaires intérieures d’autres pays, et souligne que ces ingérences rencontrent parfois le refus — y compris au sein de l’extrême droite qu’il affirme soutenir. Dans un récent éditorial, le chroniqueur Max Boot décrit une pratique inédite : un chef d’État qui se mêle publiquement de scrutins étrangers et de choix politiques nationaux.
Des ingérences assumées et répétées
Aux yeux de ses détracteurs, M. Trump n’hésite pas à afficher son soutien à des personnalités controversées à l’étranger. Il a notamment pris position en faveur d’une candidate en vue au Japon et a loué le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.
Selon l’article, son intervention ne se limite pas à l’Europe et à l’Asie : il a publiquement demandé aux députés irakiens de ne pas choisir Nouri al-Maliki comme Premier ministre, et a annoncé son appui à des candidats en Amérique latine, citant des cas au Honduras et en Argentine.
Dans d’autres dossiers, la pression américaine a visé à obtenir des décisions favorables pour des alliés, comme l’interruption de poursuites judiciaires contre certaines figures politiques, une démarche qui a concerné des dirigeants en Israël et au Brésil.
Une politisation des relations internationales
Max Boot dénonce ce qu’il appelle « la politisation des relations avec d’autres États ». Selon lui, M. Trump récompense les dirigeants qui lui plaisent et sanctionne ceux qui lui déplaisent, favorisant ceux qui le flattent et l’imitent.
Le chroniqueur met en garde contre l’idée que l’admiration du président pour certains chefs étrangers servirait nécessairement les intérêts américains. Il cite en exemple le cas du Premier ministre hongrois, qu’il décrit non seulement comme autoritaire, mais aussi proche de Moscou et de Pékin et hostile à l’Ukraine.
Une agenda personnel aux risques pour Washington
L’auteur affirme que l’interventionnisme de M. Trump relève d’une logique d’agenda personnel plutôt que d’une stratégie cohérente au service des intérêts nationaux. Cette approche ferait courir des risques aux intérêts américains, selon lui.
Les tensions commerciales, les attaques sur certains cadres numériques européens et les prises de position sur l’immigration ont déjà suscité une montée de l’hostilité envers les États-Unis en Europe. Par ailleurs, la tentative — très médiatisée — d’obtenir le contrôle d’un territoire danois a provoqué une large réprobation.
Une enquête récente citée dans l’éditorial montre que seule une minorité d’Européens considère les États-Unis comme un allié fiable, et que l’image américaine est particulièrement dégradée dans certains pays.
Un soutien qui rapporte peu à l’extrême droite européenne
Malgré les déclarations publiques de soutien de Washington à des mouvements d’extrême droite, l’effet utile pour ces formations semble limité. Une étude citée indique que, parmi les électeurs de droite en France et en Allemagne, une part importante ne porte pas un regard favorable sur le président américain.
Plusieurs dirigeants nationalistes européens ont d’ailleurs pris leurs distances avec certaines initiatives américaines, refusant d’apparaître comme des « marionnettes » d’une puissance étrangère. Ils craignent, selon l’analyse, que l’association trop étroite avec Washington nuise à leur crédibilité nationale.
Appel au respect de la souveraineté
Face à ces constats, l’éditorialiste appelle le président Trump à respecter la souveraineté des autres États et à cesser de traiter les élections étrangères comme des primaires du Parti républicain. Il exhorte également l’administration à placer en priorité les intérêts durables des États-Unis plutôt que des gains politiques personnels à court terme.
Pour les observateurs cités, l’enjeu est double : préserver la crédibilité diplomatique des États-Unis et éviter que l’ingérence Trump ne fragilise les alliances et n’alimente le rejet de l’Amérique sur la scène internationale.