Les maladies cardiovasculaires figurent chaque année parmi les deux premières causes de mortalité chez les femmes en France. Pour la Fédération française de cardiologie, la précarité constitue un « facteur sous estimé » de risque cardiovasculaire, alors même que les personnes plus pauvres ou isolées présentent un risque accru de décès lié à un problème cardiaque.
Les femmes représentent par ailleurs 70 % des travailleurs pauvres, rappelle l’association Agir pour le coeur des femmes. Si ce lien entre inégalités sociales et santé cardiaque est bien documenté, les mécanismes biologiques restaient encore flous. Des chercheurs britanniques, principalement rattachés au King’s College de Londres, avancent désormais une piste majeure : l’inflammation chronique.
L’inflammation chronique, un moteur du vieillissement accéléré
L’inflammation est un phénomène naturel de պաշտպանության du corps. Lorsqu’un virus attaque, qu’une blessure survient ou que des cellules cancéreuses apparaissent, le système immunitaire se mobilise pour protéger l’organisme. Mais ce mécanisme peut aussi se dérégler, s’activer sans raison apparente et persister dans le temps.
On parle alors d’inflammation chronique. Moins spectaculaire qu’une inflammation de défense, elle agit en silence mais fragilise progressivement l’organisme. À long terme, elle augmente le risque de maladies et accélère le vieillissement des tissus, y compris celui des vaisseaux sanguins, où elle favorise l’athérosclérose, c’est-à-dire la formation de plaques dans les artères pouvant finir par les obstruer.
Une étude sur plus de 2 100 femmes britanniques
Les chercheurs ont analysé les données de plus de 2 100 femmes britanniques âgées de 37 à 84 ans. Des échantillons de sang ont été étudiés afin d’identifier des protéines associées à la fois à la précarité économique et à la fragilité physique. Cette fragilité correspond à une moindre capacité à récupérer après un problème de santé, avec des répercussions sur les fonctions physiques et cognitives.
La fragilité a été intégrée à l’analyse, car elle rend certaines personnes, notamment les plus âgées, plus vulnérables aux maladies et aux complications. Dans ce groupe, les femmes vivant dans un quartier défavorisé et considérées comme fragiles présentaient un risque plus élevé de développer une maladie cardiovasculaire dans les dix années suivantes.
Des protéines liées au risque cardiovasculaire
Les chercheurs ont observé que ces femmes partageaient généralement dix protéines dans leur sang, dont quatre étaient associées au risque cardiovasculaire. L’une d’entre elles joue un rôle particulier dans le rétrécissement des artères et favorise leur blocage. Ces données suggèrent que la précarité et la fragilité ne pèsent pas seulement sur le quotidien, mais aussi sur des mécanismes biologiques précis.
Selon les auteurs, ces résultats montrent l’importance d’agir à la fois sur les voies inflammatoires et sur les facteurs socio-économiques pour réduire les inégalités de santé et améliorer les résultats chez les populations fragiles et défavorisées. L’étude a été publiée le 20 juillet 2025 dans la revue Communications medicine de Nature.
Stress, précarité et cercle vicieux pour le cœur des femmes
L’inflammation chronique est favorisée par le stress. Or les personnes précaires, notamment celles qui vivent dans des zones défavorisées, peuvent être exposées à un stress durable lié à leurs difficultés économiques et sociales. Cette pression contribue à fragiliser l’organisme et à entretenir un cercle vicieux.
Plus la précarité augmente, plus le stress s’installe, et plus la fragilité physique et psychologique s’aggrave. À cela s’ajoutent d’autres facteurs de risque plus fréquents dans les populations précaires, comme une mauvaise alimentation, le tabagisme ou le manque d’activité physique, qui renforcent encore le risque de maladies cardiovasculaires chez les femmes.