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    Interview d’Inga Vesper : Rencontres littéraires en Écosse

    France, Écosse, Allemagne

    Inga Vesper, autrice de Les Berlinoises et installée en Écosse, revient pour franceinfo Culture sur son rythme d’écriture, ses références et ses souvenirs d’écrivaine ; elle évoque aussi sa vie familiale et les lieux qui l’inspirent.

    Inga Vesper : routines, méthodes et lectures

    Franceinfo Culture : Cet été, êtes-vous plutôt travail ou sieste ?

    Inga Vesper : Je viens tout juste de terminer le manuscrit de mon quatrième roman. Je l’ai envoyé à des agents et j’attends leur retour, alors je prends des petites vacances d’écriture et je fais la sieste autant que possible. Cela dit, j’ai aussi un bébé, donc les grasses matinées sont rares.

    Vacances et rythme

    En vacances, vous préférez la montagne ou la mer ? Nord ou sud ?
    La montagne, sans hésiter. Et le nord aussi. Je vis en Écosse, où il y a des collines magnifiques, mais aussi de très belles plages. Donc ici, on peut avoir les deux (si on est prêt à nager dans l’Atlantique glacé et à ne jamais oublier son imperméable).

    Parlons créativité : êtes-vous plutôt du matin ou du soir ?
    Du matin. C’est avant le déjeuner que je me sens le plus énergique, et c’est à ce moment-là que j’écris le mieux. Mais je travaille surtout bien avec une deadline. Mon fils fait encore la sieste à midi, donc quand il ne va pas à la crèche, je le couche, puis je cours à mon ordinateur pour 90 minutes d’écriture intensive. Je peux facilement écrire 1 000 mots dans ce laps de temps. Le soir, je suis trop fatiguée pour penser à des meurtres (sauf si un bon documentaire True Crime passe à la télé).

    Outils et méthode

    Stylo ou clavier ?
    Stylo pour les idées, clavier pour l’écriture. Après mon deuxième livre, je me suis offert un clavier mécanique très cher, et je l’adore. Il fait un bruit de clics et donne une sensation un peu rétro, comme une machine à écrire. Mais j’ai toujours un stylo et un carnet à côté de mon lit, car je trouve souvent des idées juste avant de m’endormir.

    Quel est le livre que vous n’avez toujours pas lu ?
    Tout ce qui a été écrit par George Orwell. Je ne sais pas pourquoi, je ne l’ai juste jamais lu. Je dois avouer que je ne lis pas beaucoup de classiques en ce moment. Entre le travail et la garde d’enfant, j’ai très peu de temps – je préfère me plonger dans les derniers romans policiers.

    Livres, personnages et influences

    Votre plus beau souvenir d’écrivain ?
    Mes livres parlent des histoires et des luttes des femmes, donc je m’attendais à avoir surtout des lectrices. Une fois, lors d’un événement littéraire à Berwick-upon-Tweed, un homme plus âgé au visage sévère a levé la main. Il a dit : « Ce n’est pas une question, mais un commentaire », et je me suis dit « Oh non, ça y est, il va me dire tout ce que j’ai mal fait ». Mais ensuite, il a parlé de combien il avait aimé mon livre, parce qu’il l’avait fait réfléchir au féminisme et au point de vue des femmes, sans pour autant lui « asséner de leçons. » J’ai été très touchée – il avait vraiment aimé le livre, et ça l’avait fait réfléchir ! Que demander de plus, en tant qu’écrivaine ?

    Votre pire cauchemar ?
    Quand La Martinière m’a invitée en France pour promouvoir The Long, Long Afternoon (Un long, si long après-midi), mon premier roman. Ils ont organisé une rencontre dans un bar très chic avec « quinze critiques littéraires importants ». Moi, dans une pièce avec quinze critiques parisiens ? C’était mon pire cauchemar – j’avais les genoux qui tremblaient en entrant. Mais ils ont tous été adorables, et on a passé une excellente soirée.

    Si vous étiez un livre, lequel seriez-vous ?
    Je serais The Gruffalo de Julia Donaldson. C’est un véritable roman d’aventure, avec des personnages complets, un rebondissement inattendu, une atmosphère haletante et une fin heureuse. Mais il est raconté en seulement vingt phrases et peut être apprécié par tout le monde, à tout âge. À ce titre, c’est le meilleur livre jamais écrit.

    Quelle phrase a changé votre vie ?
    Tous les auteurs se battent pour écrire une première phrase brillante, et souvent ça sonne un peu forcé. Il y a un livre de non-fiction qui s’appelle Random Family d’Adrian LeBlanc. Il commence par : « Jessica vivait sur Tremont Avenue, l’une des rues les plus pauvres de la section la plus pauvre du Bronx. Elle s’habillait même pour aller à l’épicerie. » C’est tellement simple, sans prétention. Mais on y est tout de suite, on « voit » Jessica, on veut en savoir plus sur elle. C’est parfait. Ça m’a appris que la simplicité est souvent la meilleure option.

    Quels personnages avez-vous détestés ?
    Dans mes propres livres ? Disons Ulrike Seelmann. Elle m’a entraînée très profondément dans les heures les plus sombres de l’histoire de mon pays, et je l’ai détestée plus d’une fois pour cela. Je ne sais toujours pas si elle est bonne ou mauvaise. Et dans la fiction en général, je ne supporte plus le cliché du détective alcoolique, divorcé trois fois, dépressif, avec une fille morte. Je déteste tellement ce stéréotype que j’arrête littéralement de lire quand je le croise.

    Et ceux qui vous ont toujours accompagnée ?
    Alison Hart dans Beyond Black de Hilary Mantel. C’est un personnage d’une profondeur incroyable, si simple en apparence, mais au fil du récit, elle devient très complexe et fait preuve d’une force intérieure impressionnante. Son histoire est bouleversante et pourtant – je n’aime pas ce mot – inspirante. Je pense encore à elle des années après avoir lu le livre, et je le relirai.

    Chez soi, en Écosse et lieux d’inspiration

    Où vous sentez-vous le plus chez vous ?
    Chez moi ! Plus précisément, dans le petit bureau que je partage avec mon compagnon. Notre maison est perchée sur une colline avec une vue magnifique sur Glasgow. Là, avec ma tasse de thé et une première relecture de manuscrit, c’est mon endroit préféré.

    Quel endroit vous inspire ?
    Les Highlands. J’adore marcher en montagne et explorer la nature. L’Écosse peut être vraiment sauvage, là-haut, il n’y a ni sentier, ni gens – juste du vent, de la pluie, du soleil et du silence. Et pourtant, cette région est pleine d’histoire. Des récits, des poèmes et des légendes vous entourent partout. C’est l’endroit idéal pour tout mettre sur pause – oublier les incohérences du scénario, les arcs narratifs et le monde instable de l’édition, et simplement marcher et respirer.

    Quelle est la question qui vous horripile ?
    « Qu’est-ce qui vous inspire à écrire ? » Je ne sais pas. Qu’est-ce qui vous inspire à respirer ? À manger du gâteau ? Écrire, c’est à la fois quelque chose que je dois faire et que j’aime faire. Et puis, c’est mon métier. J’écris parce que ma vie serait vide sans mes livres et mes personnages. Ce sont eux qui m’inspirent à écrire, si cela a du sens. Probablement pas. C’est une question idiote.

    Et quelle est la question qu’on ne vous a jamais posée ?
    Personne ne m’a jamais posé de question sur le Brexit. Quand mon premier roman est sorti, mon éditeur britannique m’avait fait suivre une formation média pour me préparer à toute question liée au Brexit (je suis à la fois allemande et britannique). Mais cela n’est jamais arrivé. D’ailleurs, maintenant que je vis en Écosse, je pense que je donnerais une réponse beaucoup plus honnête !

    Inga Vesper à Glasgow, portrait
    L’écrivaine Inga Vesper, à Glasgow (Écosse). (INGA VESPER)

    Pourquoi avez-vous choisi cette photo en particulier pour illustrer le questionnaire ?
    Cette photo raconte une petite histoire. C’est moi le jour de mon premier anniversaire d’installation à Glasgow. Il a plu à verse toute la journée, mais au moment où je sortais faire les boutiques, le soleil est apparu et a doré toute la rue. Au sommet de la colline, une minute après avoir pris cette photo, j’ai reçu un message de mon agence m’annonçant que mon livre sortirait en France. Quel moment spécial !

    source:https://www.franceinfo.fr/culture/livres/le-soir-je-suis-trop-fatiguee-pour-penser-a-des-meurtres-le-questionnaire-de-proust-de-la-romanciere-inga-vesper_7348731.html

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